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Pourquoi le débat sur les éoliennes persiste-t-il ?

La question des éoliennes est au centre des débats politique sur la transition énergétique.
©Unsplash/RawFilm

Accusées d’enlaidir les paysages, de manquer d’efficacité voire même de contribuer à augmenter la pollution… les éoliennes font l’objet de plusieurs contestations, qui remettent en question cette énergie dans le cadre de la transition écologique.

Les éoliennes sont devenues un sujet de débat au même titre que les centrales nucléaires. Entre la proposition du Sénat d’inscrire dans la loi Climat un droit de veto aux communes pour l’implantation de parcs, et les prises de position médiatiques à propos de leur caractère dénaturant des paysages, les éoliennes font l’objet de débats politiques houleux. Si dans la dernière estimation Harris Interactive, 76% des Français interrogés se disaient favorables aux éoliennes, avec une approbation plus importante chez les jeunes, ce taux tombe à 52% chez les riverains des éoliennes. Au-delà de leur aspect uniquement esthétique, plusieurs critiques sont adressées aux éoliennes.

L'éolienne dans le cadre de la transition énergétique

C’est dans le cadre du protocole de Kyoto en 1997 que la France s’est engagée sur la voie de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et dans une politique d’investissement dans les énergies renouvelables. Depuis la loi sur la Transition énergétique de 2015, suivie par le projet de loi Climat, la France s’est également fixée comme objectif de faire passer la part des énergies renouvelables à 32% de sa production énergétique en 2030, tout en faisant passer la part d’énergie issue du nucléaire de 75 à 50%. Le ministère de la Transition Ecologique considère que l’énergie éolienne est essentielle pour parvenir à diversifier la production énergétique française et faire baisser les émissions de CO2.

Toutefois, ce constat énergétique est remis en question du fait de l’impact environnemental lié à l’implantation d’un parc éolien. L'ADEME estime que l'installation des mats dans le sol nécessite entre 600 et 800 tonnes de béton. Si l’agence ne nie pas la pollution engendrée par la construction d’un parc éolien, elle la relativise en calculant la pollution d’une éolienne sur l’entièreté de son cycle de vie: "on arrive à une quantité de CO2 émise de 12 grammes par kWh, le charbon est de l’ordre de 800 grammes par kWh, et l’électricité produite par du gaz, c'est 400 grammes par kWh", selon le chef de service réseau et énergie renouvelable de l’ADEME sur Radio Classique. Aussi, l’agence assure que 90% des matériaux utilisés pour les éoliennes sont recyclables. Seules les pales des éoliennes ne sont pas recyclables car en matériaux composites. Elles sont donc broyées pour être utilisées en combustibles en cimenterie.

Si les vents dépassent les 90 km/h, les éoliennes ne peuvent plus fonctionner et sont arrêtées par sécurité."

Toutefois, les éoliennes font l’objet de critiques quant à leur efficacité. Elles sont notamment accusées de fonctionner seulement 25% du temps et d’être trop souvent à l’arrêt pour des questions de maintenance. Ce chiffre est contesté par l’ADEME, qui affirme qu’une éolienne tourne en moyenne entre 75 et 95% du temps. Le chiffre de 25% correspond à un autre enjeu. L’agence confirme que les éoliennes ne parviennent à produire de l’électricité en moyenne qu’à 25% de leur capacité maximale. Ce chiffre s’explique par la fluctuation de la vitesse du vent. Lorsque le vent est trop faible, les éoliennes produisent un rendement moins élevé. À l’inverse, si les vents dépassent les 90 km/h, les éoliennes ne peuvent plus fonctionner et sont arrêtées par sécurité. 

Un impact modéré sur les oiseaux

Les éoliennes sont également accusées d’être des menaces pour les oiseaux, principalement à cause de leurs hélices dans lesquelles les oiseaux pourraient entrer en collision. Les éoliennes ont en effet une responsabilité, mais celle-ci n’est pas aussi importante qu’on pourrait le croire. Selon une étude de la LPO [Ligue de Protection des Oiseaux] en 2017, sur les 1065 éoliennes étudiées dans différents parcs, 1102 cadavres d’oiseaux y ont été retrouvés, de 97 espèces différentes, dont 75% sont classées comme « protégées ». Les oiseaux victimes des éoliennes sont essentiellement des migrateurs, principalement des passereaux, qui représentent environ 60 % des cadavres retrouvés. Les rapaces diurnes, notamment les vautours fauves, représentent quant à eux 23% des cadavres. Toutefois, les collisions avec les éoliennes ne sont pas la première cause de mortalité accidentelle des oiseaux. Celles-ci arrivent derrière notamment les attaques de chats, les collisions avec les immeubles et les lignes électriques.

Un protocole a été mis en place depuis 2015, afin de transmettre les données liées à la mortalité volatile aux Directions régionales de l’environnement (Dreal), ainsi que des programmes de ralentissement des pales à l’approche d’oiseaux. Cependant, la LPO critique ce protocole pour son « manque d’accès aux données », avec des suivis très hétérogènes ». La LPO préconise notamment de mieux prendre en compte les oiseaux migrateurs nocturnes lors du développement des projets éoliens et de mettre en place un protocole plus strict pour limiter leur impact sur la faune aérienne. En 2020, le projet MAPE a été lancé pour étudier comment les oiseaux perçoivent les éoliennes et l’impact démographique des mortalités constatés sur les espèces les plus affectées.

Des nuisances sonores pour les riverains ?

L’impact sur la faune est également accompagné d’accusations de nuisances sonores, notamment par des associations de riverains qui dénoncent le bruit généré par les rotations des pales. Toujours selon l'ADEME, une éolienne à 500 mètres d’une habitation (qui correspond à la distance minimum légale d’installation), émet un bruit estimé à 40 décibels, qui correspond au seuil minimal à partir duquel les individus peuvent commencer à percevoir des effets extra-auditifs selon bruitparif. À partir d’un kilomètre, il tombe à moins de 20 décibels, soit le bruit d’ambiance d’une pièce à vivre vide. À titre de comparaison, un bruit de klaxon est estimé à 95 décibels, soit 5 décibels au-dessus du seuil de danger, tandis qu’un avion au décollage est estimé à 140 décibels. 

L’Anses a également constaté dans une étude de 2017 que les seules nuisances sonores émises par les éoliennes sont pour la plupart des ultrasons, dont la fréquence ne dépasse pas les 20Hz, soit en dessous du seuil d'audibilité de 50Hz. Toutefois, l'étude admet "l’existence d’effets et de ressentis négatifs chez des personnes pensant être exposées à des infrasons inaudibles alors qu’elles ne le sont pas forcément", un effet désigné sous le nom de "nocebo". Les effets négatifs ressentis par les riverains s'expliqueraient ainsi selon l'agence par la crainte des riverains de subir des nuisances causées par les éoliennes. 

Terres rares et pollution externalisée

La question des « terres rares », ces métaux utilisés pour leurs propriétés électromagnétiques, se pose également pour l’impact environnemental des éoliennes. Leur processus d’extraction nécessite de les séparer des éléments radioactifs extrêmement polluants et néfastes pour la planète et les humains tels que le thorium, qui provoque des cancers du pancréas, des poumons et du sang. Selon une étude de l’US Geological Survey de 2019, les réserves de ces métaux se situent essentiellement en Chine (36,7% des réserves mondiales) , ainsi qu’au Brésil (18,33%). En 2012, la ville de Baotou en Mongolie représentait 70% de l’extraction de terres rares de la Chine. Ces métaux sont largement utilisés dans la composition des outils de la high-tech : smartphones, ordinateurs, télévisions ou moteurs hybrides de voitures. Leur demande a également augmenté pour la production d’énergies renouvelables.

Dans un rapport de mai 2021 intitulé The Role of Critical World Energy Outlook Special Report Minerals in Clean Energy Transitions, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) explique notamment que « l'énergie éolienne joue un rôle de premier plan dans la croissance de la demande en raison d'une combinaison d'ajouts de capacité à grande échelle et d'une intensité minérale plus élevée », notamment du fait de l’accélération de la production des éoliennes en mer, dites offshores.

Ces éoliennes utilisent notamment la technologie des aimants permanents à engrenages, qui nécessitent une quantité importante de terres rares, notamment de néodyme et de dysprosium. Ces turbines sont choisies pour leur rendement supérieurs aux éoliennes terrestres ainsi que pour leurs coûts de maintenance plus faibles. La part d’éoliennes en mer utilisant cette technologie est passée de 10% en 2010 à 20% en 2020, et l’AIE estime que cette technologie représentera 95% des éoliennes offshore en 2040.

L’ADEME a estimé le potentiel de l’éolien de mer à 30 000 Mégawatts, soit l'équivalent de la moitié du parc nucléaire français."

Cette forte croissance s’accompagne d’un besoin accru en terres rares, et donc d’une pollution accrue du fait de leurs exploitations. Toujours dans ce rapport, l’AIE avertit notamment des risques de forte hausse des émissions de gaz à effet de serre due à l’extraction de ces terres rares, ainsi qu’un impact sur la biodiversité avec un épuisement des ressources en eau, une aggravation de la pollution, mais aussi des « impacts sociaux résultant de la corruption et de l'utilisation abusive des ressources gouvernementales, décès et blessures des travailleurs et des membres du public, violations des droits humains, y compris le travail des enfants et impacts inégaux sur les femmes et les filles. » (page 192).

Toutefois, des alternatives aux terres rares continuent d'être développées en Europe, comme celle du BRGM, qui utilise des bactéries pour extraire les métaux des déchets électroniques.

En France, l’ADEME a estimé le potentiel de l’éolien de mer à 30 000 Mégawatts, soit l'équivalent de la moitié du parc nucléaire français, mais ne compte encore qu’une seule éolienne en mer. Plusieurs projets sont cependant en cours d’autorisation, notamment sur la façade Atlantique (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc) ainsi que sur le contour Méditerranéen à Faramen ou Gruissan.

Ces projets font l’objet de contestations, notamment de pêcheurs et d’associations de défense de l’environnement. Une consultation est ainsi en cours depuis le 12 juillet jusqu’au 31 octobre sur le projet d’éoliennes flottantes en Méditerranée.

La question de l'implantation des éoliennes a également fait l'objet de préoccupations du côté des instances politiques. S'il n'a pas renié le rôle des éoliennes dans la stratégie de développement des énergies renouvelables en France, le président Emmanuel Macron a déclaré mardi 27 juillet qu'il était nécessaire d'avancer "au cas par cas" sur les nouveaux projets éoliens. En prenant l'exemple des Hauts-de-France, où la concentration d'éoliennes est la plus élevée du pays, le président a insisté sur la nécessité de préserver les paysages tout en devant "concilier ce pragmatisme avec notre ambition climat".

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