Environnement

Plan biodiversité : mesures phares et premières réactions

Mercredi 4 juillet était lancé le Plan biodiversité par le gouvernement au Muséum d’histoire naturelle.
©GERARD JULIEN / POOL / AFP

Les mesures du plan national pour la biodiversité étaient présentées mercredi 4 juillet par le gouvernement. Le point sur ses ambitions et sur son accueil par les associations environnementales. 

Le plan national pour la biodiversité compte 90 mesures détaillées le 4 juillet par Edouard Philippe au Muséum d'histoire naturelle à Paris, à la sortie du premier Comité interministériel dédié à la biodiversité. Le Premier ministre était entouré de 12 ministres et secrétaires d’État, dont Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Pour rappel, le 18 mai dernier, Nicolas Hulot s'exprimait à Marseille sur les contours de sa stratégie nationale de mobilisation pour la biodiversité et lançait le coup d'envoi d'une grande consultation sur le sujet pour "éveiller les consciences". Il annonçait par la même occasion la présentation à venir du plan national pour la biodiversité. C'est désormais chose faite. 

Moins de pollution plastique, moins d'étalement urbain

Parmi les mesures de ce plan, ID évoquait mercredi l'objectif "zéro plastique rejeté dans l'océan d'ici à 2025". "Nous soutiendrons l’interdiction au niveau national des pailles et des mélangeurs à usage unique dès 2020, et soutiendrons au niveau européen l’interdiction des 12 produits plastiques à usage unique les plus fréquemment retrouvés sur le littoral et en mer", promet le gouvernement.

A cette ambition s'ajoute la mise en place "d'actions fortes" pour lutter contre l'étalement urbain et la volonté de fixer une date pour viser la "zéro artificialisation nette des sols". Le gouvernement indique notamment que toute construction de nouveau parking devra être perméable pour favoriser l’infiltration des eaux dans le sol et lutter contre les inondations.

De nouvelles aires protégées et la protection des espèces en danger

Un 11e parc national des forêts entre Champagne et Bourgogne devrait être créé l'an prochain, ainsi que vingt réserves nationales d’ici la fin du quinquennat. Au total, 150 millions d'euros seront mobilisés d’ici 2021 "pour rémunérer les agriculteurs pour la mise en place d’action de protection de la biodiversité (couverture de sols, plantation de haies, préservation des prairies et des zones humides…)". Au programme également, la protection en mer de 100 % des récifs coralliens français à horizon 2025, avec un objectif intermédiaire de 75 % en 2021.

Parmi les mesures déjà annoncées et confirmées, la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées-Atlantiques, l’objectif de 15 % de surface en bio en 2022 et l’interdiction de tous les néonicotinoides et dérivés ainsi que la fin du glyphosate. Pour réaliser les 90 actions de ce plan, le ministère de la Transition écologique et responsable prévoit de mobiliser 600 millions d'euros sur quatre ans.

Certaines mesures saluées, mais... 

"En règle générale, on apprécie qu'il y ait un plan parce qu'il y a une communication et ça donne de l'éclairage à la biodiversité. On rappelle toutefois que ce n'est pas le premier plan biodiversité, il y en a eu beaucoup avant et ça n'a jamais changé les choses", estime Yves Verilhac, directeur général de la Ligue pour la Protection des Oiseaux. "Il y a de bonnes mesures, comme l'objectif ambitieux de zéro plastique rejeté en mer d'ici 2025, la création de vingt réserves nationales, l'engagement de protéger 100 % des récifs coralliens d'ici 2025, celui d'avoir 15 % de surfaces en bio en 2022, ou l’interdiction de tous les néonicotinoides, des dérivés et du glyphosate. Sur ces choses-là, on ne va pas cacher notre plaisir."

Il y a des points de détail dont on se fiche presque, comme le fait de pouvoir utiliser son smartphone pour découvrir les espaces naturels, c'est une plaisanterie, ce n'est pas du niveau d'un plan national." Yves Verilhac, directeur général de la Ligue pour la Protection des Oiseaux

Toutefois, Yves Verilhac dit rester sur sa faim : "Les moyens financiers nouveaux sont inexistants, il y a pas mal de recyclage de mesures déjà prises et financées. Il y a des points de détail dont on se fiche presque, comme le fait de pouvoir utiliser son smartphone pour découvrir les espaces naturels, c'est une plaisanterie, ce n'est pas du niveau d'un plan national. Il y avait une promesse de créer un parc national de zone humide, il a disparu, il n'y a rien sur la sensibilité animale, ni sur la fin du piégeage non-sélectif des oiseaux. On se réjouit des deux ourses réintroduites dans les Pyrénées, mais ce n'est pas suffisant. C'est un plan de détails".

D'après lui, ce plan comporte également "trop d'études, de colloques, de groupes de travail" sur des éléments déjà connus. "Et quand il y a des choses concrètes, on ne dit pas comment y arriver ni avec quels moyens", ajoute-t-il. Yves Verilhac estime globalement que sur l'ambition d'amener le plan biodiversité au niveau du plan climat, "le compte n'y est pas". "Pour le plan climat, on met plusieurs milliards, ici il n'y a rien, ce n'est pas du tout à l'échelle".

Un impératif de cohérence, selon WWF

Du côté de WWF, on estime que ce "portage politique, au niveau du Premier ministre, avec la présence de 12 ministres, témoigne d’une volonté de mobilisation de l’ensemble du gouvernement et de l’ensemble de la société pour créer une dynamique nationale et internationale". Mais l'organisation non-gouvernementale ajoute que les objectifs de ce plan ne pourront être atteints sans moyens supplémentaires : d'après elle, des marges de manœuvre auraient pu être dégagées "grâce à la réorientation des subventions dommageables à la biodiversité". Par ailleurs, des "gages concrets très rapidement avec un point d'étape en 2019" et un "portage politique fort", sous la forme d'un deuxième comité interministériel, seraient d'après elle nécessaires. Le gouvernement a aussi selon l'organisation "un impératif de cohérence" et devrait commencer par mettre un terme au projet Montagne d'Or en Guyane. 

"1/3 de concret, 1/3 de recyclé, 1/3 de peu engageant"

La fédération française des associations de protection de la nature et de l'environnement France Nature Environnement (FNE) décrit pour sa part un plan "à trois pattes". Elle indique constater "une volonté affichée de répondre aux enjeux présents et urgents en matière de biodiversité, mais une insuffisance d'ambition tant dans l'opérationnalité des mesures que du montant des moyens alloués aux actions prévues". Dans une analyse publiée sur son site le 5 juillet, la fédération regrette un plan contenant "un tiers de mesures intéressantes et concrètes, un tiers de dispositions recyclées ou déjà existantes, et un tiers de mesures peu impactantes ou imprécises dans leur mise en œuvre."