Près de 100 000 hectares de végétation partis en fumée, le seuil de 40 °C franchi 178 fois, un déficit de précipitations de 40 % : en France, sous l’effet du changement climatique, l’été 2026 a battu de nombreux records. Des phénomènes dont les répercussions économiques sont elles aussi amenées à s’intensifier. Selon l’OCDE, le coût d’un épisode moyen de sécheresse a été multiplié par six depuis l’an 2000. Et d’ici 2035, il devrait encore augmenter de 35 %.
L'adaptation devient donc un enjeu majeur pour les entreprises. Pourtant, si les risques sont mieux identifiés et documentés, la mise en œuvre de réponses concrètes reste partielle.
Dans un bilan publié le 11 septembre, la Direction générale du Trésor, en lien avec le Commissariat général au développement durable, a analysé les rapports de durabilité de 42 entreprises issues de secteurs particulièrement exposés aux effets du changement climatique. Résultat : leur stratégie d’adaptation obtient en moyenne un score de maturité de seulement 36 sur 100.
Des risques climatiques bien identifiés
L'analyse du Trésor porte à la fois sur la qualité des informations publiées par les entreprises au titre de la CSRD et sur la maturité de leurs stratégies, en s’appuyant sur la méthodologie ACT Adaptation de l’ADEME. Celle-ci prend notamment en compte la connaissance des risques physiques, la gouvernance et les objectifs stratégiques, ainsi que les mesures d’adaptation mises en œuvre.
Côté reporting, le Trésor constate que l’identification des risques physiques et la description des politiques d’adaptation sont plutôt bien documentées : les entreprises étudiées obtiennent un score moyen de 48,5 sur 100. Un quart des entreprises du panel présentent même un niveau jugé "relativement avancé", tant dans les informations publiées que dans la maturité des stratégies d’adaptation.
Une prise en compte devenue d’autant plus nécessaire que les conséquences peuvent être très concrètes. "Les aléas climatiques – canicules, épisodes de pluies intenses, sécheresses, feux de forêt – vont s’intensifier et bouleverser [...] les activités économiques", rappelle ainsi François Boisleux, coordinateur adaptation au changement climatique à l’ADEME, dans un article publié le 9 septembre. "S’il n’y a pas ce réflexe d'adaptation, le risque, c’est par exemple d’avoir une école qui ne pourra plus accueillir les élèves dans de bonnes conditions dès la fin du printemps, ou un outil industriel qui sera inopérant lors d’épisodes de pluie intense, avec à la clé des arrêts de production et des pertes d’exploitation."
De son côté, la Banque centrale européenne alerte sur le fait qu’une sécheresse extrême pourrait menacer directement 15 % de la production totale des pays de la zone euro.
Des stratégies encore peu matures
Mais le passage à l’action reste difficile. Sur les 42 entreprises analysées, seules quatre fixent des cibles d’adaptation précises assorties d’indicateurs, tandis que 13 détaillent des actions futures. Une seule précise complètement les ressources financières consacrées à l’adaptation, et une autre ne le fait que partiellement.
L’analyse de la résilience du modèle économique face au changement climatique n’est par ailleurs complète que pour deux entreprises sur 42, tandis que neuf ne la mentionnent pas. La chaîne de valeur, qui peut elle aussi être exposée aux phénomènes climatiques extrêmes, n’est prise en compte que dans 23 rapports.
Un constat qui rejoint celui de l’ADEME : "pour [les entreprises], l’adaptation n’est pas encore un enjeu stratégique", estime François Boisleux, alors même que "toute leur chaîne de valeur va être impactée".
Investir dans la résilience
Cette photographie doit toutefois être nuancée : l’étude repose uniquement sur les informations rendues publiques dans les rapports de durabilité et ne prend donc pas en compte d’éventuelles actions d’adaptation menées par les entreprises en dehors de ce cadre.
Le Trésor identifie néanmoins plusieurs pistes d’amélioration : mieux préciser les moyens associés aux risques identifiés, définir des objectifs mesurables et datés, mais aussi davantage intégrer la chaîne de valeur dans les analyses.
Pour les entreprises, l’enjeu est clair : investir aujourd’hui dans la résilience pour éviter des vulnérabilités bien plus coûteuses demain.