Humeur

Peut-on sauver la nature en tuant davantage ?

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La question climatique a fort heureusement secoué les consciences, tandis que l’hémorragie de la biodiversité se poursuit dans une indifférence coupable.

Les alertes martelées par le monde scientifique n'ont pourtant pas manqué. En novembre dernier "l'appel des 15 000" faisait le constat indiscutable d'un déclin dramatique. La semaine dernière, les rapports du Muséum National d'Histoire Naturelle et du CNRS confirmaient la tendance avec la perte d'un tiers des populations d'oiseaux inféodées aux milieux agricoles. Quelques jours plus tard, c'était les chercheurs de l'IPBES (équivalent du GIEC pour le climat) qui, depuis leur colloque en Colombie, concluaient à l'état désastreux des sols.

Quelle attention portée à la biodiversité ?

Le vivant qui nous entoure agonise et nous continuons de le traiter avec indifférence, voire mépris. Alors que se dessine le premier bilan du gouvernement, la seule attention portée à la biodiversité pourrait se résumer à l'augmentation des loups potentiellement à abattre, à l'annonce de la restauration des chasses présidentielles ou à celle de l’allongement de la durée de la chasse aux oies en février, bien que le Conseil d'Etat ait retoqué 11 fois de suite cette tentative.

Tandis que le Président Macron roucoule avec celui de la fédération des chasseurs pour grossir les gibecières, on constate des situations invraisemblables. Par exemple, sur les 66 espèces d’oiseaux chassables, plus de 20 sont dans un mauvais état de conservation et classées sur les listes de l'UICN. L'alouette de champs, dont les statistiques montrent un déclin d'un oiseau sur trois en 15 ans, continue d'être abattue sans mesure. Chaque année, 350 000 d'entre elles sont piégées et 200 000 tuées au fusil principalement dans le sud-ouest... Est ce ainsi que l'on offrira une résilience à la biodiversité ?

La condition animale guère plus satisfaisante

L'attention portée à la condition animale n'est guère plus satisfaisante. Dans les élevages de porcs, on continue de meuler les dents des porcelets sans anesthésie. Même punition lorsqu'on leur coupe la queue et on les castre (pratique interdite en Suisse, en Norvège, en Suède...). Côté poussins indésirables (les mâles, lorsqu'on veut des poules pondeuses), il suffit de les étouffer dans des sacs ou les jeter dans des broyeuses pour s'en débarrasser (pratique interdite en Allemagne). Les lapins n'ont guère plus de chance, leurs conditions d'élevage sont si insupportables qu'un quart d'entre eux meurt avant d'avoir atteint l'âge d'abattage (2 mois).

Faut il également rappeler que de pathétiques ménageries continuent d'exhiber des animaux sauvages dans des conditions épouvantables et contre nature ? Tolérer la souffrance du peuple des bêtes, s’accommoder de l’hémorragie de la biodiversité prouvent un manque de lucidité politique flagrant.

En ce début de 21ème siècle, la société condamne l'indifférence, il y a urgence à ce que l'état en prenne conscience. Le Ministère de la transition écologique promet qu'il portera une attention toute particulière à la biodiversité et au bien-être animal. Il y a urgence à agir...