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Entreprises

Derrière les engagements RSE, des difficultés persistantes à passer à l'action

Les entreprises communiquent de plus en plus sur leurs engagements en matière de responsabilité sociale et environnementale. Mais dans quelle mesure ces promesses sont-elles réellement suivies d'effets ? À partir de l'analyse des 10 000 plus grandes entreprises cotées dans le monde, le nouveau rapport de l'OCDE met en lumière les principaux écarts entre les politiques affichées et leur mise en œuvre concrète.

Jamais les entreprises n'ont autant affiché leurs ambitions en matière de responsabilité sociale et environnementale. Climat, droits humains, lutte contre la corruption, biodiversité… les engagements se multiplient. Pourtant, derrière ces promesses, les avancées concrètes restent limitées.

C'est le principal enseignement des "Perspectives de l'OCDE sur la conduite responsable des entreprises 2026", publiées le 30 juin, et qui met en évidence un décalage persistant entre les engagements affichés et leur mise en œuvre effective. Si 69 % des entreprises étudiées ont pris au moins un engagement public lié à la conduite responsable des entreprises (CRE), moins de 20 % déclarent évaluer les risques environnementaux et sociaux associés à leurs fournisseurs. Alors, où se situe précisément ce fossé entre les promesses et les actes ?

Les engagements progressent, mais restent inégaux

Premier constat : les entreprises s'emparent davantage des enjeux de responsabilité sociale et environnementale. La conduite responsable des entreprises, qui consiste à prévenir et limiter les impacts négatifs de leurs activités sur les personnes et l'environnement, fait désormais l'objet d'engagements publics dans une majorité de grands groupes.

Mais tous les sujets ne bénéficient pas du même niveau d'attention. Le rapport souligne que "les engagements relatifs à la lutte contre la corruption et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont les plus répandus". À l'inverse, "moins de la moitié des grandes entreprises cotées font état d'engagements ayant trait à la liberté d'association et seulement un quart à la biodiversité". Autrement dit, certains enjeux restent encore largement relégués au second plan.

L'OCDE relève également d'importantes disparités géographiques : les engagements sont les plus fréquents en Europe, tandis qu'ils demeurent nettement plus rares en Chine.

Attentes sociales et environnementales à l’égard des fournisseurs par rapport à l’évaluation des risques associés aux fournisseurs

Le véritable retard se situe dans la mise en œuvre

Pour l'OCDE, le principal problème n'est plus tant l'absence d'engagements que leur traduction concrète.

Les entreprises communiquent en priorité sur leurs politiques internes et leurs systèmes de gestion, qui représentent 45 % des pratiques recensées dans le rapport. En revanche, elles sont beaucoup moins nombreuses à expliquer comment elles identifient les impacts négatifs de leurs activités, comment elles suivent les résultats obtenus ou quelles mesures elles mettent en place pour les prévenir ou les réparer.

Comme le résume l'organisation, "les entreprises tendent à communiquer de manière plus approfondie sur leurs politiques et leurs systèmes de gestion que sur les mesures en lien avec l'identification des impacts, le suivi de la mise en œuvre et des résultats, ainsi que la prévention, l'atténuation et la réparation". En d'autres termes, elles décrivent plus facilement leurs intentions que l'efficacité réelle de leurs actions.

Les fournisseurs restent le principal angle mort

Ce décalage apparaît particulièrement marqué lorsqu'il s'agit de la chaîne d'approvisionnement. Environ une entreprise sur deux affirme appliquer des critères environnementaux ou sociaux pour sélectionner ses fournisseurs. Pourtant, moins de 20 % déclarent évaluer les risques associés à ces derniers.

Le constat va encore plus loin. Seules 25 % des entreprises indiquent proposer des formations ou travailler avec leurs fournisseurs sur ces enjeux. Elles ne sont plus que 7 % à intégrer leur politique sociale dans leurs pratiques d'achat, tandis que seulement 3 % font état d'améliorations concrètes en matière de santé et de sécurité au travail au sein de leur chaîne d'approvisionnement.

Ces chiffres illustrent l'une des principales difficultés mises en avant par l'OCDE : les entreprises fixent des attentes à leurs fournisseurs, mais peinent encore à vérifier qu'elles sont effectivement respectées.

Prévenir ne suffit pas, encore faut-il réparer

Le même constat s'observe concernant les droits humains. À l'échelle mondiale, seules 8 % des grandes entreprises déclarent associer leurs parties prenantes aux enjeux liés aux droits humains. Moins d'une sur cinq dispose d'un mécanisme formel de réclamation, et seulement 10 % s'engagent à réparer les préjudices causés par leurs activités.

Pour l'OCDE, ces dispositifs constituent pourtant un maillon essentiel de la conduite responsable des entreprises. Ils permettent non seulement d'identifier plus rapidement les impacts négatifs, mais aussi d'y apporter une réponse lorsque ceux-ci surviennent.

Comment combler cet écart ?

Le rapport intervient alors que les obligations imposées aux entreprises en matière de durabilité se renforcent dans de nombreux pays. Aujourd'hui, 84 % des États membres de l'OCDE disposent d'au moins une réglementation relative au devoir de diligence environnementale et sociale.

Pour autant, l'organisation estime que les règles ne suffisent pas. Elle appelle notamment les pouvoirs publics à renforcer les incitations adressées aux entreprises, à mieux les accompagner dans l'exercice de leur devoir de diligence, à améliorer le suivi des pratiques mises en œuvre et à développer des données plus solides permettant d'évaluer leur efficacité.

L'objectif est désormais moins d'encourager les entreprises à prendre des engagements que de s'assurer qu'elles les traduisent effectivement en résultats mesurables. Ce constat résume d'ailleurs la principale leçon du rapport : en matière de responsabilité sociale et environnementale, le défi ne réside plus seulement dans les promesses, mais dans leur mise en œuvre.