Le reporting carbone se généralise en Europe, mais la couverture et la qualité des données restent très variables selon les institutions.
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Finance durable

Reporting carbone : où en sont les institutions financières européennes ?

Si le reporting carbone s’est largement imposé parmi les institutions financières européennes, une étude du cabinet de conseil financier Axylia révèle de fortes disparités dans la couverture et la qualité des données. Avec une nette avance pour les acteurs engagés de longue date, et un retard marqué des grandes banques françaises.

Les émissions de gaz à effet de serre d’une banque ne proviennent pas de ses bureaux : elles émanent quasi-exclusivement de ce qu’elle finance, facilite ou assure. Des émissions indirectes, ou scope 3, qui représentent 99 % de l’empreinte carbone des institutions financières.  

Encore faut-il parvenir à les mesurer correctement. C’est précisément ce qu’a cherché à évaluer le cabinet de conseil financier Axylia dans son premier Score Carbone Finance européen, construit à partir de l’analyse de plus de 16 000 pages de rapports publiés par 82 banques, assureurs, gestionnaires d’actifs et holdings cotés dans 16 pays. 

Une analyse qui ne porte pas sur la performance environnementale en tant que telle, mais sur la maturité des reportings carbone, en fonction de la part des activités effectivement couverte, de la qualité des données utilisées et de la transparence des informations publiées. Et qui révèle d’importantes disparités. 

Des émissions financées largement mesurées 

Pour comparer les acteurs, Axylia s’appuie sur le PCAF ® (Partnership for Carbon Accounting Financials), une initiative créée en 2015 aux Pays-Bas qui réunit aujourd’hui plus de 600 institutions financières dans le monde. Son objectif : fournir un cadre commun pour calculer les émissions de gaz à effet de serre associées aux activités financières.  

Le référentiel distingue trois grandes catégories. Le standard A concerne les "émissions financées" : celles liées aux prêts, aux investissements ou aux actifs gérés. Le standard B porte sur les "émissions facilitées", liées aux financements qu’une banque aide à lever pour ses clients. Quant au standard C, il comptabilise les émissions associées aux activités couvertes par un assureur. 

Du côté du standard A, les pratiques se sont largement diffusées : 94 % des institutions européennes étudiées publient désormais leurs émissions financées. Le reporting reste en revanche beaucoup moins avancé pour les autres activités : seules 54 % des banques concernées déclarent leurs émissions facilitées et 64 % des acteurs éligibles déclarent celles liées à l’assurance. Un écart qui peut néanmoins s’expliquer par l’apparition plus récente de ces deux standards.  

La question n’est donc plus seulement de savoir si les institutions financières publient leur empreinte carbone, mais ce que cette empreinte recouvre réellement. 

Une couverture encore partielle 

Premier point faible : tous les actifs ne sont pas encore intégrés aux calculs. Selon Axylia, la couverture moyenne atteint 60,7 % des portefeuilles éligibles. Elle constitue pourtant le critère le plus déterminant du score : sa corrélation avec la note finale atteint 0,76.  

Une banque peut donc publier des émissions financées sans que celles-ci reflètent encore l’ensemble de ses activités. Et deux établissements affichant chacun un chiffre carbone ne mesurent pas nécessairement exactement la même chose. 

Notre ambition est de faire du Score Carbone Finance une véritable feuille de route concrète pour améliorer les pratiques, renforcer la transparence et mieux piloter les enjeux climatiques.

À cette question de périmètre s’ajoute celle de la qualité des données. Le référentiel PCAF ® utilise pour cela un Data Quality Score (DQS), qui distingue les données directement fournies et vérifiées par l’entreprise financée des estimations réalisées à partir d’informations indirectes ou de moyennes sectorielles.   

Et c’est sur ce point que le secteur affiche sa principale faiblesse : le DQS moyen n’atteint que 1,5 sur 5. Un tiers des institutions analysées ne publient même aucun score permettant d’évaluer la fiabilité de leurs données, tandis que seules 13 % d’entre elles atteignent un niveau de 4 ou 5.  

L’avantage des pionniers 

Les résultats de l'étude semblent toutefois indiquer que la maturité s’acquiert avec le temps. Selon Axylia, la date de première publication PCAF ® constitue même le facteur le plus explicatif des écarts entre acteurs comparables. À l’inverse, la taille des actifs financiers n’entretient presque aucun lien avec la maturité du reporting, avec une corrélation de 0,04.  

Le phénomène est particulièrement visible chez les banques. Les sept établissements européens qui déclarent leurs émissions financées depuis plus de cinq ans obtiennent un score moyen de 77/100, contre 51/100 pour les 33 autres.  

Une dynamique qui, si elle ne permet pas de conclure que l’ancienneté améliore mécaniquement la qualité des données collectées, montre qu’un reporting engagé plus tôt est globalement plus mature, notamment grâce à une couverture plus large et à des méthodes mieux formalisées. 

Les grandes banques françaises à la traîne 

Dans ce paysage européen, les principales banques françaises figurent parmi les mauvais élèves. BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale obtiennent en effet un score moyen de 28,9/100, contre 57,8/100 pour leurs homologues européennes, leurs notes respectives s’établissant à 35,5, 29 et 22,1 sur 100.  

La qualité de leurs données est également inférieure à la moyenne, avec un DQS de 1/5 contre 1,5/5 au niveau européen. Surtout, les trois groupes obtiennent un score nul sur le standard B, celui des émissions facilitées. Or cette catégorie concerne précisément une part importante de l’activité des grandes banques de financement, qui organisent pour leurs clients des émissions d’actions ou d’obligations sur les marchés.  

À l’inverse, les banques allemandes et néerlandaises dépassent 77/100 en moyenne, tandis que les établissements scandinaves et britanniques se situent entre 66 et 70. L'étude souligne cependant que la plupart ont participé très tôt au développement du PCAF ® ou ont été soumis plus rapidement à des obligations de reporting climatique.  

Ces écarts ne permettent pas, à eux seuls, de juger la performance climatique réelle des établissements. Une institution bien notée par Axylia n’est pas nécessairement moins carbonée : elle documente simplement mieux les émissions associées à ses activités. 

L’enjeu se situe donc ailleurs : faire de cette transparence un outil de progression. "Cette étude n’est pas un exercice académique ni un classement destiné à distribuer les bons et les mauvais points", rappellent dans un communiqué Vincent Auriac et Ferdinand Raffy, d’Axylia. "Notre ambition est de faire du Score Carbone Finance une véritable feuille de route concrète pour améliorer les pratiques, renforcer la transparence et mieux piloter les enjeux climatiques."