Eric de Tessière, Group Chief Sustainability Officer chez Edmond de Rothschild.
© DR
Info Partenaire

Souveraineté européenne : faire de l'autonomie un moteur de transition

Face aux crises, la souveraineté européenne s’impose de plus en plus comme un levier d’autonomie et de transition. Éric de Tessières, Group Chief Sustainability Officer chez Edmond de Rothschild Asset Management, en décrypte les enjeux.

Comment définissez-vous la notion de souveraineté aujourd’hui ?

La souveraineté a changé de sens avec le contexte géopolitique. Elle revient sous un angle plus concret : autonomie, indépendance, sécurité et puissance. Pour l’Europe, être souveraine ne signifie pas seulement choisir une trajectoire économique, industrielle ou stratégique, mais disposer des moyens de la mettre en œuvre. Chez Edmond de Rothschild Asset Management, cette réflexion s’inscrit dans le cadre du rapport Draghi sur la compétitivité européenne, autour de quatre enjeux : transition, innovation, sécurité et financement.

En quoi la quête d’autonomie de l’Europe constituet-elle, selon vous, un accélérateur de la transition énergétique ? Et quels sont les principaux freins à cette autonomie énergétique européenne ?

La quête d’autonomie oblige l’Europe à regarder en face ses réalités physiques et économiques. Une partie de sa décarbonation s’est faite grâce à la désindustrialisation, en transférant ailleurs la production et les émissions associées. La souveraineté change cette logique : elle oblige à relocaliser une part de l’effort, à produire davantage sur le continent et à assumer ici le travail de décarbonation. C’est aussi un levier de durabilité, car l’Europe dispose de normes environnementales et sociales exigeantes. Produire localement peut être plus responsable que de dépendre de chaînes de valeur lointaines. Le risque serait toutefois de remplacer une dépendance par une autre : aux énergies fossiles importées pourrait s’ajouter une dépendance à des technologies clés produites en Chine. L’enjeu est donc d’investir dans la recherche, la production, les ressources critiques et un mix diversifié, afin de renforcer la résilience du système.

Comment les nouveaux enjeux de souveraineté se traduisent-ils concrètement dans vos choix d’investissement ?

Ils se traduisent par une approche systémique et multisectorielle. Systémique, parce que la souveraineté concerne toute la chaîne de valeur : production, acheminement, intégration, sécurisation ou pilotage des équipements. Multisectorielle, car elle touche l’énergie, l’industrie, la défense, l’agriculture, la santé ou encore la finance. Cette profondeur de champ nourrit une gestion active, avec des opportunités notamment parmi les small et mid caps européennes. Dans les actifs privés, l’intermittence des renouvelables peut être abordée par trois leviers : stockage, production pilotable et optimisation. Nous avons notamment investi dans un projet de batteries dans les Pays baltes, qui contribue à stabiliser le réseau et à accompagner leur synchronisation avec le réseau européen. Les infrastructures d’énergie pilotable, comme les centrales de biogaz, permettent de complémentariser la production électrique. Enfin, des plateformes digitales associées à des actifs physiques utilisent l’IA et la prévision de consommation pour flexibiliser le réseau et maîtriser un système plus décentralisé et décarboné.

En partenariat avec Edmond de Rothschild Asset Management

Retrouvez l'intégralité du Guide pratique de la finance durable - édition 2027

Découvrez le dossier en ligne du guide pratique