Canicules à répétition, records de température, incendies plus fréquents… À chaque nouvel épisode de chaleur, un même nom revient dans le débat public : le GIEC. C'est lui qui alerte depuis des années sur les conséquences du réchauffement climatique. Ses rapports sont devenus des références pour comprendre l'évolution du changement climatique et ses conséquences.
Mais derrière ces quatre lettres se cache un organisme dont le fonctionnement reste souvent méconnu. Qui rédige ces rapports ? Comment sont-ils élaborés ? Et pourquoi leurs conclusions font-elles aujourd'hui autorité à l'échelle mondiale ?
Le GIEC, ou IPCC en anglais
Créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), ou Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) en anglais, est l'organisme des Nations unies chargé d'évaluer les connaissances scientifiques sur le changement climatique.
Contrairement à une idée reçue, le GIEC ne mène aucune recherche et ne réalise aucune expérience. Son rôle est ailleurs. Chaque année, des milliers d'études scientifiques sont publiées dans le monde sur le climat. Le travail du GIEC consiste à les passer au crible, à les confronter et à en tirer une synthèse aussi fidèle que possible de l'état des connaissances. En d'autres termes, le GIEC ne produit pas la science : il évalue celle qui existe déjà.
Des experts du monde entier, mais un même objectif
Pour réaliser ce travail, le GIEC mobilise des scientifiques de toutes les disciplines : climatologues, océanographes, économistes, biologistes, ingénieurs, géographes ou encore spécialistes des sciences sociales.
Cette diversité est indispensable. Comprendre le changement climatique ne consiste pas seulement à étudier l'atmosphère : il faut aussi mesurer ses conséquences sur les écosystèmes, les économies, les infrastructures ou encore les sociétés humaines.
Depuis sa création, plus de 8 000 chercheurs ont participé bénévolement aux différents cycles d'évaluation du GIEC. Leur travail est réparti entre trois groupes. Le premier s'intéresse aux bases physiques du changement climatique. Le deuxième analyse ses impacts, les vulnérabilités et les possibilités d'adaptation. Le troisième évalue les solutions permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre. À cela s'ajoute une équipe chargée de développer les méthodes utilisées par les États pour calculer leurs émissions nationales.
Des rapports qui résument des dizaines de milliers d'études
Tous les cinq à sept ans environ, le GIEC publie un rapport d’évaluation. Ces documents synthétisent les connaissances scientifiques disponibles sur les causes du réchauffement climatique, ses conséquences déjà observées, les risques à venir et les différentes trajectoires possibles selon l'évolution des émissions mondiales.
Entre deux rapports d'évaluation, le GIEC peut également publier des rapports spéciaux consacrés à une question précise, comme le réchauffement de 1,5 °C, les océans ou les villes. Ces scénarios ne sont pas des prédictions. Ils décrivent différentes évolutions possibles selon les choix qui seront faits dans les prochaines années.
Le GIEC ne dit pas non plus aux gouvernements quelle politique adopter. Son principe est clair : être policy-relevant but not policy-prescriptive (destiné à éclairer les décisions publiques, sans dicter les politiques à mettre en œuvre).
Comment un rapport est-il élaboré ?
Avant même le début de la rédaction, les États membres définissent collectivement les grandes questions auxquelles le futur rapport devra répondre. Les gouvernements et les organisations observatrices proposent ensuite des scientifiques. Les bureaux des groupes de travail sélectionnent les auteurs en recherchant un équilibre entre expertises, disciplines, régions du monde et profils.
Une première version est alors rédigée à partir de l'ensemble de la littérature scientifique disponible. Commence ensuite un long processus de relecture. Des experts indépendants examinent le texte, formulent des milliers de commentaires, auxquels les auteurs doivent répondre un par un avant de produire une nouvelle version.
Cette seconde version est à son tour relue, cette fois à la fois par les scientifiques et par les gouvernements. Enfin, le résumé destiné aux décideurs est adopté ligne par ligne en séance plénière. Les représentants des États peuvent discuter de sa formulation, mais les scientifiques veillent à ce que chaque phrase reste parfaitement conforme au contenu du rapport complet.
Rarement donc un document scientifique aura fait l'objet d'un tel niveau de vérification.
Pourquoi le GIEC fait-il autant autorité ?
Si les rapports du GIEC sont aujourd'hui autant cités, c'est parce qu'ils représentent le consensus scientifique le plus complet disponible sur le changement climatique. Ils servent de référence lors des grandes négociations internationales, nourrissent les politiques climatiques de nombreux États et orientent une partie des travaux de recherche.
En 2007, le GIEC a d'ailleurs reçu le prix Nobel de la paix, conjointement avec Al Gore, pour sa contribution à une meilleure compréhension du changement climatique.
À l'heure où les épisodes de chaleur extrême se multiplient en France et où les discours climato-sceptiques continuent de gagner en visibilité dans certains pays, les travaux du GIEC occupent une place plus centrale que jamais dans le débat public. Leur rôle n'est pas de dicter les politiques à mener, mais de fournir aux décideurs le socle scientifique le plus solide possible pour éclairer leurs choix.