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ID DÉCRYPTE

Ecoféminisme : 5 minutes pour comprendre l'essentiel de ce mouvement

L'écoféminisme estime qu'il y a un lien entre exploitation de la nature et celle des femmes.
©Callum Shaw/Unsplash

Arrivée au second tour de la primaire écologiste, Sandrine Rousseau n'a cessé de se définir comme écoféministe tout au long de sa campagne. Mais qu'est-ce que cela signifie ? ID fait le point.

Si la primaire écologiste a désigné le favori Yannick Jadot comme candidat à l’élection présidentielle de 2022, elle a également fait l’objet d’une surprise de taille en la personne de Sandrine Rousseau. Candidate ouvertement "écoféministe",  elle a souhaité mettre en commun le combat contre le changement climatique et les inégalités entre les femmes et les hommes. Toutefois, ce courant de pensée reste encore peu compris. Voici quelques explications.

Qu’est-ce que l’écoféminisme ?

Le terme apparaît pour la première fois en 1974 sous la plume de l’écrivaine féministe française Françoise d’Eaubonne dans son livre Le Féminisme ou la mort. Plus qu'une simple contraction des mots "écologie" et "féminisme", le terme souligne que la destruction de l’environnement et l'oppression des femmes reposent sur un même système de violence et de domination.
En cause : le capitalisme, qui repose sur l'exploitation des ressources naturelles et de la main d'oeuvre pour exploiter celles-ci.

"L'écoféminisme c'est dénoncer ce qui est au cœur de notre système économique et social qui est la prédation. On prend, on utilise, on jette", expliquait Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste, sur France Inter, le 18 août. 

C’est aux États-Unis et au Royaume-Uni dans les années 1980 que le mouvement commence à prendre son essor. En plein contexte de guerre froide, le groupe féministe Women for Life on Earth, mené par Ynestra King, milite pour l'égalité des droits et contre les armes nucléaires. L’un de leurs principaux faits d’armes reste l’encerclement du Pentagone, le bâtiment de la Défense américaine, par 2 000 femmes en 1980.

Pourquoi a-t-il pris de l’ampleur ces dernières années ?

Si le concept d'écoféminisme existe depuis plus de quarante ans, il a été remis sur le devant de la scène, notamment avec l'accélération de la prise de conscience écologique. Le dernier rapport du Giec a confirmé la responsabilité des activités humaines dans le dérèglement climatique, ainsi que la nécessité de changer drastiquement nos manières de produire et de consommer, pour parvenir à une économie décarbonée. Malgré ce constat, les politiques environnementales sont considérées comme largement insuffisantes par l'ONU, et plusieurs mouvements appellent à un changement plus radical.

La libération de la parole des femmes a également joué un rôle. Depuis les révélations sur Harvey Weinstein aux États-Unis en 2017, plusieurs femmes sont parvenues à dénoncer avec le mouvement #Metoo les situations de harcèlement et d’agressions sexuels qu’elles vivent au quotidien. En plus des condamnations de plusieurs prédateurs sexuels, le mouvement a également dénoncé les systèmes en place qui ont permis à ces hommes d’agir en toute impunité, notamment l’inaction judiciaire et le manque de mesures politiques pour lutter contre les agressions sexuelles.

Quelles sont les principales revendications du mouvement ?

Contrairement à d’autres courants politiques comme le libéralisme ou le communisme, l’écoféminisme ne propose pas d'idéologie politique précise. Il s’agit avant tout de repenser la manière de lutter contre la crise écologique et contre les inégalités hommes-femmes en établissant une convergence entre les deux.

Ces dernières années, l’écoféminisme a étendu son combat en intégrant plusieurs nécessités de justice sociale à son combat écologique. En plus des droits des femmes, il s’agit également de prendre en compte les inégalités Nord-Sud, avec l’exploitation des travailleurs des pays pauvres par les pays développés. "On se rend compte que ce sont les mêmes schémas d’oppression qui se reproduisent sur tous ces noeuds de la société", déclarait Solène Ducretot, co-fondatrice du collectif Les engraineuses, lors d'une interview à MrMondialisation en 2020. "En déliant ces noeuds, on peut résoudre beaucoup de choses sur le long terme, d’une façon beaucoup plus profonde qu’une solution d’urgence".

Quels liens entre écologie et droits des femmes ?

Si l’écoféminisme est remis en avant dans les débats politiques, c’est en raison de la situation plus fragile des femmes face au changement climatique. Selon l’ONU, elles ont quatorze fois plus de chances que les hommes de mourir à cause d’une catastrophe naturelle. Cela s’explique notamment par le fait qu'elles composent 70% des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, et qu'elles vivent dans des régions plus exposées aux changements climatiques.

Le Programme de Développement des Nations Unies prend pour exemple le tsunami de 2004 dans l’océan Indien pour illustrer ce constat : sur les 200 000 morts recensés lors de cette catastrophe naturelle, 80% étaient des femmes en Indonésie, et 73% en Inde. En plus du risque climatique, les femmes sont également exposées aux inégalités de revenus liées à leur travail. Cela s’illustre notamment dans les pays du Sud, où la plupart travaillent encore majoritairement dans l’agriculture. Selon la FAO, seulement 15% des femmes sont propriétaires des terres agricoles dans lesquels elles travaillent.

Enfin, il existe une pression sociale plus importante sur les femmes pour préserver l’environnement. Dans un article qui fait une synthèse de plusieurs études sur le sujet, The Guardian constate qu'elles sont plus exposées à des messages pour adopter des gestes écologiques. Le recyclage, le tri des déchets, les sacs réutilisables ou encore une alimentation végétarienne sont perçus comme des activités féminines, et sont donc encore peu pratiquées par les hommes. Ainsi, la prise de conscience écologique s’ajoute à la charge mentale des femmes, qui comportait déjà les tâches ménagères, les achats alimentaires et la gestion des enfants.

Pour aller plus loin

- Etes-vous écoféministe ?, le numéro spécial de Socialter d'août-septembre 2021.

- Ecoféminisme, 1er volet, un podcast de Charlotte Bienaimé pour ARTE Radio.

- Etre écoféministe : théories et pratiques, un livre de la philosophe Jeanne Burgart Goutal.

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