Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient, la climatisation revient au cœur des débats.
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Climat

Face aux canicules, quel impact la climatisation a-t-elle sur l'environnement ?

Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient, la climatisation revient au cœur des débats. Présentée parfois comme une nécessité, ou comme une aberration écologique, elle fait l’objet de positions souvent tranchées. Que sait-on réellement de ses avantages et de ses limites ? On fait le point.

78 % des Français estiment que la climatisation n’est pas respectueuse de l’environnement, selon, un sondage Ipsos publié début juin. Cette méfiance n’est pas nouvelle. Pourtant, de nombreux spécialistes considèrent que la climatisation sera amenée à occuper une place de plus en plus importante face à l'intensification des épisodes de chaleur. En effet, d’après un rapport de l’ONU publié le 11 juin, plus de 200 000 personnes sont décédées des suites de la chaleur en Europe au cours des quatre dernières années. Le recours à la climatisation donc à se développer. Selon l’Agence internationale de l’énergie, son usage pourrait même tripler d’ici à 2050 sous l’effet du réchauffement climatique.

Les pouvoirs publics y voient également un outil de protection des populations les plus vulnérables, tout en soulignant la nécessité de l’utiliser avec prudence. Sur le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), la feuille de route destinée à préparer la France à un réchauffement climatique, le présente ainsi : "Les climatiseurs individuels, et en particulier les climatiseurs mobiles, cumulent les inconvénients, à impacts directs et indirects : faible efficacité énergétique, pics de charge sur le réseau électrique, présence de fluides frigorigènes qui contribuent aux émissions de gaz à effet de serre, contribution à l’aggravation de l’effet d’îlot de chaleur par le rejet d’air chaud à l’extérieur".

Comment fonctionne un climatiseur ?

Les systèmes de climatisation reposent sur un transfert d’énergie assuré par un fluide frigorigène, dont le fonctionnement s’appuie notamment sur sa capacité à changer d’état, passant de l’état liquide à l’état gazeux. Concrètement, il marche comme une pompe à chaleur inversée : il absorbe la chaleur de l’air ambiant avant de le rejeter à l’extérieur. Ainsi, la climatisation ne produit pas directement du froid mais elle extrait la chaleur d’un espace intérieur pour la rejeter à l’extérieur.

Néanmoins, ces systèmes contribuent au dérèglement climatique notamment en émettant des gaz à effet de serre comme des hydrofluorocarbures (HFC). Aussi, lors des canicules, la chaleur rejetée par la climatisation peut augmenter localement les températures des villes, parfois de 1 à 2 °C dans certaines zones, renforçant ainsi l’effet d’îlot de chaleur urbain.

Vers un monde de plus en plus climatisé

Avec le réchauffement climatique, l’usage de la climatisation va augmenter. Déjà, dans l’Union européenne, son nombre a plus que doublé entre 1990 et 2016 selon l’Agence internationale de l’énergie, passant de 44 à 97 millions d’unités installées. Mais cela n’est pas sans conséquences. À l’échelle mondiale, l’augmentation du recours à la climatisation pourrait entraîner une consommation accrue d’énergie et des émissions associées. En effet, d’ici à 2050 environ deux tiers des ménages dans le monde devraient être équipés en climatiseurs, nous amenant à un total de 5,5 milliards d’unités installées.

Selon l’Agence internationale de l’énergie 80 % de la demande en électricité liés à la clim proviendra, en 2050, d'"économies émergentes et en développement". Pour le moment, ce sont les pays les plus riches qui sont le mieux équipés ( 90% aux Etats-Unis contre 5% en Inde ). Ce décalage devrait se combler dans les trois prochaines décennies.

Quelles conséquences ?

Si elle permet de lutter contre la chaleur, la climatisation a aussi un coût environnemental important. Selon l’Agence internationale de l’énergie, elle représente à elle seule 10 % de la consommation mondiale d’électricité, ventilateurs compris. Cette demande supplémentaire pèse particulièrement dans les pays dont l’électricité dépend encore largement des énergies fossiles, comme les États-Unis (58 %) ou l’Inde (près de 80 %).

La climatisation n’est pas une solution sans limites. Son efficacité diminue à mesure que les températures extérieures augmentent, tandis que sa consommation d’électricité explose. Dans des régions très chaudes comme Dubaï, où les températures dépassent régulièrement les 50 °C, la climatisation est devenue indispensable et représente une part majeure de la consommation électrique des bâtiments. Ce modèle pose toutefois une question de fond : plus les températures grimpent, plus les besoins en refroidissement augmentent, ce qui nécessite davantage d’électricité. À mesure que les vagues de chaleur s’intensifient, cette dépendance croissante à la climatisation pourrait mettre sous pression les réseaux électriques.

Vivre sous climatisation

Avons-nous réellement envie de vivre dans des bulles de fraîcheur artificielle ? Oui, la climatisation sauve des vies mais on ne peut pas tout miser sur elle. Une étude de la National Library of Medecine a calculé qu’elle n’avait que partiellement participé à réduire la surmortalité lors des vagues de chaleur (cette contribution atteignant 16,7 % au Canada, 20 % au Japon, ou encore 14,3 % en Espagne). 

Il faut alors penser à une trajectoire plus durable et recourir à des moyens plus sobres comme le ventilateur et privilégier la climatisation dans les écoles, les hôpitaux et les Ehpad plutôt que dans les centres commerciaux…

La question de la climatisation soulève des enjeux plus larges. Son développement peut donner l’impression que les vagues de chaleur doivent être combattues principalement par des solutions pratiques. Pourtant, l’adaptation au réchauffement climatique nécessite aussi une réflexion plus systémique, impliquant de repenser l’organisation de nos villes et nos modes de vie.