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Les perturbateurs endocriniens, quézako ?

Rayon de supermarché rempli de denrées alimentaires dont les emballages sont susceptibles de contenir des substances nocives.
©06photo/Shutterstock

Substances controversées mais dont on estime que beaucoup restent encore à définir ainsi, les perturbateurs endocriniens sont présents partout autour de nous et sont de plus en plus étudiés pour faire valoir le principe de précaution au niveau de la loi. 

Alimentation, produits cosmétiques, eau du robinet… À mesure que la science progresse sur le sujet des perturbateurs endocriniens, de plus en plus de sphères de notre quotidien semblent affectées par ces substances. Bien qu’elles conservent une certaine part de mystère, ces dernières deviennent progressivement un enjeu de santé publique majeur. Selon le dernier baromètre IRSN sur la perception des risques et de la sécurité par les Français, ceux-ci sont de plus en plus au fait du risque associé aux perturbateurs endocriniens. Cette perception croît de manière continue depuis plusieurs années (de 33 % en 2014 à 52 % en 2020), et pour cause : les perturbateurs endocriniens sont nombreux, et leurs effets sont de plus en plus documentés. 

Un état des connaissances encore partiel

Il convient en premier lieu de noter que l’étude des perturbateurs endocriniens est relativement récente, de même que leur catégorisation comme tels. Un perturbateur est défini par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) comme "une substance ou un mélange qui modifie la ou les fonctions du système endocrinien et provoque des effets néfastes sur la santé d’un organisme intact ou ses descendants ou (sous-)populations". Le système endocrinien désigne l’ensemble des organes qui fabriquent des hormones, véritables "messagers chimiques", et les sécrètent dans notre sang, agissant ce faisant sur la température corporelle, le sommeil ou le système reproducteur. C'est donc tous ces processus qui sont menacés par la perturbation endocrinienne, qu'elle soit d'origine naturelle ou bien due à une substance transformée par l'Homme.

Les effets de ces substances peuvent être de plusieurs ordres : cancérigènes ou toxiques à long terme, mutagènes ou bien compromettant la reproduction. Mais comme l’indiquaient le PNUE et l'OMS dans un rapport de 2013, à ce jour, "les connaissances dont on dispose sont très lacunaires, il est extrêmement difficile de déterminer exactement les causes et les effets" en la matière. Pour cause, les phénomènes évoqués sont souvent observés sur des animaux dans des conditions expérimentales particulières, ou bien peuvent être imputables à d'autres facteurs, comme le mode de vie ou l'environnement. Un principe de précaution reste donc de mise pour minimiser les risques sanitaires : c’est le cas de l’importance accordée aux pics de vulnérabilité (la grossesse, l’adolescence et la petite enfance) durant lesquels une grande prudence est recommandée. 

Des exemples (trop) nombreux 

C’est avec l'industrialisation croissante au cours du XXème siècle que les perturbateurs endocriniens sont apparus dans les produits de la vie de tous les jours, fabriqués à grande échelle, et dans les années 1960, ils ont commencé à constituer un problème public. Rachel Carson, pionnière de l’écologie politique et autrice du Printemps Silencieux, un ouvrage fondateur du combat contre les produits phytosanitaires, met en évidence en 1962 les conséquences du dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), un puissant insecticide aujourd’hui interdit dans de nombreux pays occidentaux, sur l’environnement et en particulier les systèmes reproducteurs des animaux aux États-Unis.

Car ces substances ne seraient pas seulement néfastes pour la santé humaines, elles le sont dans bien des cas également pour l'environnement, lorsqu'elles s'y retrouvent par l'action de l'Homme (émission de déchets) ou encore par ruissellement des eaux. Ainsi, des traces de produits chimiques potentiellement perturbateurs pourraient circuler dans les réseaux d'eau potable, ce contre quoi mettait en garde l'ONG Générations futures en 2020. Parmi les autres sources identifiées, de nombreux composants de produits industriels d'usage commun, comme les contenants en plastique, des ustensiles domestiques ou encore des revêtements. C’est le cas du bisphénol A en France, proscrit, sur la base d’une expertise de l’Anses, depuis janvier 2015 dans les contenants alimentaires (biberons, bouteilles, conserves, etc) où il était autrefois présent et menaçait d’être ingéré par migration dans les aliments. Certains aliments sont également considérés comme perturbateurs, à l'image du soja. Tous ces éléments aboutissent à un constat qui semble consensuel : l'alimentation serait aujourd'hui la première source d'exposition aux perturbateurs endocriniens. 

Si, conformément au principe de précaution évoqué plus haut, la science a désormais identifié assez précisément les substances qui, prises isolément, sont susceptibles de dégrader la santé humaine, reste la question de ce que l’on désigne par "effet cocktail". Par exemple, les parabènes, encore présents dans certains cosmétiques en France, sont réputés dangereux pour les femmes enceintes, et le cadmium, qu’on trouve dans les plastiques, céramiques, verres, piles et batteries, est impliqué dans le cancer du poumon. Mais reste encore à savoir si la combinaison des deux peut provoquer des effets supplémentaires ou en décupler certains déjà connus.

Un cadre légal complexe

Les récents efforts en matière de recherche ont abouti à une amélioration considérable de la connaissance des tenants et des aboutissants de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, et in fine à une meilleure maîtrise des risques liés aux substances. Au total, en 2018, près de 20 000 substances dont plusieurs centaines de perturbateurs endocriniens sont classées dans le cadre du règlement européen REACH ("Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals"). Celui-ci a pour but de garantir la protection de la santé humaine et de l’environnement face aux risques liés aux substances chimiques, et se prononce en faveur ou non de la production et l'importation de certains produits sur le Vieux continent.

Une définition des perturbateurs endocriniens pour les substances contenues dans "les produits pesticides et les produits biocides" a été adoptée en 2017 au niveau européen, par les règlements UE 2017/2100 et UE 2018/605, et des réflexions ont cours pour étendre cette approche aux autres secteurs réglementés (produits cosmétiques, dispositifs médicaux, matériaux en contact des aliments, etc). Mais le cadre européen manque toujours d’une réglementation proprement spécifique aux perturbateurs endocriniens, du fait d’une absence de définition réglementaire commune. La controverse des perturbateurs mettant en cause la responsabilité de l'industrie chimique et sa capacité à utiliser ou non certaines molécules, des conflits d'intérêt sous-jacents sont régulièrement mis en lumière, les industriels jouant notamment du flou autour de l'état des connaissances scientifiques en la matière pour conserver une marge de manoeuvre. 

Ainsi, malgré les interdictions prononcées isolément, au cas par cas, leurs effets sur les produits commercialisés tardent, ou bien à monter en généralité, ou bien à devenir plus stricts. À ce titre, la connaissance du risque n'implique donc pas automatiquement d'action contraignante de la part des pouvoirs publics. Dans le cas du bisphénol A, par exemple, celui-ci est parfois remplacé par le bisphénol B ou S, au moins aussi controversés et pour lesquels le principe de précaution devrait valoir. 

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