Humeur

Lorsque le plomb des chasseurs tue deux fois

Vers l'interdiction du plomb dans les munitions des chasseurs?
©Scharfsinn/Shutterstock

L'affaire commence il y a près de 25 ans, lorsque l'AEWA (Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique et d'Eurasie) alerte sur l'impact des plombs de chasse déversés dans les zones humides. A l'époque, toutes les études montrent que le saturnisme fait des ravages dans la faune et qu'il est urgent de changer de munitions. 

Les acteurs concernés s'accordent alors 10 ans pour mettre un terme aux mauvaises habitudes avec l'interdiction du plomb prévue avant l'an 2000. Beaucoup de pays mettent en application cette décision, tandis que la France fait la sourde oreille. Il faudra que quelques parlementaires et des associations de protection de la nature multiplient les pressions pour que le ministère de l'écologie accepte enfin la conformité en interdisant le plomb en zone humide à partir de … 2005 !

Un risque de contamination au plomb

L'histoire aurait pu s'en tenir là si les chasseurs et les organisateurs de ball-traps avaient fait l'effort d'étendre la mesure à l'ensemble du territoire. Il n'en fut rien. Aujourd'hui, c'est l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) qui tire la sonnette d'alarme. Elle vient de recommander de limiter la consommation de grand gibier (biche, chevreuil, sanglier) à « une fréquence occasionnelle, de l'ordre de trois fois par an » en raison d'un risque de contamination avec le plomb.

Les sols, déjà affectés par une agriculture chimique mortifère, n'ont guère besoin de plomb en supplément du cocktail

Or, ce dernier peut entraîner des troubles du développement cérébral chez l'enfant et des problèmes rénaux et cardio-vasculaires chez l'adulte. L'agence pointe notamment : « des micro-fragments de munition, le plus souvent invisibles à l'oeil nu ». Les sols, déjà affectés par une agriculture chimique mortifère, n'ont guère besoin de plomb en supplément du cocktail. Pourtant, ce sont quelque 6 000 tonnes par an qui vont empoisonner les terres (sans parler des plastiques issus des cartouches...). Lucides des graves conséquences de l'usage du plomb, de nombreux pays en ont déjà interdit l'usage.

C'est ainsi que la Finlande, la Belgique, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et d'autres ainsi que les Etats-Unis (en 1991) ont modifié leurs munitions pour effacer le plomb. Sachant que 250 millions de cartouches sont tirées chaque année, il serait peut-être temps de se mettre au diapason. Sollicité lors de la campagne présidentielle, le candidat Macron s'est engagé à interdire l'usage du plomb. Sa ministre de la santé a été avisée de l’urgence d'une décision, il n'y a donc aucune raison de s'inquiéter : le plomb ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir...