61 % des Français pensent qu'en période de crise, "les responsables politiques devraient avant tout s'occuper de l'économie et de l'emploi, et moins d'environnement". C’est ce que révèle un sondage réalisé par Odoxa pour AGIPI, Challenges et BFM Business auprès de 1005 Français. Malgré ses limites méthodologiques, ce sondage permet de dégager certaines trajectoires de l'opinion publique. "Un retournement total de tendance par rapport à ce que nous enregistrions depuis cinq ans", indique Gaël Sliman, président d'Odoxa, dans un communiqué.
Depuis 2021, la majorité des Français pensaient l'inverse : poursuivre les politiques environnementales malgré la crise. En parallèle, le soutien aux énergies renouvelables recule. "Avec 50 % de citations, le nucléaire s'impose plus encore qu'auparavant en tête de la dizaine de sources d'énergie à privilégier à l'avenir", indique le rapport. Une évolution qui témoigne d'un retour des préoccupations liées à la souveraineté énergétique et au pouvoir d'achat, dans un contexte international instable.
Le pessimisme économique s’installe
Si cette nouvelle tendance tend à se généraliser, c'est parce que les tensions énergétiques liées à la guerre au Moyen-Orient frappent le portefeuille des Français. Les prix à la pompe augmentent et peinent à redescendre sous les deux euros. Les entreprises font également face à cette hausse, malgré les aides ciblées annoncées par Sébastien Lecornu. Cette inflation énergétique alimente une incertitude économique chez les ménages et les acteurs économiques.
"Le moral économique des Français reste "scotché" à des niveaux abyssaux", explique le président d'Odoxa. Il évoque "une tendance structurelle", précisant que "depuis la dissolution, nous enregistrons, en moyenne, plus de 80 % de pessimisme". Dans ce contexte, les préoccupations écologiques apparaissent souvent reléguées au second plan derrière les enjeux économiques immédiats.
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L'urgence climatique reléguée à l'arrière-plan
Alors que la crise énergétique fait rage, la crise climatique semble progressivement s'effacer du débat public. Et ce, malgré la dégradation des écosystèmes. La branche française du WWF alertait en 2025 sur cette situation : "les espèces emblématiques de milieux dégradés sont en déclin". Dix ans après l'Accord de Paris signé lors de la COP21 en 2015, les objectifs de limitation du réchauffement climatique restent hors d'atteinte. Il engageait pourtant les États signataires à maintenir le réchauffement "bien en dessous de 2 °C" par rapport aux niveaux préindustriels.
Pour certains chercheurs, ce recul des préoccupations écologiques ne peut cependant pas être compris sans prendre en compte les inégalités sociales face à la crise. "En 2015, on mettait en branle plein d'énergie pour transformer la société, mais sans transformation sociale, c'est-à-dire sans toucher à ce qui fait le cœur d'une société : les hiérarchies sociales et les rapports de pouvoir entre les différents groupes qui en résultent", explique le sociologue, Jean-Baptiste Comby au micro de France Inter. "Il y a donc un enjeu des classes sociales face à l'enjeu environnemental."