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Entretiens

"La finance sociale est résiliente"

"La finance sociale représente 0,4% soit 20 milliards d’euros du patrimoine financier des Français."
©Patrck Sapy

Et si la finance solidaire s’invitait durablement dans l’épargne des Français ? Entretien avec Patrick Sapy, directeur général de “Fair”.

Epargne, fond d’investissement, label Finansol… Patrick Sapy directeur général de Fair (Financer, Accompagner, Impacter, Rassembler) fait le point sur la finance sociale et sa place en France. Entretien.

Quelles sont vos activités ?

Fair est un réseau qui regroupe essentiellement des entreprises sociales et des acteurs financiers (investisseurs et gestionnaires d’actifs) dans le but de promouvoir une finance plus sociale. Nous gérons aussi Finansol, le premier label de finance solidaire créé en France dans les années 1980.

Est-il possible d’investir dans des entreprises sociales ?

Il y a des entreprises sociales qui proposent leurs titres de capital. Cela peut être des parts sociales, des actions ou de la dette, pour financer leur développement. D’un autre côté, il y a différents acteurs financiers comme les grandes banques. Elles gèrent des produits tels que des livrets de partage qui sont une forme de finance solidaire. Il y a aussi des sociétés de gestion qui s’occupent de l’épargne des Français en l’investissant dans des supports qui correspondent à leur souhait. Enfin, il existe des fonds d’investissement, c'est-à-dire du capital risque spécifiquement dédié au financement d’entreprises sociales.

La finance solidaire a émergé au début des années 1980 sous deux formes. D’abord, il est possible de financer des actions de solidarité internationale au travers de véhicules de financement spécifique. C’est le cas du fonds commun de placement nommé Faim et développement, créé par le CCFD, pionnier de la finance solidaire. Parallèlement, les banques se sont mises à proposer des livrets de partage. Ce sont des livrets d’épargne classiques dans lesquels il est possible de placer ses économies et céder une partie de ses intérêts annuels au profit d’une association au choix, proposée par la banque. Ces deux types d’épargne solidaire fonctionnent assez bien. 

Quel est le rôle de Fair dans ces différents schémas d’investissement ?

Nous avons plusieurs objectifs. Historiquement, nous faisons de la pédagogie et de la communication sur l’épargne solidaire. Il y a environ 2 millions d'épargnants solidaires en France. Nous essayons de montrer qu’il existe une forme d’épargne différente qui a une vocation sociale. Nous mettons cela en avant à travers des projets. Nous avons sécurisé ce discours pédagogique par le développement d’un label financier pour que les épargnants puissent reconnaître ces placements solidaires. C’est le but du label Finansol. Nous voulons faire évoluer le cadre réglementaire pour qu’il soit plus facile d’épargner solidaire. Notre troisième mission est de partager les pratiques entre acteurs, nous sommes un réseau de praticiens de l’épargne sociale et nous voulons faire en sorte que ce secteur continue à innover et à se développer.

Que garantit le label Finansol concrètement ?

Ce label garantit à l’épargnant de la transparence. Les équipes de Fair vont décortiquer tous les produits financiers qui sont labellisés pour voir d’où vient l’argent et où va-t-il. En choisissant un produit Finansol, le client est sûr que l’argent va réellement servir au développement de structures d’utilité sociale. Par exemple, la foncière solidaire Habitat et Humanisme construit et rénove des logements pour des familles précaires. Il y a aussi Terre de liens qui rachète des terres pour permettre l’installation de jeunes agriculteurs. Enfin, l’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique) propose des petits crédits aux personnes précaires pour créer ou développer une activité indépendante.

Qu’en est-il de la performance économique ? 

Les épargnants français sont en attente de rendements financiers. Ce secteur se développe en travaillant sur le couple rendement/risque. Plus l’épargnant prend de risque avec son épargne, plus il a de chance d’avoir un rendement élevé. Chez Fair, nous sommes en faveur d’un triptyque rendement, risque, impact. La finance solidaire propose des produits peu risqués comme les livrets d’épargne et d’autres plus risqués comme des fonds d’investissement ou investissement en action. La finance solidaire ne sous-performe pas par rapport à la finance classique. Sa particularité, c’est de produire de l’impact social. Les acteurs financiers ont construit des produits qui mélangent à la fois du rendement financier et de la performance sociale. Ces fonds permettent d’investir une partie de l’épargne des Français dans des associations et le reste est placé sur le marché. Le label Finansol contrôle la poche solidaire mais aussi comment est investi le reste. Nous travaillons sur des placements qui sont labellisés “investissement socialement responsable” ou qui proposent des techniques de comptabilité extra financières pour rassurer l’épargnant. Leurs placements investis sur des titres plus classiques est également plus responsable.

Peut-on imaginer que la finance se transforme autour de ce triptyque de risque, rendement et impact ?

On peut espérer cette transformation. On constate depuis trois ou quatre ans, que la croissance de cette finance a un rythme à deux chiffres. Par exemple, entre 2019 et 2020, les encours des produits labellisés Finansol ont augmenté de 33%. Il s’agit toujours d’une finance marginale qui ne représente que 0,4% soit 20 milliards d’euros du patrimoine financier des Français. Notre objectif est de faire en sorte qu’elle s’installe durablement dans le paysage. C’est possible grâce à des aménagements réglementaires comme la loi pacte qui oblige les assureurs à présenter au moins une unité de compte solidaire dans leur contrat d’assurance vie. C’est une victoire majeure car il s’agit du placement préféré des Français. Le fait d’avoir un support solidaire sur environ 1 800 milliards d’euros peut contribuer à la croissance de la finance sociale. Nous voulons que chaque Français puisse épargner 1% de son patrimoine financier dans le solidaire. Alors, cette finance changera vraiment de dimension.

Le fait d’investir dans des entreprises qui ont mis le social au cœur de leur mission peut aussi irriguer le secteur de l’économie plus classique."

Qu’est-ce que vous défendez dans cette campagne présidentielle ?

Nous venons de sortir un livre blanc qui comprend dix propositions pour développer la finance à impact social. L’idée est de mieux financer les entreprises à forte utilité sociale. Nous proposons aux investisseurs institutionnels comme les grands organismes qui gèrent les retraites par exemple, d'investir 1% de leur actifs dans l’épargne solidaire, aujourd’hui, pour des raisons réglementaires, ce n’est pas possible. Pourtant, il y a une vraie appétence pour l’épargne sociale. Nous proposons également un label de finance sociale géré par la Commission européenne, pour distinguer les placements solidaires. 

Nous sommes dans une période de stress sur les marchés et dans les entreprises dû au Covid et à la guerre en Ukraine. Les placements solidaires sont-ils plus sûrs ?

La finance sociale est résiliente. Il y a des mécanismes d’amortissement des chocs. Quand les marchés grimpent fortement, les placements solidaires montent peu, mais lorsqu’ils plient ou décrochent, la finance solidaire résiste. Par exemple, lors du premier confinement en mars 2020, les marchés ont décroché. Nous avons observé que les gestionnaires d’actifs avaient maintenu leurs investissements dans les entreprises sociales. La finance solidaire est patiente et s’appuie sur le long terme. Le secteur de l’économie sociale a réussi à passer cette crise malgré certaines problématiques de financement. Il n’y a pas eu de faillite retentissante.

 

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici.

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