Dossier

Fact-checking : le vrai du faux de la pollution de l’air extérieur

©Nightman1965/Shutterstock

Tout le monde s’accorde à dire que l’air est trop pollué. Mais sait-on vraiment pourquoi ? D’où vient cette pollution ? Comment y remédier ? ID vous propose de démêler les infos et intox sur la pollution de l’air extérieur. Focus sur quelques affirmations qui méritent réflexion.  

Les industries sont la première source de pollution de l’air : FAUX 

La pollution de l’air extérieur s’explique prioritairement et principalement par de multiples activités humaines, et pas seulement industrielles. L’agriculture, les transports ou encore nos chauffages sont sources de nombreux polluants. À savoir que l’on dénombre quatre catégories de polluants atmosphériques particulièrement problématiques : l’ozone (O3), le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d’azote (NOx) et enfin les particules – notamment les particules fines.  

Si le secteur industriel représente la première et principale source d’émissions de dioxyde de soufre (80 % des émissions totales), celui-ci n’est toutefois pas en première position concernant les autres types de polluants.  

Les transports automobiles sont, à eux seuls, responsables de 63 % des émissions totales de dioxyde d’azote selon les chiffres du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA). Nos voitures sont donc la première source émettrice de ce type de polluant devant les industries à qui l’on en doit 17 %.  

L’agriculture, elle, porte la première responsabilité dans la pollution aux particules avec 31 % des émissions totales, juste devant les chauffages au bois de nos habitations et les industries (chacun responsable de 27 % des polluants émis).  

Les industries ont donc leur part, mais ne sont pas les seules responsables de la pollution de l’air extérieur.

Les particules sont constituées d’une multitude de composants chimiques et les plus fines sont les plus dangereuses : en 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, instance de l’OMS) a classé ces polluants comme cancérigènes pour l’Homme.  

Les conditions météo sont responsables des pics de pollution : VRAI ET FAUX  

En effet, lors d’un épisode de pollution particulièrement intense, les conditions météorologiques peuvent favoriser et amplifier la formation des polluants dans l’air. Mais la pluie et le beau temps ne sont pas seuls responsables de la pollution : ils l’amplifient à certains moments.

  • Lors de fortes concentrations d’oxydes d’azote et de composés organiques volatils (COV, notamment en raison du trafic routier), ceux-ci se transforment en ozone sous l'effet du rayonnement solaire, provoquant ainsi un pic de pollution qui explique que ce type d'épisode survient souvent en été, lors des journées chaudes et ensoleillées. 
  • En hiver par temps très froid et en présence d'un anticyclone, les mouvements d'air sont limités. L’air froid est bloqué au sol, ce qui empêche la dispersion des polluants. On observe alors des pics de pollution aux particules et au dioxyde d’azote rejetés par les chauffages et le trafic routier. 

Les pics de pollution s’expliquent donc par des taux de polluants élevés provoqués par différents facteurs humains, pouvant être amplifiés par des phénomènes météorologiques naturels.

On est plus exposé en ville qu’à la campagne : FAUX 

Ville ou campagne, on est tous dans le même bateau. Si l’on sait que la pollution de l’air est bien présente dans les villes - où vivent 70 % des Français -, la campagne n’est pas pour autant épargnée : engrais, pesticides, engins agricoles ne rendent pas vraiment l’air plus respirable au vert.  

Dans son dossier "Les idées reçues sur la pollution de l’air", l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) écrit : "L’air respiré à la campagne peut parfois contenir de nombreux polluants émis lors des pratiques agricoles (par exemple, épandage de pesticides et d'engrais). Ainsi, l’air de la campagne n’est pas à considérer comme plus pur par rapport à celui de la ville”. En effet l’agriculture, pratiquée en campagne, émet de nombreux polluants tels que des particules, du dioxyde d’azote ou encore de l’ammoniac." 

De plus, la géographie joue également un rôle : dans les zones de montagnes avec des vallées enclavées, les polluants ont du mal à se disperser dans l’air. Au contraire, dans les zones à plus faibles altitudes, ceux-ci circulent aisément dans l’atmosphère et peuvent voyager assez loin de leur zone d’émission. Ce qui explique que l’on retrouve des polluants provenant des villes en campagnes et inversement.

On est plus exposés l’été que l’hiver : FAUX 

Été comme hiver, les conditions météorologiques peuvent être source de pollution. Comme déjà évoqué, le vent joue par exemple un rôle primordial dans la dispersion des polluants dans l’air. En son absence, ceux-ci ont tendance à stagner et donc à accentuer les taux dans l’atmosphère.

L’humidité, les fortes chaleurs ou le soleil sont également autant d’éléments météorologiques qui accroissent la pollution de l’air, favorisant la transformation chimique des particules et la production de polluants secondaires.

Mais l’hiver ne nous épargne pas pour autant des épisodes de pollution : lors de périodes de grand froid peut survenir le phénomène "d’inversion thermique". Celui-ci rend la couche d’air au sol plus froide que les couches supérieures, ce qui bloque les polluants à bas niveau et empêche donc leur dispersion. La météo joue donc un rôle important et les taux de pollution ne sont pas forcément plus importants l’été que l’hiver, contrairement à ce que laisse croire la pensée commune.

Seuls les pouvoirs publics ont les moyens de faire faire baisser la pollution de l'air extérieur : FAUX 

Lorsque que les autorités mettent en place des mesures restrictives concernant le trafic automobile, les activités industrielles ou encore agricoles, celles-ci font leurs preuves. Mais nous, citoyens, avons également un rôle à jouer - notamment en termes de transport. En effet, si chacun privilégiait - dans la mesure du possible – les transports en commun, la marche, le vélo ou les moyens de mobilité douce, cela permettrait de réduire drastiquement les émissions de polluants liées au transport routier et de facto, la pollution atmosphérique plus généralement.  

Dans son guide "La pollution de l’air en 10 questions", l’ADEME précise que 40 % des trajets en voiture effectués font moins de trois kilomètres. Pourtant, ils sont doublement plus polluants que les longs trajets (en raison des arrêts fréquents, redémarrage, freinage...). Aussi, si l’usage de la voiture est parfois indispensable, il est possible d’adopter des gestes permettant de limiter son impact, tels que le covoiturage, l’entretien fréquent de son véhicule ou encore l’adoption d’une conduite dite “plus douce” (en roulant moins vite, moins brutalement)…

On est plus exposé à vélo qu'en voiture : FAUX

Les automobilistes, se trouvant au cœur du trafic, sont fortement exposés à la pollution - surtout lorsque celui-ci est dense. Qui plus est, l’air qui pénètre dans l’habitacle des voitures est non seulement très pollué mais a aussi tendance à s’y accumuler. 

Quant aux cyclistes, leur niveau d’exposition serait en moyenne près d’un tiers moins élevé que celui des automobilistes sur un même trajet. Ce chiffre s’explique par le fait que les cyclistes ont la possibilité de rouler sur une chaussée qui leur est dédiée, ou tout du moins, de choisir d’emprunter un circuit qui peut leur permettre de s’éloigner quelque peu du cœur du trafic. Et ce, malgré le fait qu’ils inhalent plus d’air en raison de leur effort physique. Il en est par ailleurs de même pour les piétons.

Pour limiter son exposition à la pollution de l’air, il est donc toujours préférable d’opter pour des déplacements à vélo ou à pieds. 

Porter un masque permet de se protéger efficacement de la pollution : FAUX

Un masque ou un foulard plaqué sur le nez permet de stopper les plus grosses particules transportées dans l’air. Bonne nouvelle ? Pas vraiment, puisque ces grosses particules ne sont pas les plus dangereuses pour la santé. Celles dont il faut se méfier sont les particules fines émanant du trafic routier, des chauffages, de l’agriculture ou encore des activités industrielles. Or, ces protections n’ont aucune efficacité sur celles-ci et ne les empêchent pas de pénétrer dans notre système respiratoire. 

Concernant les masques dits "anti-pollution", il semblerait qu’ils n’aient pas grand effet non plus. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) écrit sur ce sujet que la plupart de ces masques recensés sur le marché français "sont conçus pour protéger des particules présentes dans l’air ambiant et ne protègent pas contre les substances présentes à l’état gazeux", concluant à "l’insuffisance de données disponibles" sur le sujet prouvant d’une quelconque efficacité.

Il est également mis en cause le mauvais ajustement du masque, rapport à une taille ou forme de visage ou encore la présence de barbe plus ou moins imposante, mais aussi du manque d’entretien de celui-ci.

La pollution de l’air peut être mortelle : VRAI 

Selon un rapport de Santé Publique France daté de 2016, la pollution de l’air aux particules fines causerait en moyenne 48 000 décès par an dans le pays. 

Les effets de la pollution atmosphérique sur notre santé varient selon la durée d’exposition. Ils dépendent également de notre intensité d’exposition, de la nature des polluants, mais également de nos habitudes personnelles (le tabagisme par exemple) et de notre vulnérabilité (si l’on est plus ou moins âgé, asthmatique, enceinte...).

Il existe des effets immédiats notables et assez répandus, pouvant se traduire par une irritation de la gorge, des yeux, du nez, de la toux ou encore des allergies. Mais l’exposition régulière à la pollution atmosphérique entraîne parfois de nouveaux symptômes et des complications sur le long terme, parfois jusqu’à l’asphyxie et le décès dans de plus rares cas. 

La pollution peut également aggraver les pathologies chroniques chez certaines personnes, provoquer des stress oxydatifs, des inflammations allant jusqu’aux cancers, maladies cardiovasculaires, respiratoires ou neurologiques. Et ce, malgré une exposition en deçà des seuils réglementaires. Si l’exposition chronique à la pollution atmosphérique n’est donc pas nécessairement fatale, elle peut toutefois entraîner des problèmes de santé plus ou moins graves.

On est plus exposé à l'extérieur qu'à l'intérieur : FAUX

A priori, on aurait plutôt tendance à dire que l’air à l’extérieur est plus pollué qu’à l’intérieur. Pourtant, selon l'Observatoire de la qualité de l’air intérieur, celui-ci peut être parfois jusqu’à 15 fois plus pollué qu’à l’extérieur. Et pourtant, nous passons en moyenne plus de 80 % de notre temps dans des endroits clos, ces "intérieurs" qui désignent nos logements, écoles, bureaux...  

À la pollution extérieure viennent s’ajouter de nouvelles les sources de pollution. À l’intérieur, les polluants peuvent provenir de multiples endroits insoupçonnés et varient selon notre mode de vie dans nos habitations par exemple : tabagisme, encens, bougies parfumées, produits ménagers... Les polluants peuvent également émaner des moquettes, revêtements, chauffage, cuisine, humidité... Enfin, leur nature peut être très diverse comme le monoxyde de carbone ou encore les composés organiques volatils (COV).  

Le meilleur moyen pour limiter la pollution intérieure de son logement est d’aérer et de ventiler les pièces. Dans son guide, "Un air sain chez soi", l’ADEME préconise d’ouvrir ses fenêtres au minimum dix minutes par jour pour renouveler l’air intérieur

Pour aller plus loin sur la pollution de l’air extérieur, consultez le guide de l‘ADEME, "La pollution de l’air en dix questions".

En partenariat avec l’ADEME.