Lors de la dernière canicule, les entreprises ont dû improviser pour préserver la santé et le bien-être de leurs salariés.
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Adapter le travail aux vagues de chaleur : le défi des entreprises

Télétravail ou, au contraire, transformation des bureaux en véritables espaces refuges… Lors de la dernière canicule, les entreprises ont dû improviser pour préserver la santé et le bien-être de leurs salariés. Faute d'une anticipation suffisante et de moyens adaptés, beaucoup se sont organisées au jour le jour.

Alors que nous avons vécu les deux journées les plus chaudes jamais enregistrées en juin, beaucoup de secteurs ont été impactés. Pour autant, le ministre du travail Jean-Pierre Farandou a déclaré dans un entretien au Monde qu’il fallait assurer la continuité de l’activité du pays et qu’on ne pouvait pas arrêter la France à partir de 30 °C.

L’institut national de recherche et de sécurité (INRS) a tout de même alerté qu’au-delà de 28°C pour un travail physique et de 30°C pour une activité de bureau, la chaleur commence à représenter un risque ; Et au-delà de 33°C, ce risque devient important. Pour comparer, la neutralité thermique (c’est-à-dire la température ambiante où le corps n’a besoin ni de se réchauffer ni de se rafraîchir) se situe autour de 23°C. Ainsi, quels sont les risques auxquels sont soumis les employés pendant les canicules et comment s'adapter ?

Des inégalités face aux risques

Que leur activité s'exerce en extérieur ou dans un bureau, les salariés subissent les conséquences de la canicule. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que les fortes chaleurs favorisent le stress, l'irritabilité et les difficultés de concentration. Autant de facteurs qui dégradent les conditions de travail. 

Alors qu’aller au travail peut donc rapidement devenir un calvaire, d’autres s’y presse : " En trois ans dans la boîte, je n’avais jamais vu autant de monde à la cantine. Avec mes collègues, on a réalisé que c’était la première fois qu’on se voyait tous au bureau le même jour. Il faut dire que la clim était plus tentante que les 34 degrés de mon appartement", a témoigné au journal Le Monde, Arthur, développeur de 32 ans.

Bien que moins exposés que les salariés travaillant en extérieur, les près de 8 millions de personnes qui travaillent dans des bureaux ont dû s'adapter à la vague de chaleur qui a frappé la France fin juin.

La plus grosse mesure a été le télétravail. Mardi 23 juin, la part de télétravailleurs est passée de 28 % (moyenne réalisée sur les trois mardis précédents) à 37,6 %, selon m-work, éditeur de logiciels d’organisation du travail, qui a analysé les données de 20 000 utilisateurs de sa solution numérique.

Quelles solutions ?

Adapter les bâtiments est sans doute l'un des premiers leviers pour faire face aux canicules. En effet, cela permet de limiter les apports de chaleur et d’améliorer le confort thermique des salariés. Pour y parvenir, plusieurs solutions peuvent être combinées selon l’Ademe : installer des protections solaires, comme des stores ou des films réfléchissants sur les vitrages, favoriser la ventilation naturelle en ouvrant les fenêtres la nuit afin d'évacuer la chaleur accumulée durant la journée, utiliser des brasseurs d'air ou encore renforcer l'isolation des toitures et des murs.

L'Ademe recommande aussi de développer des îlots de fraîcheur. Cette approche repose sur la végétalisation des espaces. Les arbres, en particulier, offrent un double bénéfice : ils procurent de l'ombre tout en rafraîchissant naturellement l'air grâce au phénomène d’évapotranspiration.

Adapter ses journées

L'adaptation passe également par une nouvelle organisation du travail. Pour limiter l'exposition des salariés à la chaleur, les employeurs peuvent éviter les heures les plus chaudes de la journée, reporter les tâches les plus physiques, mettre en place une rotation des postes ou encore multiplier les pauses dans des espaces ombragés ou rafraîchis. Des horaires décalés, avec une prise de poste dès les premières heures du matin, permettent également de réduire les risques.

Certaines entreprises ont déjà franchi le pas. Depuis l'été 2025, Rabot Dutilleul adapte systématiquement ses chantiers en période de canicule. Selon les conditions observées sur le terrain, certains travaux sont suspendus, les cadences ralenties, les temps de pause allongés et les horaires avancés. Les brumisateurs, initialement destinés à limiter les poussières, servent désormais à rafraîchir les ouvriers, tandis que des bungalows climatisés, maintenus autour de 26 °C, leur permettent de récupérer au frais. L'entreprise expérimente également le port de tee-shirts et de gilets rafraîchissants.

Les collectivités locales mettent elles aussi en place des solutions concrètes. À Grenoble, les horaires des jardiniers municipaux sont modulés en fonction du niveau de vigilance météorologique : en période estivale, ils travaillent de 6 heures à 13 heures ; lorsque la vigilance passe à l'orange, leur journée peut être écourtée d'une heure, avec récupération ultérieure, et en vigilance rouge, cette réduction est appliquée sans rattrapage.

Ces exemples illustrent un changement de mentalité. Si les vagues de chaleur ont longtemps été considérées comme exceptionnelles, elles sont à présent beaucoup plus fréquentes et intenses et nous obligent à faire évoluer nos modes de vie. Adapter les bâtiments, repenser les horaires ou encore transformer les méthodes de travail sont des actions qui paraissent essentielles pour préserver la santé des salariés et maintenir l'activité.