Une entreprise fortement émettrice de gaz à effet de serre peut-elle malgré tout obtenir une bonne note ESG ? Oui, selon la méthodologie utilisée. Car ces trois lettres englobent des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance très différents, mais aussi des méthodes d’évaluation variables.
Depuis le 2 juillet 2026, un nouveau règlement européen encadre d’ailleurs les fournisseurs de notations ESG dans l’Union européenne. L’objectif : améliorer la transparence et la fiabilité de ces évaluations, en obligeant notamment les acteurs à préciser ce que leurs notes mesurent réellement.
Des critères qui vont au-delà de l’environnement
Comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers (AMF), les critères ESG peuvent aussi bien porter sur les émissions de gaz à effet de serre ou la gestion des déchets que sur les conditions de travail, la lutte contre les discriminations, l’indépendance du conseil d’administration ou encore la rémunération des dirigeants.
Une note ESG globale ne constitue donc pas, à elle seule, une mesure de la performance environnementale d’une entreprise. Une société peut obtenir de bons résultats sur les critères sociaux et de gouvernance tout en étant moins performante sur le volet environnemental.
Mais une autre distinction est encore plus importante : certaines notations évaluent surtout les risques ESG auxquels l’entreprise est elle-même exposée, plutôt que les conséquences de ses activités sur l’environnement et la société.
Une notation souvent centrée sur les risques financiers
C’est notamment le cas de MSCI. Ses notations ESG cherchent à évaluer la capacité des entreprises à faire face aux risques et opportunités de durabilité susceptibles d’avoir un impact financier sur leur activité. La notation est par ailleurs relative : elle compare l’entreprise à ses concurrents.
Une entreprise ayant une activité fortement émettrice peut ainsi être bien notée si elle apparaît mieux préparée que les autres acteurs de son secteur aux risques ESG jugés importants.
Même logique chez Morningstar Sustainalytics, dont les ESG Risk Ratings mesurent la part des risques ESG considérés comme matériels qui demeure non maîtrisée par l’entreprise.
À l’inverse, d’autres approches peuvent aussi prendre en compte les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société. Le nouveau règlement européen distingue précisément ces deux dimensions et impose aux fournisseurs d’indiquer si leur notation évalue les risques financiers, les impacts, ou les deux.
Des notes différentes selon les agences
À cela s’ajoute l’absence de méthodologie unique. Deux agences peuvent sélectionner des indicateurs différents, ne pas couvrir exactement les mêmes sujets ou attribuer un poids différent à chacun d’entre eux.
Une étude de Florian Berg, Julian Kölbel et Roberto Rigobon, publiée en 2022 dans la Review of Finance, a comparé les notes attribuées par six agences ESG à un échantillon de 924 entreprises. Les chercheurs ont estimé que 56 % des divergences observées s’expliquaient par la manière dont les différents critères étaient mesurés, 38 % par leur périmètre et 6 % par leur pondération.
Davantage de transparence sur les méthodes
C’est pour répondre à ces difficultés que l’Union européenne a décidé de légiférer sur le sujet. Les fournisseurs de notations ESG doivent désormais rendre publiques des informations sur leurs méthodologies, leurs sources de données et leurs principales hypothèses. Ils doivent aussi préciser le poids accordé aux différents critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), chargée de leur enregistrement et de leur supervision, a ainsi publié le 13 août une première liste de fournisseurs enregistrés dans le cadre du nouveau dispositif.
Une transparence essentielle pour donner du sens aux évaluations. Car plus qu’un verdict sur la durabilité d’une entreprise, une note ESG reste avant tout le reflet d’une méthodologie.