Environnement

Le Salon de l'Agriculture est une façade qui cache la condition animale

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A la veille de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, Allain Bougrain-Dubourg revient sur cette grande vitrine qui aurait tout d'une façade...

La plus grande ferme de France, des races prestigieuses, des terroirs d'exception… une fois de plus, le Salon de l’Agriculture, implanté à Paris depuis 1925, affichera l'image bucolique d'une communion avec les animaux d'élevage. La vitrine ne serait elle pas trop belle ? Les soins apportés au bétail dans les allées du salon se pérennisent ils lorsque s'achève la fête ? Pas sûr.

L'élevage industriel en responsabilité

Depuis les années 60, l'élevage industriel a effacé l'attention que l'on portait aux veaux, vaches, cochons et autres couvées. Tandis que de nombreuses races domestiques disparaissaient (1 000 races se sont déjà éteintes) au profit d'animaux plus productifs, la mécanisation a imposé aux bêtes, un mode de vie contre nature. Les truies ont muté au point de produire une vingtaine de porcelets, alors qu'elles n'ont que 16 tétines. Que faire du « surplus » ? Les plus faibles sont éliminés par « cloison thérapie », une méthode recommandée par l’Institut du porc qui consiste à jeter les porcelets contre un mur pour les tuer... Quant aux survivants, il doivent subir le meulage de leurs dents, la coupe de leur queue et la castration, le tout sans anesthésie !

Côté poules pondeuses, le quotidien n'est guère plus réjouissant. Parquées dans de minuscules cages en batterie, elles sont contraintes de pondre jusqu'à l'épuisement extrême. La promiscuité impose qu'on leur ampute une partie du bec pour éviter le cannibalisme. Les volailles, dites de chair, ne sont pas mieux loties. Le poulet de ferme mettait autrefois près de 90 jours pour arriver à terme, celui qui est fabriqué aujourd'hui boucle son existence en 35 jours. Le sort des poussins mérite aussi que l'on s'y attarde. Lorsqu'on l'on veut des poules pondeuses, les mâles sont évidemment éliminés. De même, les canetons femelles ne sont pas conservés pour la production du foie gras. Que faire ce « surplus » ?

Une transition vers le respect du vivant ?

Les indésirables sont broyés dans de grosses vis sans fin ou étouffés dans des sacs plastiques. Evidemment d'odieuses souffrances accompagnent les derniers instants... Un tel bilan n'est il pas le prix à payer (pour les animaux!) afin de satisfaire les besoins alimentaires des hommes ? Sûrement pas. De nombreux pays (Allemagne, Suisse, Norvège, Suède, etc...) ont fini par interdire les méthodes d'élevage les plus insupportables. Si le Salon de l'Agriculture affichait aussi cette terrible réalité, peut être permettrait il d'accélérer l'indispensable transition vers le respect du vivant.