chronique

Le "sanglier business" fait encore recette !

Et si le surnombre des sangliers étaient notamment le fait de l'homme ?
©Martin Prochazkacz/Shutterstock

Le surnombre des sangliers pose évidemment problème. Parmi les impacts enregistrés, ils causent des dégâts aux cultures, évalués à quelque 25 millions d'euros chaque année. Et pourtant, près de 500 000 « bêtes noires » (nom donné aux sangliers par les chasseurs) sont abattues dans le même temps. Dès lors, comment se fait-il que les porteurs de fusils n'arrivent pas à endiguer la prolifération ?

C'est notamment dans un crapuleux business cynégétique que l'on peut trouver une bonne partie de la réponse. Ainsi, pour avoir la certitude d'offrir une chasse commerciale satisfaisante, on agraine en hiver. En clair, les sangliers sont largement nourris en les fidélisant aux lieux stratégiques de tirs. Conséquence évidente : la sélection naturelle ne s'effectue pas et les sangliers survivent plus facilement aux mauvaises conditions climatiques.

Des méthodes clandestines aux effets pervers

A cette déplorable habitude, il faut ajouter les élevages officiels ou clandestins qui fleurissent ici ou là. Il y a quelques mois, c'est en Haute-Loire qu'une exploitation clandestine d'une soixantaine de sangliers (sur 150 estimés) était débusquée par la gendarmerie. Le trafic expliquait très certainement les 250 000 euros de dégâts aux cultures enregistrées par la FDSEA (Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles) dans le département. Plus récemment, c'est en Dordogne que l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) a révélé un élevage clandestin, tandis qu'une trentaine d'élevages agréés ont pignon sur rue. Quand on sait qu'une journée de chasse peut se négocier 1 200 à 2 500 € par fusil, on mesure les bénéfices potentiels.

Une nouvelle "espèce" : les "cochongliers" et les "sanglichons"

Autre conséquence non négligeable de l’exploitation des sangliers en captivité : les évasions (ou les relâchers...) qui conduisent à des hybridations avec des cochons. Ainsi sont nés des « cochongliers » (croisement d'un porc et d'une laie sanglier) ou des « sanglichons » (croisement d'un sanglier mâle avec une truie domestique). Volontaires ou non, ces tripotages génétiques ajoutent à la perturbation du milieu naturel.

Mais le coup de grâce pourrait bien venir de Pologne. Là bas, la peste porcine sévit en décimant les porcs et les sangliers par pathologie hémorragique. Durant les années 1960, il a fallu trois décennies avant de l'éradiquer en Espagne et au Portugal. Or des lâchers clandestins issus de Pologne ont été enregistrés du côté de la Bretagne. Pourquoi ne pas prendre nos sangliers d'élevage ? Parce qu’étant plus petits que ceux de l'est, ils ne sont pas jugés suffisamment rentables. Les « bêtes à trophées » sont beaucoup plus payantes : 350 € pour un tir sur un animal de 100 kg, 750 à 1 500 € pour un vieux mâle aux canines proéminentes...

Si la peste bovine pend racine en France, il est vraisemblable que le « sanglier business » sera enfin remis en cause. En attendant, l'élevage porcin reste un otage en sursis.