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ID décrypte

Où en est la recherche sur les perturbateurs endocriniens ? Trois questions à une experte de l'ANSES

Le bisphenol A, un perturbateur endocrinien clairement identifié.
©REMY GABALDA / AFP

S’ils semblent bien connus compte tenu de leur importance croissante dans le débat public, les perturbateurs endocriniens ont encore beaucoup de secrets à livrer aux scientifiques. Cécile Michel est cheffe d’unité d’évaluation des risques liés aux substances chimiques à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Entretien.

Sachant qu’ils ne sont pas tous clairement identifiés et que le concept est récent, quel est l’état actuel des connaissances sur la question des perturbateurs endocriniens ?

L’état actuel des connaissances est variable selon les substances chimiques. En fonction des données disponibles pour une substance à un instant donné, l’ANSES propose d’établir des catégories reflétant le degré de probabilité d’être un perturbateur endocrinien. Par un résultat gradué, elles devraient permettre d’adopter des règles d’encadrement différenciés en fonction des usages et des populations exposées : par exemple, une règlementation plus sévère pour les jouets, avec interdiction des perturbateurs endocriniens "avérés", "présumés" mais aussi "suspectés".

Quels en sont les conséquences avérées sur la santé humaine et l'environnement ?

Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui interfèrent avec le fonctionnement hormonal des Hommes et des animaux et entrainent des effets délétères sur ces organismes ou impactant la survie de l’espèce. Ils peuvent, par exemple, affecter la reproduction, le développement, le métabolisme, l’immunité, ou encore favoriser le développement de cancers ou de l’obésité… L’environnement est constitué d’un ensemble de facteurs, il est complexe d’identifier des facteurs individuels, qu’ils soient chimiques ou physiques responsables de manière significative d’une dégradation de sa qualité.  Individuellement, on travaille donc substance par substance, principalement à partir d’études étudiant les effets néfastes produits par l’exposition à ladite substance sur des animaux modèles.

En Europe, il y a 17 substances chimiques REACH qui sont des PE avérés et un certain nombre de phytopharmaceutiques et biocides. Parmi ces 17 substances, 12 sont des PE pour l’environnement et 7 pour l’Homme impactant principalement la reproduction car ce point est évalué dans les études contenues dans les dossiers règlementaires. Pour le Bisphenol A, les études de la littérature scientifique ont permis de mettre en évidence d’autres effets comme des effets sur le développement de la glande mammaire, le métabolisme et l’apprentissage.

L'exposition aux perturbateurs endocriniens peut provenir de différentes sources, tels que les aliments ou les produits de consommation courante. Une utilisation raisonnable de ces produits (préférence pour les aliments non transformés, utilisation de matériaux durables, utilisation raisonnable de produits cosmétiques, d’hygiène et ménagers) est le meilleur moyen de s’en préserver.

Dans quelle mesure les législations sont-elles contraignantes en la matière ?

En Europe, les risques chimiques sont gérés en fonction des usages. Aussi, il existe différentes approches réglementaires pour gérer les risques posés par les perturbateurs endocriniens, car les réglementations sectorielles ont été élaborées indépendamment, en fonction de considérations spécifiques et dans des temporalités différentes. Dans l'Union européenne (UE), il a été considéré que l'incertitude autour de la question de l'identification d'une dose sûre justifie de réglementer les perturbateurs endocriniens sur le danger plutôt qu'une approche basée sur les risques. Les pesticides et biocides identifiés comme des perturbateurs endocriniens et les autres produits chimiques dans le cadre de la législation sur l'enregistrement, l'évaluation, l'autorisation et la restriction des produits chimiques (REACH) voient leurs usages très encadrés. Un renforcement des exigences de tests permettant d’évaluer les effets perturbateurs endocriniens des substances est actuellement à l’étude dans ces règlementations.

Dans sa "Stratégie pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques : Vers un environnement exempt de substances toxiques", l'UE affirme sa volonté d’améliorer le cadre réglementaire actuel pour la protection de la santé humaine et environnementale au regard des perturbateurs endocriniens, en établissant un système juridiquement contraignant d’identification des dangers liés aux perturbateurs endocriniens, sur la base de la définition de l’OMS et en s’appuyant sur les critères déjà définis pour les pesticides et les biocides, et de l’appliquer dans l’ensemble de la législation.

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