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Politique

Une nouvelle dérogation pour le néonicotinoïdes, insecticides "tueurs d'abeilles"

©B Brown/Shutterstock

L'utilisation de semences de betteraves sucrières traitées aux néonicotinoïdes, insecticides "tueurs d'abeilles", est à nouveau autorisée pour la campagne 2022 en France, une nouvelle dérogation espérée par la filière et aussitôt contestée par les défenseurs de l'environnement.

Un arrêté publié mardi au Journal officiel autorise, au titre de la campagne 2022 et pour une durée de 120 jours, l'emploi de semences traitées avec les "substances actives imidaclopride ou thiamethoxam", néonicotinoïdes très controversés.

Cette nouvelle dérogation, après une mesure similaire en 2021, était très attendue par la filière en l'absence de solution alternative efficace pour lutter contre la jaunisse, qui avait entraîné en 2020 la destruction d'un tiers de la récolte de betteraves sucrières et 280 millions d'euros de pertes pour le secteur. L'arrêté est accompagné de restrictions sur les cultures qui peuvent être implantées les années suivantes, afin de réduire l'exposition des insectes pollinisateurs aux résidus éventuels de ces produits. Ainsi, il ne sera pas possible de planter, avant la troisième année suivant cette campagne, du colza, du tournesol, de la luzerne ou des cultures fourragères et légumières mellifères, c'est-à-dire produisant des pollens et nectars dont les abeilles sont friandes.

Le gouvernement, loin de soutenir une transition agricole et alimentaire urgente et nécessaire, privilégie encore et toujours les tenants d'une agriculture toxique."

"Le gouvernement, loin de soutenir une transition agricole et alimentaire urgente et nécessaire, privilégie encore et toujours les tenants d'une agriculture toxique pour les paysans, pour les consommateurs, pour la biodiversité et pour la planète", a dénoncé dans un communiqué Jacques Caplat, secrétaire général d'Agir pour l'environnement. L'ONG va déposer un recours en procédure d'urgence devant le Conseil d'État pour réclamer la suspension de l'arrêté, que son avocat Guillaume Tumerelle juge "en contravention évidente avec la réglementation européenne". La plus haute juridiction administrative du pays avait déjà validé l'an dernier la première dérogation.

Interdiction en 2018

L'annonce de mardi, sur ce sujet très controversé, a suscité nombre de réactions en pleine pré-campagne présidentielle, Christiane Taubira, Jean-Luc Mélenchon, ou encore Delphine Batho pour Yannick Jadot, dénonçant avec force la décision sur Twitter.

La nouvelle dérogation, "temporaire et strictement encadrée", a fait l'objet d'un avis favorable du Conseil de surveillance des néonicotinoïdes, a souligné le gouvernement. Fin 2020, le Parlement avait autorisé le retour temporaire de ces insecticides "tueurs d'abeilles" interdits depuis 2018, pour voler au secours de la filière betteravière. Elle venait de faire face à la prolifération de pucerons verts, vecteurs de la maladie de la jaunisse qui affaiblit la plante et réduit les rendements. La loi précisait que les dérogations ne pourraient être accordées, jusqu'en juillet 2023, que pour les semences de betteraves sucrières.

Le gouvernement a lancé en 2020 "un plan national de recherche et d'innovation (PNRI)" de 7 millions d'euros, "visant à préparer la sortie définitive des néonicotinoïdes à partir de la saison 2024 grâce à l'identification et au déploiement d'alternatives aux semences enrobées pour les planteurs de betterave à sucre", rappelle le ministère de l'Agriculture. Le syndicat des betteraviers français CGB avait expliqué en décembre travailler sur la sélection de "variétés plus robustes". Ces alternatives sont en cours d'expérimentation "dans les 500 hectares de fermes-pilotes prévues par le programme de recherche auxquelles s'ajoutent, dès 2022, 250 hectares de fermes de démonstration gérées par l'interprofession pour tester des solutions en condition réelle au champ". "Cela permettra de se passer définitivement des néonicotinoïdes au plus tard à partir de la saison 2024 dans la conduite des cultures betteravières", précise le gouvernement, laissant entendre qu'une nouvelle dérogation pourrait être accordée pour la campagne 2023 en l'absence de résultats probants d'ici là.

Le syndicat agricole majoritaire FNSEA avait mi-janvier mis en garde contre toute "transposition hâtive" des directives européennes, notamment concernant les produits phytosanitaires, et réaffirmé sa position concernant les néonicotinoïdes : "Pas d'interdiction sans solution".

La filière betteravière s'est par ailleurs engagée à accélérer encore en 2022 la mise en place de bandes mellifères à destination des pollinisateurs pour atteindre, dès fin 2022, le chiffre de 4.000 hectares, a précisé le ministère.

Avec AFP. 

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