Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Conso

Avignon : une laiterie urbaine engagée auprès des producteurs

Grégory Pastor, fondateur de Cowing Out.
©DR/Cowing out

Face aux difficultés rencontrées par les agriculteurs dans la production laitière, plusieurs initiatives voient le jour pour proposer des alternatives plus équitables. Grégory Pastor, fondateur de la laiterie urbaine Cowing Out à Avignon, propose des produits laitiers de proximité respectueux de l'environnement et des producteurs.

Si le commerce de proximité est associé à une consommation plus responsable et à une baisse de l'empreinte carbone, c'est également une démarche pour soutenir les initiatives agricoles engagées. Cette volonté de donner un sens à l'agriculture et l'alimentation amène plusieurs personnes à effectuer une transition professionnelle importante. C'est le cas de Grégory Pastor, fondateur de la laiterie urbaine Cowing Out à Avignon. Après une carrière de responsable commercial dans le nucléaire chez Engie, il s'est lancé dans la vente de lait et de produits laitiers. ID l'a rencontré pour découvrir sa démarche.

"Laiterie urbaine", quézako ?

C’est une volonté de rapprocher les consommateurs finaux, qui vivent à 90% en zone urbaine, des produits laitiers. Il s’agit de les sensibiliser au fonctionnement d’une production laitière et ses enjeux, ce qu’ils ont perdu de vue depuis une trentaine d’années. Le but final est de faire comprendre aux consommateurs que le prix du lait aujourd’hui n’est pas viable pour les producteurs.

Que répondez-vous quand on vous demande le principe de votre nouvelle activité ?

Concrètement, je m’approvisionne en lait cru auprès de producteurs locaux, notamment dans le nord des Bouches-du-Rhône. Je le ramène ensuite dans mon atelier au MIN (Marché d’Intérêt National) d’Avignon, où je le transforme en différents produits : yaourts, crèmes dessert, lait frais et fermenté, et bientôt en fromage blanc et en skyr.

Où peut-on retrouver ces produits en vente ?

N'ayant pas de boutique, je m’appuie sur des canaux existants pour la distribution. Je fais de la vente directe, ou sur des plateformes qui mettent en relation avec des consommateurs finaux comme La Ruche qui dit oui! ou Locavor. Je vends également mes produits directement sur les marchés et dans des fermes maraîchères.

Pour la vente indirecte, je fais appel à des intermédiaires spécialisés, notamment les épiceries vrac du centre-ville d’Avignon. D'ici à la fin de l'année, je devrais également commencer la vente à des collectivités, principalement les écoles et établissements pour personnes âgées. Enfin, il y a l’hôtellerie et la restauration où la demande de produits laitiers est très forte, notamment pour les petits-déjeuners et les desserts.

Quand on pense à "produit local", on l’associe souvent à  "durable" et "qualitatif ", ce qui n’est pas toujours le cas. Qu’apporte votre démarche dans le secteur du lait ?

Sur le lait, ça limite notamment le nombre de producteurs locaux avec lesquels je peux travailler. Pour moi le local permet d’avoir une démarche de transparence avec les distributeurs : je dis d’où vient le lait et à qui j’achète mes confitures ou le chocolat pour mes recettes.

si le consommateur final est très engagé dans sa démarche et qu’il veut vérifier par lui-même la qualité du produit qu’il achète, il peut le faire."

L’achat local permet d’aller voir le producteur pour se faire une idée du produit directement. Est-ce que c’est un gage de qualité ? Pas en soi, non. Mais si le consommateur final est très engagé dans sa démarche et qu’il veut vérifier par lui-même la qualité du produit qu’il achète, il peut le faire.

Comment travaillent les producteurs de lait avec qui vous collaborez ?

Je travaille avec deux producteurs pour l’instant. Ils ont une appellation qui s’appelle "Lait de foin". Ils ne nourrissent leurs animaux uniquement avec du pâturage, ou du foin qu’ils cultivent eux-mêmes. C’est un label certifié, qui répond à un cahier des charges très strict. L’un des deux dispose également du label "bleu blanc coeur", qui est également un gage de qualité, notamment sur l’aspect humain et le traitement de l’animal.

En quoi vos produits sont plus "vertueux" pour le producteur ? Est-ce qu’ils restent accessibles pour les consommateurs ?

C’est vraiment le coeur du projet. Mon idée de base, c’était de payer le producteur au moins une somme qui lui permet de rentabiliser son exploitation, donc payer les frais fixes et se rémunérer lui-même. Aujourd’hui, je paye le producteur deux fois plus que ce qu’il revend à la filière. Ils gardent également d’autres avantages, ils sont notamment membres de coopératives, ce qui leur permet de toucher les aides de la PAC [Politique Agricole Commune, NDLR]. Mais pour moi ce sont des perfusions qui leur permettent de rester en vie, au lieu d’outils qui devraient leur permettre de transformer eux-mêmes leur production. C’est ce vers quoi je souhaite les accompagner.

Du côté des consommateurs, si le prix payé au producteur est deux fois plus cher, le prix de vente l’est aussi. Toutefois, ma philosophie reste de rendre mes produits plus accessibles aux consommateurs finaux, surtout dans un département comme le Vaucluse, qui n’est pas le plus riche de France. Ce que je prône avec ma démarche, c’est de consommer moins, mais de consommer mieux.

Quels sont les prix que vous proposez en vente directe par exemple ?

Sur le yaourt nature, je les propose à 75 centimes l’unité. Pour les yaourts aux fruits, j’utilise de la confiture locale, faite notamment avec des fraises de Carpentras transformées à Cavaillon, et ils sont vendus à 1 euro.

Quels sont les chiffres actuels de votre société ? 

Cowing Out existe seulement depuis octobre 2020. J’ai commencé à commercialiser mes produits depuis fin juillet. Le chiffre d’affaires est seulement de quelques milliers d’euros pour l’instant. Mais tout se met en place très correctement, je suis content de la direction dans laquelle je vais.

Vous envisagez de vous structurer avec les autres laiteries urbaines ?

Pour l’instant nous ne sommes pas du tout structurés, ce que je déplore. J’ai écrit à la laiterie nantaise et à celle de Saint-Denis. J’espère vraiment que l’on arrivera à faire quelque chose tous ensemble. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup de synergie à mettre en oeuvre dans notre domaine.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici

Vous avez apprécié cette information ? Abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici ! 

Pour aller plus loin et agir à votre échelle, découvrez notre guide pratiques "365 jours pour faire sa transition Made in France"

Au sommaire : enjeux, analyses, interview, quiz, conseils et astuces... 68 pages de solutions pour passer au 100% Made in France. 

Pour en savoir plus et commander votre guide, c'est par ici.

#TousActeurs

A lire aussi
Poster un commentaire
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.
Déjà membre ? Je me connecte.
Je ne suis pas encore membre, Je crée mon compte.