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Environnement

Tri et recyclage: "Aujourd'hui, une grande partie de nos déchets peut être évitée"

Florence Clément, coordinatrice du pôle public et jeunes à l'ADEME.
©DR

Le volume des poubelles des ménages français est en baisse depuis plusieurs années. Seulement, malgré tous les appels à la sobriété, aux bonnes pratiques de consommation et de tri, les signes d’une prise de conscience tardent à devenir plus francs, et les progrès en la matière sont encore insuffisants.

Selon l’Agence de la Transition Écologique (ADEME), nos produirions chaque année en France près de 450 kg de déchets ménagers par personne. Seulement, depuis 2007, 4,6 % de déchets par habitant auraient été évités grâce notamment à la prévention, à la réutilisation, au réemploi, à la réparation ou encore à la réduction du gaspillage alimentaire. Si ces chiffres sont encourageants, la bonne gestion de nos déchets devrait presque aller de soi, au vu des dispositifs désormais existants et de l’information accessible au sujet du tri sélectif, de la revalorisation, de la réutilisation, ou encore, plus important sans doute, de la sobriété dans la consommation. ID s’est entretenu à ce sujet avec Florence Clément, coordinatrice information grand public et jeunes à l’ADEME.

Vous avez récemment publié une étude sur la production de déchets et le tri des Français. Quelle en est la photographie ?

Aujourd’hui, les déchets ont tendance à s'être réduits dans les poubelles, ce qui est une bonne chose. Cependant, ça ne va pas assez vite, on jette encore beaucoup, environ 440 kg par habitant et par an. On a tendance à trier un peu mieux, mais pas encore assez non plus, on retrouve dans nos poubelles des choses qui pourraient ne pas s’y trouver et être valorisées.

Cela paraît fou car tout le monde sait aujourd’hui que le tri est une solution, non ?

On a beaucoup de solutions c’est vrai, mais il y a encore le réflexe du tri qui n’est pas automatique pour tout le monde. Ce peut être par commodité, car en jetant la plupart des choses dans la poubelle classique évite de trop réfléchir et de chercher d’autres solutions. Par exemple, tous les déchets putrescibles, qui représentent près de 30 % de notre poubelle, peuvent être compostés, et ce pas seulement si on a un jardin. Il y a aujourd’hui beaucoup d’initiatives qui émergent, même pour les personnes en appartement avec des bacs à compost pour cuisine ou balcon, ou des solutions collectives dans les immeubles. Pourtant, ce geste n’est apparemment pas facile pour tout le monde.

Le message du tri semble avoir globalement bien marché, mais il y a parfois une idée reçue qui voudrait que, de toute façon, tous les déchets finissent au même endroit…

Premièrement, cette idée n’est pas vraie, et deuxièmement, on voit quand même que les pratiques de tri évoluent dans le bon sens. Même si on ne trie pas encore assez, on voit des progrès, pour le plastique par exemple. Beaucoup de communes sont par exemple passées au tri "tout plastique", qui concerne désormais près de 50 % des Français et va augmenter dans les prochaines années. Le tri du verre est aussi très ancré dans les pratiques des Français, avec un taux de tri qui s’élève à près de 90 %. Pour le reste, beaucoup de choses pourraient être améliorées : les briques alimentaires, les papiers et cartons qui sont en progrès mais qui pourraient encore évoluer, l’aluminium, etc.

Aujourd’hui, une grande partie de nos déchets peut être évitée, par exemple en gardant nos objets plus longtemps et en ne cherchant pas à les renouveler trop rapidement."

Vous parlez de l’élargissement des consignes de tri pour le plastique. Est-ce qu’il n’y a pas un risque que la masse de déchets ne soit plus considérée comme un enjeu ?

Je pense qu’il faudrait dans ce cas-ci un double message. D’une part, ce n’est pas parce que des solutions de recyclage existent pour certaines matières qu’on peut continuer à augmenter sa consommation, l’objectif est bien d’avoir à ramasser de moins en moins de déchets. Les déchets doivent être collectés, puis traités, tout cela fait rouler des camions et consomme de l’énergie. De l’autre, nous essayons de montrer qu’aujourd’hui une grande partie de nos déchets peut être évitée, par exemple en gardant nos objets plus longtemps et en ne cherchant pas à les renouveler trop rapidement.

Vous travaillez actuellement sur l’information et la mobilisation. Quel est selon vous l’argument pour faire comprendre aux gens qu’ils doivent faire durer leurs objets ?

Nous allons déjà montrer que ce n’est pas qu’un geste pour la planète, mais aussi pour eux, en particulier pour leur porte-monnaie. Il faut aussi comprendre pourquoi on fait certains gestes : aujourd’hui, il faut expliquer que les ressources de la planète sont en voie d’épuisement et que chaque objet neuf fabriqué participe à cet épuisement, des métaux et terres rares pour les téléphones par exemple. Ce que la planète nous offre n’est pas infini, et préserver cela a du sens pour nos enfants, pour les générations à venir. Ce que nous cherchons à faire en priorité, c’est mettre en évidence ce sens.

On estime qu’il y a entre 54 et 110 millions de téléphones qui dorment dans nos tiroirs en France."

Y a-t-il des objets dont la fin de vie doit être surveillée en particulier ?

On peut prendre l’exemple des téléphones portables. Aujourd’hui, on estime qu’il y a entre 54 et 110 millions de téléphones qui dorment dans nos tiroirs en France. Or, ces téléphones inutilisés sont de vraies richesses, puisqu’ils contiennent des matériaux que l’on peut réutiliser : le plastique, le verre, les métaux, etc. Il est insensé de ne pas mettre à contribution ces objets. Pour les JO de Tokyo qui auront lieu cet été, les médailles ont été fabriquées avec de l’or et de l’argent issu du recyclage des téléphones. Si cela peut inciter les gens à rapporter leurs téléphones au recyclage…

Je dirais qu’il faut aussi faire très attention aux textiles sanitaires comme les lingettes nettoyantes. On les retrouve de plus en plus dans les poubelles depuis quelques années. Alors, il ne faut surtout pas les jeter dans les toilettes, mais on peut tout simplement s’en passer très facilement. Éponges, tissus lavables… Il y a beaucoup d’alternatives pour éviter de créer ces déchets supplémentaires qui pourraient être évités.

Dernière question. Pour le compost, vous disiez que près d’un tiers de notre poubelle était composée de déchets putrescibles. Les valoriser est donc aussi un moyen de créer une vraie richesse…

En effet, dans ce cas, en plus de faire un geste important pour réduire ses déchets, on peut aussi créer un engrais d’excellente qualité pour son jardin, ou même pour ses jardinières et ses fleurs si l’on vit en appartement. Il y a eu un gros progrès sur le compostage ces dernières années, on jette beaucoup moins ces déchets qu’auparavant. Je pense que le compost est une solution accessible à tous, et lorsque l’on voit qu’elle fonctionne, cela donne envie de continuer…

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Ecoutez la chronique Social Lab en cliquant ici ou dans le player ci-dessous.

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