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Environnement

Néonicotinoïdes : cinq questions pour comprendre la controverse

Les planteurs de betteraves ont pâti de très mauvais rendements cette année à cause de la prolifération de pucerons, vecteurs du virus de la jaunisse.
©Ruud Morijn Photographer/Shutterstock

Alors qu'ils auraient normalement dû être d'ores et déjà enterrés, les néonicotinoïdes sont pourtant toujours sur toutes les lèvres. Ces produits phytosanitaires controversés doivent aujourd'hui faire l'objet d'un point de discussion en Conseil des ministres. Ces derniers décideront de l'éventuelle présentation d'un projet de loi pour allonger leur utilisation par dérogation jusqu'en 2023. Cinq questions pour comprendre ce qui bloque avec cet insecticide.

Ils auraient dû être définitivement enterrés mais les betteraves françaises sont malades. Les néonicotinoïdes, produits phytosanitaires controversés, ne sont pas encore condamnés après que le gouvernement les ait remis sur le devant de la scène : les agriculteurs les réclament et les associations écologistes montent au créneau. Pourquoi cette catégorie d'insecticides divise-t-elle autant ?

Pourquoi font-ils la Une de l'actualité ?

Entérinée en 2016, la loi "Pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages" prévoyait l'interdiction des produits contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018. Sur avis de l'Anses, leur utilisation pouvait cependant être autorisée par dérogation jusqu'au mois de juillet de cette année.

C'était sans compter sur la pression du monde agricole... Après des demandes de certains acteurs, notamment des planteurs de betteraves arguant de mauvaises récoltes décimées par la jaunisse, le gouvernement a finalement émis l'idée d'un report de ces dérogations jusqu'au 1er juillet 2023. Ce 3 septembre en Conseil des ministres, l'exécutif doit donc tabler sur l'éventuelle présentation d'un projet de loi aux parlementaires, ce qui a d'ores et déjà fâché plusieurs associations écologistes. La LPO, FNE ou encore Les Amis de la Terre ont par exemple choisi de boycotter la réunion du Conseil national de la transition écologique tenue le 1er septembre, en signe de protestation contre l'utilisation de ces produits qui auraient un effet néfaste notamment sur les pollinisateurs.

Qu'est-ce que les néonicotinoïdes ? 

Les néonicotinoïdes appartiennent à une catégorie d'insecticides qui s'attaquent au système nerveux des insectes nuisibles. Les nombreuses études menées sur le sujet démontrent qu'ils agissent de la même manière que la nicotine, en s'accrochant aux récepteurs "nicotiniques" du cerveau qui, chez les insectes, se trouvent dans le système nerveux dit "central" - contrairement aux mammifères, où ils se trouvent dans le système "périphérique". Ils entraînent ainsi une paralysie mortelle chez ces nuisibles.

Les néonicotinoïdes sont largement plébiscités par les producteurs de tournesol, maïs ou betterave par exemple puisqu'ils peuvent être "collés" directement à la semence, évitant ainsi une pulvérisation régulière d'insecticide tout au long de la croissance. Un bon point pour la pollution de l'air donc, mais moins pour la pollution des sols, des eaux ainsi que l'équilibre des écosystèmes...

De quoi souffre la betterave ? 

Ce sont les planteurs de betteraves principalement qui ont réclamé un délai supplémentaire pour l'utilisation des néonicotinoïdes afin de lutter contre la prolifération des pucerons dans leurs cultures, vecteur du virus de la jaunisse qui a grandement affecté les rendements de cette année. Cette pathologie affecte les feuilles qui se teintent de jaune, se fragilisent et se cassent. Le processus de la photosynthèse est également altéré et selon l'Institut technique de la betterave (ITB), la jaunisse peut provoquer une perte de rendement de 50 % dans un champ infecté. De quoi fragiliser les agriculteurs. 

En réponse, le gouvernement a annoncé vouloir "soutenir la filière sucrière française" et ainsi accorder ces dérogations jusqu'en 2023 "sous conditions strictes" et "limitées aux betteraves", alors que les planteurs de maïs ont également sollicité ces dérogations. Selon le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, "c'est une question de souveraineté et d'indépendance, a-t-il précisé sur RMC/BFMTV, (...) Moi je ne veux pas laisser tomber la filière de la betterave et que demain mes enfants ne mangent que du sucre belge ou allemand". 

Pourquoi tant de controverse autour de ce produit phytosanitaire ?

Plus de 1200 études ont été menées ces deux dernières décennies pour mesurer l'impact des néonicotinoïdes sur l'environnement et les écosystèmes. Il en ressort que si cet insecticide est largement efficace pour lutter contre les nuisibles, son mode de fonctionnement affecte aussi les pollinisateurs, pourtant indispensables à l'équilibre de la biodiversité. En effet, le système nerveux des abeilles et autres bourdons lorsqu'ils butinent les plants en fleurs, est lui aussi intoxiqué de la même façon. Nombre d'ONG parle d'un produit "tueur d'abeilles".

Au début de l'année, une étude conjointe de l'Inrae et du CNRS faisait aussi état du caractère persistant de ces produits après avoir retrouvé des traces de néonicotinoïdes dans des plants de colza cinq ans après avoir été traités.

En 2016, les travaux de l'Anses n'avaient pas mis en évidence "d'effet nocif pour la santé humaine, dans le respect des conditions d'emploi fixées dans les autorisations de mise sur le marché". Cependant, l'Agence notait aussi que compte tenu de "l'accroissement important de son utilisation constatée au cours de la période 2010-2015, et des incertitudes liées aux expositions cumulées avec d’autres produits phytopharmaceutiques ou biocides présentant des caractéristiques de danger similaires", il était préférable de réduire "au maximum" leurs usages. À quelques milliers de kilomètres de là, une étude japonaise de l'an passé notait avoir retrouvé "ces substances dans les premières urines de bébés justes après leur naissance", selon Franceinfo

Quelles autres solutions ? 

Les experts planchent actuellement sur des alternatives non-chimiques mais qui seraient tout aussi efficaces pour les cultures. Si plusieurs pistes sont ouvertes dans le monde scientifique, elles s'appliquent pour l'instant plutôt à moyen et long termes. Alors que la situation est plutôt urgente, compte tenu des mauvais rendements des agriculteurs cette année. 

Dans une note du 30 mai 2018, l'Anses souligne : "Pour une majorité des usages des produits phytopharmaceutiques à base de néonicotinoïdes, des alternatives (chimiques et non-chimiques) suffisamment efficaces, et opérationnelles ont pu être identifiées". "En revanche, il n'a pas été possible d'identifier des substances ou familles de substances chimiques qui présenteraient de façon globale un profil de risque moins défavorable que les néonicotinoïdes", ajoute l'Agence. Les pistes de solutions avancées sont alors plutôt de changer le type de variétés cultivées. 

Du côté de l'Inrae, la sélection de variétés de betteraves résistantes à la jaunisse peut "nécessiter des délais pour être mise au point", estime Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture à l'Institut, auprès de LCI. En bref dans l'immédiat, aucune alternative crédible ne pourrait présenter une efficacité et une praticité semblable à celle des néonicotinoïdes pour lutter contre le virus. 

Si l'exécutif confirme la présentation du projet de loi pour allonger les dérogations jusqu'en 2023, elle devra encore être votée par les parlementaires.

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