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Santé

La santé des sans-abri fragilisée par le Covid-19

Le confinement et l'isolement ont considérablement aggravé la santé psychique des personnes à la rue.
©David Cliff / NurPhoto / NurPhoto via AFP

"Même pour aller à l'hôpital, j'ai peur". Pour Jean-Marc, à la rue depuis quarante ans, et de nombreuses autres personnes sans-abri, la pandémie de Covid-19 et la crainte d'une contamination ont fragilisé des parcours de soin déjà très précaires.

Assis sur un carton dans une rue du cossu VIIIe arrondissement de la capitale, ses affaires compactées dans des sacs, Jean-Marc tend ses mains rougies par le froid pour récupérer un papier sur lequel est notée la date d'un rendez-vous médical, auquel il se rendra à reculons.

Je ne vais plus à l'hôpital, même pour faire des analyses. Tant que je ne suis pas dans le coma, j'y vais pas", lance l'homme de 65 ans, visage joufflu et chapka kaki sur la tête.

Jean-Marc pourrait bientôt voir la fin de ses quarante années la rue : il a obtenu une place dans une maison de retraite gérée par l'association Les Petites soeurs des pauvres et doit passer un bilan neuropsychologique pour compléter son dossier. Mais sa peur du Covid-19 fait obstacle.

"Dans la maison de retraite, combien de gens ont le virus ? Parce que s'il y a un certain nombre de gens qui ont le virus, je ne veux pas y aller", prévient-il. "Il a développé une psychose du Covid-19", commente Justine Breton, infirmière au Samu social de Paris où Jean-Marc est suivi depuis plusieurs années.

Les personnes à la rue ont été privées d'espaces où ils avaient l'habitude d'aller se soigner

Le Covid-19, le confinement et l'isolement ont considérablement aggravé la santé psychique des personnes à la rue, qui ont été subitement privées d'espaces où ils avaient l'habitude d'aller se soigner, ou simplement de maintenir un lien social.

On a laissé des gens dans une grande détresse psychologique voire psychiatrique dans la rue", déplore Sylvie Salaün, médecin généraliste, dans son cabinet de l'Espace solidarité insertion (ESI) du Samu social.

Dans le parc de l'ESI, situé dans l'enceinte de l'ancien hospice Saint-Michel, George s'assied sur l'une des chaises disposées sur l'herbe pour savourer son café et profiter du soleil automnal.

"Le premier confinement, ça a été très difficile", raconte l'homme de 38 ans, cheveux et longs sourcils bruns. "Ce qui ne m'a pas plu, c'est la musique du silence. Comme si j'étais au cimetière". "Pour lui, ça a été très dur le premier confinement. Il venait voir si j'étais toujours en vie", confirme Florence Grinon, psychologue, dans sa permanence.

"Repartir de zéro"

"Les gens qu'on a récupérés après c'était compliqué", ajoute la praticienne, spécialisée en addictologie. Elle a constaté une reprise massive de l'alcool et des surdosages dans les prises de produits stupéfiants chez les patients qu'elle suit.

"Ce n'est pas le Covid l'angoisse mais le quotidien plus compliqué à cause du Covid. Au premier confinement, on a eu des gens en rupture de tous leurs traitements : cardio, psy...", se désole la psychologue.

Déjà, c'est très compliqué d'établir un lien et de mettre en place un traitement. Si ce lien est rompu tout le travail fait auparavant est anéanti, il faut repartir de zéro", détaille le docteur Salaün, qui tient deux permanences par semaines à l'ESI.

La surcharge des services hospitaliers et la sanctuarisation de lits d'hospitalisation pour les patients Covid ont aussi compliqué la donne.

"On a eu de grosses complications pour prendre en charge nos patients sur le versant somatique parce que les hôpitaux étaient surchargés", explique Vanessa Gimeno, coordinatrice référente des infirmières dans les équipes mobiles du Samu social. Les équipes ont été amenées "à faire plus de soins à la rue que ce qu'on devrait faire".

"Tous les jours y'a des copains qui partent"

Dans le cabinet infirmier adjacent à celui du docteur Salaün, Jean-Pierre, en fauteuil roulant, se fait panser ses plaies aux jambes par Justine Breton. Comme Jean-Marc, il a passé plus d'années à la rue que sous un toit et en porte les stigmates. Mais contrairement à Jean-Marc, il n'a pas peur du Covid-19.

"Tous les jours y'a des copains qui partent", raconte Jean-Pierre. Que je crève de ça ou pas je m'en fous. Faut y aller un jour."

Avec AFP

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