Aux États-Unis, les actionnaires n'ont déposé que 184 résolutions axées sur les critères ESG en 2026, selon Proxy Impact.
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Finance durable

Finance durable : pourquoi les résolutions ESG s'effondrent aux États-Unis ?

Sous pression politique et réglementaire, l'investissement durable est en chute libre outre-Atlantique. La baisse spectaculaire des résolutions ESG déposées par les actionnaires illustre un tournant majeur dans la gouvernance des entreprises américaines.  

La finance durable est déjà mise à mal cette année aux États-Unis. Une étude de Proxy Impact, cabinet de conseil en vote pour les investisseurs engagés, révèle que les actionnaires n'ont déposé que 184 résolutions axées sur les critères ESG en 2026. C'est une chute majeure de 45 % par rapport aux 355 dépôts enregistrés à la même période l'an dernier. Un recul qui interroge sur la place réelle de ces enjeux dans les stratégies des grandes entreprises américaines.

Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance sont des piliers pour les investisseurs, qui les intègrent à leurs décisions afin d'évaluer la performance extra-financière des entreprises. Ils permettent notamment d'évaluer les risques à long terme et la capacité des entreprises à s'adapter aux mutations économiques et sociétales. Alors même que la saison des assemblées n'a pas encore commencé, l'avenir des géants américains semble déjà s'éloigner du vert.

Une pression politique croissante sur l'ESG

Si les entreprises américaines semblent s'éloigner des critères ESG, c'est parce qu'elles font face à une pression politique importante. "Nous avons constaté une augmentation des attaques politiques et juridiques contre les droits des actionnaires, l'investissement durable, les investisseurs institutionnels, les analystes par procuration et les sociétés cotées en bourse qui soutiennent les efforts en matière de climat et de diversité", a déclaré Michael Passoff, PDG de Proxy Impact.

Le second mandat de Donald Trump a un impact significatif sur les initiatives visant à limiter l'empreinte environnementale des entreprises. Selon Proxy Impact, l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers (SEC) change d'orientation, en défaveur des droits des actionnaires. Résultat : les entreprises peuvent désormais passer sous silence les propositions des actionnaires sans avoir à soumettre une réponse écrite et sans qu'il soit nécessaire pour le promoteur de présenter une défense. 

Des signaux d'alerte moins entendus

Dans ce contexte, les entreprises perdent un chaînon essentiel dans la transition écologique et sociale. "Les actionnaires sont le système d'alerte précoce intégré à la structure du capitalisme", a déclaré Andrew Behar, éditeur de Proxy Preview. Il cite notamment le cas Meta : "Au cours des sept dernières années, un groupe d'investisseurs a expliqué aux dirigeants et au conseil d'administration encore et encore que nuire aux enfants était inacceptable."

"Avec deux décisions majeures du jury en mars, il est clair que cet avertissement a été ignoré, causant des dommages monétaires potentiels qui peuvent dépasser le tabac et les opioïdes." Ce cas illustre le coût potentiellement élevé d'une gouvernance sourde aux alertes des investisseurs, tant sur le plan financier que sociétal. À mesure que les garde-fous actionnariaux s'affaiblissent, la question se pose : les entreprises peuvent-elles durablement se détourner des critères ESG sans en payer le prix ?