Humeur

"Balance ton porc", pourquoi faire du porc un bouc émissaire ?

Le porc, un animal pour lequel l'homme a peu de reconnaissance
©Dmitry Kalinovsky/Shutterstock

Désormais institutionnalisée, pour des raisons ô combien légitimes, cette expression cache néanmoins une piètre reconnaissance de l'homme vis-à-vis d'animaux qui ont en commun 95 % de notre ADN...

Déjà après le bouc, l'âne et le chien, ils furent associés à la luxure dès le XVème siècle au point que le mot « cochonnerie » s'imposera au XVIIème siècle. Même le visionnaire Buffon y va de sa charge en évoquant le cochon : « ses habitudes sont grossières, ses goûts immondes et ses sensations se réduisent à une luxure furieuse ».

Pourquoi le porc incarne t-il la lubricité ? Est ce parce qu'il a un sexe étrangement étiré en forme de tire-bouchon ? S'agit il de ses performances de copulations pouvant dépasser les 30 minutes ? L'historien Michel Pastoureau, qui s'est penché plus que personne sur l’animal en question, propose une explication singulière. Nous avons 95 % d'ADN en commun avec le cochon. C'est de lui que l’on tire des produits médicaux tels que l'insuline, les glandes surrénales et même des morceaux de peau que l'on se greffe volontiers.

Au fond, notre cousinage biologique avéré depuis Aristote, peut générer le rejet. C'est particulièrement vrai en raison de la couleur rose du cochon, considéré comme la moins aimée (après le marron) de tout le panel de l'arc en ciel. Et l'historien de rappeler que, symboliquement, c'était le chien qui incarnait les cochonneries. Or, lorsqu'il devient un véritable compagnon de l'homme, à partir du XVIème siècle, plus question de l’affubler de pareilles perversions. On rejette alors le tout sur le cochon.

Derrière une expression se cache une pratique inacceptable

La pauvre bête en paie encore les conséquences aujourd'hui. Mais derrière cette nouvelle expression « balance ton porc » se cache également une pratique rarement révélée au grand jour. Dans les élevages industriels de cochons, les porcelets sont triés selon leurs aptitudes et les indésirables jetés brutalement contre les murs. On a même qualifié la technique de « cloison thérapie ». Elle est recommandée par l’Institut du porc qui souligne qu'elle doit être appliquée avec « conviction », en considérant qu'elle est « rapide, indolore, avec perte de connaissance instantanée et permanente ». Quant aux survivants, ils ont droits à être castrés, à avoir les dents réduites à la meule et la queue coupée, le tout sans anesthésie !

Pourquoi avoir transformé le porc en bouc émissaire ? Pourquoi qualifie t-on un homme coupable de délits extrêmes de « bestial » alors qu'il n'est qu'inhumain ?