Santé

Pourquoi veut-on la peau du dioxyde de titane ?

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Dans une tribune adressée au ministère de l’économie et des finances publiée lundi 24 décembre par Le Monde, plus d'une vingtaine d'associations appellent à suspendre l'usage de cet additif alimentaire très courant mais hautement controversé. Que lui reproche-t-on exactement ? 

De quoi parle-t-on ? 

Le dioxyde de titane (TiO2) est un minéral blanc composé d'oxygène et de titane que l'on retrouve à l'état naturel principalement sous forme de rutile ou d'anastase, et dont les principaux gisements se situent en Australie et en Afrique du sud.

Connu notamment pour ses propriétés de blanchiment et d'absorption des rayons ultraviolets, il entre aujourd'hui, une fois traité, dans la composition d'une grande variété de produits de consommation courante : peintures, dentifrices, médicaments, cosmétiques, crèmes solaires et, bien sûr, aliments, où il apparait généralement en tant que colorant sous l'appellation E171. En France, de nombreux produits sont concernés, dont notamment les confiseries, les gâteaux ou encore les tablettes de chocolat. 

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Pourquoi est-il controversé ? 

C'est justement la présence, en particulier sous forme de poudre nanométrique, de dioxyde de titane dans de nombreux aliments qui a motivé plus d'une vingtaine d'associations à interpeller, lundi 24 décembre, le ministère de l'économie et des finances via une tribune publiée par Le Monde.

Dans cette dernière, UFC-Que Choisir, 60 millions de consommateurs, France Nature Environnement ou encore Greenpeace demandent au gouvernement de respecter une promesse formulée en mai 2018 et prévoyant l'interdiction de l'utilisation de l'additif dans la totalité des produits alimentaires d'ici la fin de l'année en cours. Une mesure que l'on a pu croire entérinée par un vote des parlementaires survenu cet automne dans le cadre de la loi alimentation, mais qui n'a jusqu'à maintenant pas été confortée par l'arrêté ministériel qui s'impose pour la rendre effective. 

"Bercy refuse de rédiger cet arrêté, au motif qu'il n'y aurait pas de danger suffisamment 'grave ou immédiat' pour activer la clause de sauvegarde au niveau européen", soulignent notamment les auteurs du texte, qui invoquent au contraire le principe de précaution pour motiver la suspension de son usage : en cause, les risques associés aux nanoparticules -qui ont la particularité de mesurer moins de 100 nanomètres, ce qui est 10 000 fois plus petit qu'un cheveu humain, les rendant plus facilement assimilables par l'organisme-, dont les effets sur la santé humaine sont encore mal connus. Depuis 2006, la substance est par ailleurs considérée comme "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). 

Les opposants au dioxyde de titane s'appuient en outre sur une étude de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) publiée en janvier 2017, qui établissait le lien entre une exposition chronique au E171 et le développement de lésions colorectales précancéreuses chez le rat. Mais dont les résultats ne permettent pas "de conclure sur les effets du TiO2 sur l’Homme", ni de"remettre en cause l’évaluation du E171 menée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) en 2016 -qui jugeait alors que 'les données disponibles sur le dioxyde de titane (E 171) dans les aliments n'indiquaient pas de problème pour la santé des consommateurs' et pointait une teneur 'limitée en nanoparticules'-", prévient toutefois l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Tous cependant s'accordent à peu près sur un point : le besoin de mener des enquêtes plus poussées permettant une meilleure caractérisation du danger associé au E171. 

Quid de l'industrie alimentaire ? 

En attendant de telles études et alors que le gouvernement tarde à réagir, ce sont plusieurs grands noms du secteur qui ont dégainé les premiers cette année, en dévoilant des mesures pour restreindre l'usage du dioxyde de titane dans leurs produits.

C'est le cas notamment des professionnels réunis au sein du syndicat des Confiseurs de France, qui se sont engagés en juin à bannir la substance de leurs sucreries "dès que possible et au plus tard fin 2019", ou de l'enseigne Casino, qui est devenue en octobre le premier distributeur à signifier la fin du E171 dans tous ses produits alimentaires à marque propre d’ici la fin de l’année 2018. Plus récemment, le groupe Mars a décidé de supprimer le dioxyde de titane de ses M&M’s, en annonçant des investissements dans son usine d’Haguenau en Alsace, où sont produites les dragées en chocolat destinées au marché européen. Mars Inc., aux côtés de huit autres fabricants, a fait l'objet d'une plainte de la part d'UFC-Que Choisir en janvier 2018, l'ONG accusant ces derniers de dissimuler la présence de nanoparticules dans leurs produits... 

Pour aider les consommateurs à y voir plus clair en attendant que le casse-tête prenne fin, Le Monde a mis en place le 24 décembre un outil basé sur les données collaboratives Open Food Facts, qui doit justement permettre d'identifier les "produits de consommation courante contenant cet additif controversé".