Les prix élevés des engrais constituent "une source de préoccupation pour le secteur agricole", mais la suspension de la taxe "risque d’aggraver la dépendance aux importations", selon Bruxelles.
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Politique

Pourquoi la taxe carbone européenne sur les engrais divise ?

Entre impératifs climatiques et tensions économiques, la taxe carbone sur les engrais importés fracture les États européens. Derrière ce désaccord : la crainte d'un renchérissement des coûts pour les agriculteurs, déjà confrontés à une forte précarité.

La Commission européenne résiste de nouveau à la pression de la France, de l'Italie et de l'Irlande. Ces gouvernements ont demandé une suspension de la taxe européenne sur les émissions de CO2 appliquée aux engrais importés. Une mesure jugée nécessaire pour lutter contre la flambée des prix qui affecte le secteur agricole européen. Bruxelles maintient pourtant sa position : l'instance a déclaré ce lundi 30 mars la demande irrecevable.

Lors d'une réunion des ministres européens de l'Agriculture dans la capitale européenne, le commissaire européen à l'Agriculture, Christophe Hansen, explique ce choix : les prix élevés des engrais constituent "une source de préoccupation pour le secteur agricole", mais la suspension de la taxe "risque d’aggraver la dépendance aux importations". Une posture ferme, malgré la flambée des prix des engrais azotés entre 2020 et 2025 (+60 %).

Une dépendance aux engrais au coeur des tensions

Un enjeu d'autant plus sensible que l'agriculture européenne s'appuie largement sur ces produits importés. Les engrais apportent aux plantes des éléments minéraux qui accélèrent leur développement. Il en existe deux catégories : les engrais organiques (compost, fumier, etc.) et les engrais de synthèse (azote, potasse, etc.). Ces derniers sont développés à partir de procédés chimiques et permettent d'intensifier la production agricole.

Les pays opposés à la taxe carbone européenne invoquent notamment la guerre au Moyen-Orient, à l'origine d'une crise énergétique inédite. "L'énergie nécessaire pour produire ces engrais est apportée par le gaz, c'est pour cela que le prix des engrais azotés suit de très près le prix de l’énergie", explique le directeur de recherche en agronomie au sein de l'Inrae, Sylvain Pellerin, au média Vert

Dans ce contexte, les engrais subissent une double pression : d'un côté, la hausse du prix du gaz liée aux tensions géopolitiques, et de l'autre, la mise en place du mécanisme carbone européen. Résultat : les coûts de production augmentent, plaçant les agriculteurs au coeur du dilemme entre contrainte économique et transition écologique.