Les minerais critiques font l'objet d'une attention accrue des gouvernements et des entreprises, désireux de réduire les dépendances aux pays producteurs ou transformateurs.
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Environnement

Minerais critiques : de quoi parle-t-on ?

Les minerais critiques, composants essentiels pour des pans entiers de l'économie mondiale, font l'objet d'une attention accrue des gouvernements et des entreprises, désireux de réduire les dépendances aux pays producteurs ou transformateurs, mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

Que sont les minerais critiques ? Les pays entendent par minerais critiques tout matériau essentiel au bon fonctionnement de leur économie et dont l'approvisionnement peut poser problème, par exemple parce qu'il est produit ou transformé dans un seul pays. Les minerais critiques diffèrent donc selon l'époque, le lieu et l'activité économique. L'Union européenne a, en 2023, listé 34 matières premières critiques, des métaux ou minéraux jugés incontournables pour atteindre ses objectifs "en matière d'énergies renouvelables, de numérique, d'espace et de défense".

Parmi elles, 17 ont été élevées au rang de "matières premières stratégiques": celles dont on a de plus en plus besoin, dont la production est complexe et pour lesquelles davantage de problèmes d'approvisionnement sont à craindre, détaille Bruxelles. Les Etats-Unis ont leur propre liste de matières premières critiques, différente de celle de l'Europe.

A quoi servent-ils?

Cuivre pour la conduction d'électricité, lithium ou cobalt pour la fabrication de batteries, silicium métal pour les panneaux solaires, nickel pour l'acier inoxydable, terres rares pour les aimants permanents… Ces matériaux sont incontournables dans bien des domaines, notamment les énergies renouvelables, l'économie numérique, l'industrie de défense, l'intelligence artificielle… Ils sont aussi nécessaires pour la fabrication de semi-conducteurs, de fibre optique, d'électronique avancée, note l'OCDE. Des productions cruciales pour l'économie mondiale.

Où sont-ils produits?

Les minerais sont extraits un peu partout dans le monde. Le Chili est un grand producteur de cuivre, la République démocratique du Congo de cobalt, l'Indonésie de nickel, la Chine de tungstène ou de terres rares… Cette dernière a surtout acquis une position très dominante dans le raffinage et la transformation de ces minerais, activités énergivores et polluantes. De manière générale, ces activités sont de plus en plus concentrées, explique l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Pourquoi est-ce un sujet de préoccupation?

Ces dernières années, les pays producteurs et transformateurs ont parfois restreint certaines exportations ou profité de leur situation dominante pour influer sur les prix. En tirant les prix vers le bas, ils peuvent rendre moins rentable, voire plus du tout viable, des activités de transformation ailleurs sur la planète.

L'OCDE s'inquiétait récemment du fait que "les restrictions à l'exportation sur les matières premières critiques ont été multipliées par cinq depuis 2009" et "demeurent à des niveaux historiquement élevés": il s'agit le plus souvent de taxes à l'exportation ou d'obligations de licence, "mais les formes les plus sévères de restrictions - telles que les interdictions d'exportation - deviennent plus fréquentes". Les pays s'efforcent donc, si possible, de diversifier leur approvisionnement pour éviter les pénuries et sécuriser l'activité de leurs entreprises.

Comment réduire la dépendance?

L'UE espère réduire sa dépendance : elle prévoit d'ici 2030 de produire 10 % de ses besoins localement, de réaliser 40 % de la transformation sur place et de développer le recyclage. Mais ces efforts "n'ont pas encore produit de résultats tangibles" et l'UE aura "du mal" à sécuriser son approvisionnement, "d'ici la fin de la décennie", tançait début février la Cour des comptes européenne. 

La problématique était au menu du G7 Commerce début mai en France. "On ne peut pas seulement agir au niveau national, on a besoin d'une coopération internationale", a expliqué à cette occasion Paris, hôte de la réunion et présidente du G7 en 2026. Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, "tout le monde s'accorde sur le fait qu'il est nécessaire d'augmenter la production et d'augmenter la diversification des approvisionnements", note le ministère français de l’Economie. 

Il assure que "des objectifs" en la matière sont "attendus" pour le sommet du G7 du 15 au 17 juin à Evian. Mais, l'extraction minière et la métallurgie sont des industries de temps long et les effets ne se feront pas sentir avant plusieurs années. "Les progrès vers des chaînes d'approvisionnement de raffinage plus diversifiées seront lents", anticipait en 2025 l'AIE, qui pense que la concentration de ce secteur industriel à horizon 2035 ne sera redescendue qu'au niveau de... 2020. "Un peu moins concentrée que le raffinage", l'activité minière "suit une tendance similaire".

Avec AFP.