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Santé

Le recyclage des médicaments, enjeu sanitaire et environnemental

Thierry Moreau-Defarges, président de Cyclamed.

Le recyclage est un des piliers d'une transition écologique efficace. Selon Thierry Moreau-Defarges, président de Cyclamed, la prise en charge des médicaments non-utilisés est avant tout un enjeu de santé publique, mais touche aussi à la consommation responsable et à la lutte contre le gaspillage et la pollution. 

Le recyclage des déchets se développe lentement mais sûrement en France. En matière de recyclage des médicaments, c'est l'éco-organisme Cyclamed qui gère, quasiment à lui seul, le suivi des produits pharmaceutiques non-utilisés dont la collecte est obligatoire en pharmacie depuis 2007. Entretien avec son président, Thierry Moreau-Lafarges. 

Pouvez-vous résumer Cyclamed en quelques mots et chiffres ?

Cyclamed est une association loi de 1901, fondée en 1993 par des industriels du médicament en collaboration avec les pharmaciens d’officine et les grossistes répartiteurs, qui a pour mission principale de récupérer les médicaments non-utilisés par les ménages.

Aujourd’hui, il arrive encore que des médicaments soient jetés. Quelles sont les conséquences de cet acte ?

D’une part, quand ils sont jetés à la poubelle, ce qui arrive encore, les médicaments peuvent être revendus, réutilisés ou conseillés par des gens qui les récupèreraient, et donc contribuer à des mésusages et des accidents. Grâce à Cyclamed, le médicament peut repartir dans un circuit complètement fermé, et c’est la garantie qu’aucun détournement de médicament n’aura lieu, c’est pour ça que nous souhaitons que cette pratique se généralise. Le pourcentage de Français (près de 80% d'entre eux) qui déclarent faire ce geste a augmenté au cours des dernières années, ce qui montre un changement d’habitudes qui s’est amorcé. D’autre part, il arrive aussi que les médicaments soient jetés dans les éviers et les toilettes. Dans ce cas-là, cela perturbe notamment les stations d’épuration et peut avoir des conséquences sur l’environnement. Cependant, il faut garder à l’esprit que la plus grande partie de la pollution des eaux par les médicaments se fait par le biais de ce que nous rejetons après les avoir absorbés, dans nos urines notamment. Les médicaments jetés sciemment représentent, en comparaison, des quantités infimes.

Nous garantissons l'incinération des médicaments, qui conduira de fait à leur revalorisation, en produisant de l'électricité et de la chaleur."

Lorsque les médicaments finissent dans les poubelles, vous dites que le principal risque est celui des mésusages. Il n’y a donc pas de risques environnementaux liés aux médicaments ?

Aujourd’hui, en France, environ la moitié des poubelles sont incinérées, et l’autre moitié est enfouie. Et les fosses d’enfouissement posent, bien sûr, des problèmes environnementaux. C’est pour cela que nous recommandons que les gens rapportent leurs médicaments non consommés, puisqu’alors, nous garantissons leur incinération, qui conduira de fait à une revalorisation, en produisant de l'électricité et de la chaleur.

En pratique, quelles sont les étapes que vous encadrez, depuis la démarche du particulier jusqu’à la destruction finale du médicament ?

Le premier geste que je conseille à tout un chacun, c’est d’avoir chez soi une armoire à pharmacie où sont réunis tous ses médicaments, pour éviter qu’ils ne soient dispersés partout. Deux fois par an environ, il est bon d’en faire le tri et de repérer ceux qui sont périmés. Il est également préférable de se débarrasser de ceux qui ne sont pas périmés mais qui ont été inefficaces ou ont provoqué des effets secondaires. La deuxième étape, c’est de bien séparer les emballages et les notices, qui doivent partir dans le tri sélectif. Alors, on peut apporter tout ce qu’il reste, c’est-à-dire le médicament lui-même et son contenant éventuel, à la pharmacie, qui se chargera de les stocker dans un carton Cyclamed prévu à cet effet. Lorsque celui-ci est plein, il est collecté par le grossiste répartiteur, puis transporté jusqu’à l’unité de valorisation énergétique où les médicaments seront détruits.

Qui vous finance ?

Le financement de Cyclamed provient de l’industrie du médicament. Si elle est parfois critiquée, il faut lui reconnaître que certains industriels ont été des précurseurs en matière de prise en charge des médicaments. Chaque année, les laboratoires nous déclarent leurs ventes unitaires de l’année précédente, que l’on additionne, puis on multiplie le tout par un coefficient pour obtenir le montant de la "redevance" des laboratoires pour financer le dispositif.

Que vous inspire la question de la vente des médicaments à l’unité ?

Ce que peu de gens savent, c’est que les ventes de médicaments en France ne cessent de baisser depuis 15 ans, à raison d’1 % par an environ. La croissance du marché qu’on observe est donc due à des effets de prix ou à l’arrivée de médicaments très innovants et donc très chers. On voit aussi des changements de comportements chez les citoyens, qui consomment mieux les médicaments. Vraisemblablement, les récoltes de Cyclamed devraient baisser dans les années à venir, mais c’est plutôt une bonne nouvelle. Sur la délivrance de doses unitaires, c’est un débat politique depuis plusieurs années. Beaucoup d’études ont été menées mais ne sont pas arrivées à leur terme. En réalité, cette pratique se justifie dans très peu de cas. Aujourd’hui, plus de 80 % des traitements vendus aujourd’hui en France s’adressent à des maladies chroniques. Parmi les 20 % restants, la vente à l’unité peut se justifier pour les antibiotiques, mais il faut surtout que les patients respectent l’observance thérapeutique du médicament qui leur est délivré ; cela réduirait déjà considérablement le gaspillage.

Les consommateurs accordent plus d'importance à leurs médicaments et sont devenus plus prudents."

Avez-vous constaté des changements de comportements directement en lien avec la prise de conscience écologique ?

Très clairement oui. Déjà, les consommateurs déclarent davantage rapporter leurs médicaments non-utilisés. Et puis, plus largement, ils accordent de plus en plus d’importance à leurs médicaments et sont devenus plus prudents, notamment sous l’effet de crises comme celle liée au Mediator. Reste le cas des jeunes, qui, semble-t-il, rapportent peu leurs médicaments, mais n’en consomment pas beaucoup.

Vous avez dit plusieurs fois que les gens disaient rapporter de plus en plus leurs médicaments en pharmacie. Peut-on faire confiance au déclaratif ?

C’est une bonne question. Les habitants de certaines régions donnent parfois de bonnes raisons au fait qu’ils gardent leurs médicaments. Par exemple, en Corse, l’insularité fait que l’on craint davantage les ruptures de stock que sur le continent, et la population est assez âgée. Dans certains départements d’Outre-Mer, comme à Mayotte, il est évident que des circuits parallèles se développent autour des médicaments. Autre point : il y a de grandes disparités de collecte des déchets entre les régions urbaines et les régions rurales. Dans les grandes villes, on récupère moins bien les déchets. Beaucoup de déchets doivent désormais être jetés séparément, ce qui peut aussi provoquer la confusion dans certains cas. Cela fait partie des points sur lesquels il nous faut travailler.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab, c'est par ici : 

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