Réduire le déficit de 13,8 milliards d’euros : c’est l’objectif présenté par l’Assurance maladie dans son rapport annuel "Charges et produits" pour rétablir l’équilibre des comptes. L’enjeu est aujourd’hui considérable, avec la progression des maladies chroniques (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, obésité…), qui pèsent lourdement sur les dépenses de santé. À l’horizon 2035, l’Assurance Maladie a estimé que près d’une personne sur deux serait concernée par l'une de ces dernières, soit 27,7 à 30,4 millions de personnes.
Paradoxalement, beaucoup sont surtout liées à des facteurs de risques qui peuvent être atténués : tabagisme, alimentation déséquilibrée, sédentarité, alcool, pollution... Agir en amont permet d'améliorer la qualité de vie, d'augmenter l'espérance de vie en bonne santé et de réduire les dépenses de santé à long terme.
Prévenir plutôt que guérir
L’assurance de santé souhaite agir sur la prévention en passant par l’alimentation. Elle réaffirme ainsi sa volonté de rendre le Nutri-Score obligatoire sur tous les aliments emballés et propose d'y ajouter une indication signalant le caractère ultra-transformé des produits, afin de mieux informer les consommateurs.
Dans son rapport, elle nous rappelle aussi que "la France est parmi les pays avec le plus grand nombre de fumeurs quotidiens (3ème de l'UE derrière la Grèce et la Bulgarie)". En s’inspirant du Royaume-Uni qui en 2026 a interdit la vente de cigarettes à toutes les personnes nées après le 1er janvier 2009, l’Assurance Maladie soutient la proposition de loi "Pour une génération sans tabac" qui a été déposée à l’Assemblée Nationale.
Autre mesure importante, celle de rendre obligatoire le casque, que ce soit à vélo ou sur les "engins de déplacement personnel motorisés" pour les plus de 12 ans.
Encourager le dépistage
Toujours dans une logique de prévention, l’Assurance maladie se mobilise pour une prise en charge précoce grâce au dépistage des enfants.
"Chaque année, près d’un enfant sur quatre en petite section de maternelle ne bénéficie pas d’un bilan de santé de la PMI" est-il écrit dans le rapport.
En matière de santé mentale, l’Assurance maladie s’inquiète de la hausse des tentatives de suicide et des actes d’automutilation chez les jeunes. Elle souhaite agir sur deux leviers prioritaires : réduire les délais d’accès aux soins spécialisés et proposer des prises en charge mieux adaptées à cette tranche d’âge. Elle recommande ainsi de renforcer et d’étendre les dispositifs innovants de soins intégrés, comme Sésame, DIPPE ou le DSPP enfants, qui associent notamment médecins généralistes, infirmiers et psychiatres afin d’améliorer le suivi des enfants et des adolescents.
Campagnes de vaccination
Face au vieillissement de la population, l'Assurance maladie souhaite également le déploiement d'une campagne de vaccination contre les pneumocoques chez les personnes âgées. Cet enjeu est jugé majeur. En effet, les infections à pneumocoque sont responsables d'environ 250 000 hospitalisations et de plusieurs milliers de décès chaque année, pour un coût estimé entre 2,7 et 3,4 milliards d'euros. Or, la couverture vaccinale reste aujourd'hui insuffisante : moins de 20 % des personnes de plus de 65 ans sont vaccinées. L'objectif est donc d'augmenter significativement ce taux afin de prévenir les formes graves de la maladie.
À quelques mois des élections, ce rapport alimente le débat sur la prévention et le système de santé, deux sujets qui devraient être au cœur des propositions des candidats.