Depuis plusieurs jours, d’importantes chutes de neige touchent une large partie du pays. Si elles font le bonheur des enfants et des plus joueurs, elles compliquent aussi le quotidien de nombreux Français, entre routes impraticables, kilomètres de bouchons et transports ralentis.
À ces perturbations s’ajoutent des températures particulièrement difficiles à supporter pour bon nombre d’habitants, avec des minimales atteignant - 22 °C à Mouthe (Doubs), - 10 °C à Strasbourg et - 8 °C à Bordeaux. Ce mercredi 7 janvier, 38 départements étaient même placés en vigilance orange pour neige-verglas par Météo-France. La circulation des poids lourds et les transports scolaires sont suspendus tandis que la SNCF et l’aviation tournent au ralenti.
Un rôle essentiel pour la biodiversité
Pourtant, cet épisode de froid ne se résume pas à ses effets sur les déplacements et l’activité humaine. Dans la nature, les températures hivernales constituent un élément central des cycles biologiques, dont dépendent de nombreuses espèces végétales et animales.
Selon l’agroclimatologue Serge Zaka, elles sont indispensables au bon fonctionnement des systèmes agricoles : "L'hiver n'est pas là par hasard, il est là pour une raison." En effet, le processus de vernalisation, période où la flore se repose en hiver, permet aux plantes de se relancer au printemps. C’est alors une partie du cycle nécessaire dont dépendent les végétaux comme les arbres fruitiers ou les vignes. "Pour l'arboriculture, le principal facteur d'adaptation au changement climatique, c'est le manque de froid", ajoute-t-il pour nos confrères de Franceinfo.
Ces plantes reçoivent des signaux contradictoires. On ne le voit pas forcément, mais elles sont complètement bouleversées
Un équilibre qui se fragilise
S'il est bénéfique au développement des plantes, le froid est aussi un très bon insecticide naturel. Le gel, par exemple, est particulièrement efficace sur les pucerons de betterave, espèce en partie responsable de la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins. Mais si ces insectes se prolifèrent autant désormais, c’est que le froid tend à se raréfier. En cause, le réchauffement climatique dû aux activités humaines. Cet équilibre fragile est aujourd’hui chamboulé par les hivers doux et les vagues de chaleur en été.
Avec de nombreux hivers au-dessus des températures de saison, la nature finit par perdre la tête. La flore ne sait pas quand elle doit fleurir, comme l’explique Camille Parmesan, écologue pour le Giec à Reporterre. "Ces plantes reçoivent des signaux contradictoires. On ne le voit pas forcément, mais elles sont complètement bouleversées". La faune est aussi dans le dur avec un arrêt de l'hibernation pour certaines espèces et la difficulté à trouver des zones froides pour les oiseaux marins. Cette tendance va se poursuivre avec de moins en moins de jours de gel par an et, au contraire, de plus en plus de canicules. Bien que contraignant pour les sociétés humaines, le froid reste donc indispensable au maintien de nombreux équilibres écologiques.