Environnement

Abeilles et néonicotinoïdes : où en est-on ?

Cinq produits seront interdits en France dès septembre : la clothianidine, l'imidaclopride, le thiaméthoxame, la thiaclopride et l'acétamipride.
©Viesinsh/Shutterstock

Les néonicotinoïdes, ces substances insecticides utilisées en agriculture, ne cessent de créer la polémique dans plusieurs pays d'Europe quant à leur impact sur les abeilles. Restrictions au niveau européen, interdictions en France, réaction de la société allemande Bayer... Le point sur ce dossier houleux. 

Comment l'avenir des abeilles et des pollinisateurs se joue-t-il en France et en Europe ? En juin dernier, des apiculteurs lançaient un cri d'alarme à Paris à propos des taux de mortalité "d'une exceptionnelle gravité" dans leurs ruches, rapportait alors l'AFP. "Actuellement, le taux de mortalité des abeilles atteint en moyenne 30 % et parfois jusqu’à 50 à 80 % dans certains endroits. Il y a une vingtaine d’années, la France produisait plus de 30 000 tonnes de miel par an. Aujourd'hui, ce chiffre est tombé en dessous de 10 000", précisait pour sa part le naturaliste engagé Allain Bougrain-Dubourg sur ID

Dans le viseur des apiculteurs et des associations environnementales : les néonicotinoïdes. Ces "substances insecticides dites systémiques utilisées en agriculture pour protéger les cultures de ravageurs, mais aussi en tant que biocides ou médicaments vétérinaires", comme les définit l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), suscitent des inquiétudes en Europe quant à leur possible impact sur les abeilles. "Les connaissances sur la responsabilité des néonicotinoïdes au déclin des pollinisateurs sont de plus en plus nombreuses", estime notamment la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité. 

Inquiétudes et évaluations

L'Anses précise que ces inquiétudes ont été exprimées dès les premières autorisations de produits à base de néonicotinoïdes, au début des années 1990. En 2012, l'Agence recommandait l'engagement "d'une réévaluation au niveau européen des substances actives néonicotinoïdes", et d'une évolution de la réglementation européenne "pour une prise en compte renforcée des impacts de ces substances sur le comportement des abeilles".

Un an plus tard, l'EFSA, Autorité européenne de sécurité des aliments, menait une évaluation qui a conduit la Commission européenne à limiter le recours aux substances "thiaméthoxame", "clothianidine" et "imidaclopride" pour certains usages. La Commission européenne a proposé par la suite, en mars 2017, l'interdiction des trois substances précitées pour tous les usages sauf pour les cultures sous serre permanente ou pour le traitement de semences destinées à être utilisées sous serre permanente. Avant que cette proposition ne soit soumise au vote, était attendue la publication d'une réévaluation des risques posés par ces trois substances par l'EFSA.

Le résultat de cette réévaluation : un risque confirmé pour les abeilles. L'EFSA a notamment indiqué, le 28 février dernier : "La plupart des utilisations des pesticides néonicotinoïdes posent un risque pour les abeilles sauvages et pour les abeilles domestiques". Le 27 avril 2018, la proposition de la Commission européenne était alors soumise au vote : les  États membres de l'Union européenne se sont prononcés en faveur de l'interdiction des trois néonicotinoïdes évalués par l'EFSA, excepté pour les usages en serre, à condition que les graines et les plantes ne quittent pas leur abri. La justice européenne a confirmé les restrictions d’utilisation de ces trois néonicotinoïdes le 17 mai dernier. 

La France interdit cinq néonicotinoïdes

"L'adoption de la proposition de la Commission, (...) en restreignant l'utilisation de ces substances aux seuls usages sous serre permanente ou au traitement de semences destinées à être utilisées sous serre permanent, vient confirmer le bien-fondé de la position française sur la nécessité de mieux protéger les insectes pollinisateurs", a réagi le Ministère de l'Agriculture à la suite de cette décision. Du côté de l'Hexagone, la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages a prévu une interdiction de "l'ensemble des produits de la famille des néonicotinoïdes" à compter du 1er septembre 2018, avec certaines dérogations jusqu'au 1er juillet 2020. Le gouvernement publiait d'ailleurs le 1er août dernier la liste des cinq néonicotinoïdes bientôt interdits : la clothianidine, l'imidaclopride, le thiaméthoxame, la thiaclopride et l'acétamipride. 

Deux jours plus tôt, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert annonçait également une aide de trois millions d'euros "pour les apiculteurs touchés par la mortalité des abeilles", afin de renouveler les essaims.

Bayer fait appel, une pétition en cours

Le 27 juillet dernier, la société chimique et pharmaceutique allemande Bayer a annoncé qu'elle ferait appel de la décision de la justice européenne, qui a confirmé les restrictions d'usage de trois néonicotinoïdes. SumOfUs, un groupe mondial de consommateurs, a lancé une pétition pour que Bayer abandonne ses poursuites.