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Choisir de ne pas donner la vie à l'ère de la crise climatique

Hélène, 33 ans, journaliste, et Fanny, 34 ans, sans emploi, résidant toutes deux dans le nord de la France, ont fait le choix de ne pas avoir d'enfants. La situation climatique actuelle les conforte dans leur décision. Elles livrent leurs points de vue sur la question de la parentalité à l’aube de la crise écologique.

Pouvez-vous expliquer votre choix de ne pas avoir d'enfants ?

Hélène : Personnellement, je ne veux pas d’enfant et la crise écologique me conforte dans cette position. La question de la surpopulation fait vraiment partie de mes motivations principales. J’aime observer les autres espèces notamment les oiseaux et j’ai l’impression qu’il y a très peu d’espace libre sur cette Terre. J'habite dans le nord de la France qui est très urbanisé, même quand il n'y a pas de présence humaine, il y a toujours des nuisances sonores. L’être humain est invasif et essaie de réguler les autres espèces mais ne se regarde pas lui-même. Nous sommes sept milliards sur la planète et nous ne laissons pas beaucoup de place aux autres. On l’a vu pendant la crise du Covid, les animaux occupaient alors plus d’espace dans nos villes. 

Fanny : J’ai pris la décision de ne pas faire d’enfant il y a peu. Le refus de procréer s'est concrétisé au fur et à mesure des années. Je n’avais pas envie de devenir mère célibataire. Je me suis séparée de mon compagnon après dix ans de relation et nous n’avons pas eu d’enfants. Avec le monde actuel dans lequel l’être humain évolue, je n'en ai pas eu l’envie.

Quels dangers du monde actuel craignez-vous ?

Hélène : Nous sommes confrontés à des catastrophes climatiques. À l’époque de nos parents c’était quelque chose d’un peu lointain mais aujourd’hui nous le vivons. On le voit avec le dérèglement des saisons. C’est presque palpable. En une génération beaucoup de choses peuvent se passer, tout s'accélère tellement vite.

Si j’avais un enfant, il connaîtrait forcément des catastrophes climatiques et des temps difficiles."

Fanny : Nous avons peur des catastrophes naturelles mais aussi de manquer de ressources en énergie et en eau. Il y a aussi les tensions géopolitiques et les réfugiés climatiques. Je n’ai pas envie de faire subir tout cela à la génération future.

Il y a beaucoup de citoyens, d’entreprises, d’industries et de politiques qui se mobilisent et prennent conscience du problème, cela ne vous paraît pas assez enthousiasmant pour mettre au monde un enfant ?

Hélène : Je n’ai pas beaucoup d’espoir. Tant que nous vivons dans ce système capitaliste, rien ne va changer. On peut faire des petits gestes, adopter le zéro déchet ou utiliser le vélo, mais je pense que s’il n’y a pas un changement radical, malheureusement, nous allons droit dans le mur.

Fanny : L’espoir est trop mince. Je vois plutôt l’avenir en noir. Toutes les actions mises en place mettent un certain nombre d’années à avoir un impact visible sur les conditions climatiques. Je pense que nous sommes légèrement en retard pour que nos enfants voient une amélioration réelle.

C’est une décision très intime, la pensez-vous irréversible ?

Hélène : On peut toujours se dire qu’on va changer d’avis, mais moi, depuis mes 20 ans je me dis que je ne veux pas d’enfants et ça ne changera pas. Mon avis n’évolue pas, au contraire, je pense que je suis de plus en plus sûre de cette décision.

Fanny : J’ai pris cette décision récemment. J'ai rompu avec mon compagnon il y a quatre ans. J’ai eu d'autres relations. Mais aujourd’hui, je ne me vois pas fonder une famille avec une nouvelle personne.

On parle beaucoup d’amour maternel, qu’est ce que vous faîtes de cet amour que vous ne donnez pas à un enfant ?

Hélène : Je n’ai jamais eu d’instinct maternel. En dehors des questions climatiques, je n’ai jamais voulu d’enfant. Pour moi, l’amour peut être universel, dirigé vers d’autres êtres humains ou d’autres espèces et pas nécessairement vers son propre arbre généalogique. 

Fanny : Je ne porte pas mon amour maternel pour un enfant, mais pour la planète. Je suis fan de ce qu’elle a à nous offrir et des êtres vivants qui la composent, aussi bien les animaux, les végétaux que les êtres humains.

Je fais le choix de me priver de cet amour inconditionnel pour un enfant et de le donner à la planète." 

Est ce que vous discutez de ce choix autour de vous ? Vous sentez-vous jugée ?

Hélène : On choisit ses amis. J’ai peu de connaissances qui ont des enfants donc je pense qu’on se rejoint sur ce sujet là. Ce n’est pas quelque chose que j’ai envie d’aborder avec ma famille et je pense qu’ils le respectent. Je ne ressens pas particulièrement de jugement par rapport à cela. Il y a beaucoup de gens qui me disent que je vais changer d’avis mais j’essaie de passer outre ces commentaires. 

Fanny : La décision est récente, je n’en ai pas encore vraiment parlé à mon entourage mais il y aura certainement des jugements. C’est un choix que je garde pour moi pour le moment.

*Cette interview fait suite à un appel à témoignage qui a suscité les réactions d'une majorité de femme.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici.

 

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