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Dossier climat

Zoom sur... les multiples enjeux face à l'urgence climatique

Ces warming stripes, ou rayures climatiques, représentent les températures mondiales annuelles, entre 1850 et 2018 (à droite sur la photo).
©Ed Hawkins (CC BY-SA 4.0)

Politique, inégalités sociales, économie, finance... Difficile de lister tous les enjeux liés à la crise climatique tant ils sont nombreux. Voici un panorama non-exhaustif.

Des enjeux politiques

En 2015, les 195 États réunis au Bourget pour la COP 21, la conférence des Nations Unies sur le climat, adoptent l'accord de Paris sur le climat. Celui-ci vise à limiter la hausse de la température mondiale bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et à poursuivre les actions pour la limiter à 1,5°C. Pour y parvenir et stabiliser la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, les Parties s'engagent à établir des objectifs, les communiquer et les actualiser régulièrement.

Problème : le compte n'y est pas. "Les nations doivent redoubler d'efforts et soumettre des plans d'action nationaux sur le climat plus solides et plus ambitieux en 2021 si elles veulent atteindre l'objectif de l'accord de Paris", note l'ONU dans un rapport publié en février. Malgré la hausse "du niveau d'ambition individuel", l'impact combiné des efforts des pays les met sur la voie d'une réduction de moins de 1%. Dans son rapport spécial sur la limitation de la hausse des températures à 1,5°C, le Giec [Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat] indique que les émissions anthropiques mondiales nettes de CO2 doivent diminuer d’environ 45% depuis les niveaux de 2010 jusqu’en 2030.

Comment y arriver ? Les efforts individuels sont insuffisants. Des mesures profondes, structurelles, doivent être menées par les instances publiques, notamment en matière de transport, d'agriculture, de construction, d'industrie, d'énergie, pour aller vers plus de sobriété. La feuille de route de la France prévoit de diminuer de 40% les émissions d'ici 2030 et atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Pour y parvenir "dans un esprit de justice sociale", le président de la République a initié une Convention citoyenne pour le climat, avec 150 citoyens tirés au sort, à l'automne 2019. Leurs propositions ont abouti à la création d'un projet de loi, décrié pour son manque d'ambition et l'amoindrissement des mesures proposées par les citoyens.

Autre défi de taille : l'adaptation. Souvent peu évoquée contrairement à la réduction des émissions, elle est pourtant cruciale et concerne l'ensemble des pays. La mise en place de politiques pour renforcer la capacité d'adaptation, renforcer la résilience et réduire les vulnérabilités est d'ailleurs mentionnée dans l'accord de Paris.

Des enjeux de justice sociale

"La justice sociale et l’équité sont des éléments centraux des trajectoires de développement favorisant la résilience face au changement climatique qui visent à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C", note le Giec dans le résumé pour décideurs du rapport dit « 1,5°C ». "Elles permettent de faire face à des défis et à des compromis inévitables, augmentent les opportunités, et garantissent que les options, les perspectives d’avenir et les valeurs font l’objet de délibérations entre les pays et communautés et au sein d’entre eux, en faisant attention à ne pas dégrader la situation des populations démunies et désavantagées."

Tous les habitants de la planète ne contribuent pas à part égale au changement climatique et ne sont pas égaux face aux conséquences. Par exemple, au niveau mondial, les 10 % les plus riches émettent 40 % des émissions et que les 40 % les plus pauvres émettent 8 % des émissions, affirme le Haut conseil pour le climat (HCC), qui ajoute : "Le changement des modes de vie vers plus de sobriété doit prendre en compte les contraintes sociales et matérielles : on n’a pas toujours le choix." La lutte contre les inégalités sociales fait donc pleinement partie de la transition.

En septembre dernier, le HCC a sorti son rapport grand public dans lequel il recommande de clarifier les politiques publiques encore peu lisibles. 

Des enjeux financiers

Financer cette transition n'est pas une mince affaire. Rien qu'en France, selon le "Panorama des financements climat", publié en mars 2021 par le think tank I4CE, les investissements climat augmentaient rapidement avant l'épidémie de Covid-19 "pour atteindre 48 milliards d’euros en 2019". Une dépense fortement appuyée par l'Etat, puisque ses dépenses fiscales et budgétaires pour le climat sont passées de 15 milliards d’euros en 2012 à 31 milliards en 2021.

Cette hausse conséquente est jugée insuffisante pour répondre aux enjeux de transition. Il faudrait, selon le think tank, investir chaque année 13 à 17 milliards d’euros de plus qu’en 2019 dans les secteurs du bâtiment, des transports (véhicules et infrastructures) et des énergies renouvelables. "A court terme, une impulsion publique de 9 milliards d’euros par an permettrait de déclencher 21 milliards d’euros d’investissements climat supplémentaires chaque année."

Dans le même temps, relève I4CE, les investissements fossiles, défavorables au climat, atteignent un niveau record de 71 milliards d’euros, soit 70% de plus qu’en 2014. "Ces investissements contrecarrent les efforts en faveur de la transition en retardant la réduction des émissions de GES, mais les pouvoirs publics disposent de moyens pour les infléchir."

Des enjeux économiques

Selon le think tank The Shift project, la consommation finale d’énergie en France repose à plus de 57 % sur les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), soit 45 millions de tonnes (Mt) de CO2eq en 2020  ; des énergies "en quasi-totalité importées et […] placent donc la France dans une situation de dépendance vis-à-vis des pays fournisseurs." Les gros consommateurs sont majoritairement les transports, le bâtiment et l'industrie.

Réduire notre dépendance aux énergies fossiles n'a donc rien d'aisé et demande de repenser en profondeur nos modes de vie et d'aller vers davantage de sobriété. Certains, à l'instar du Shift Project, appelle à repenser nos indicateurs. "Cette croissance [économique] n’a jamais fait autre chose que recourir aux énergies fossiles et tarissables, pétrole, gaz naturel, charbon, qui bouleversent déjà le climat et menacent les conditions de vie sur Terre. Il est prudent – et il est possible ! – de concevoir, de débattre et de mettre en œuvre une transformation de notre organisation sans miser sur le pari incertain et périlleux de la croissance", affirme le laboratoire d'idées qui a conçu un plan de relance alternatif post-Covid.

L'Agence européenne pour l’environnement, une agence de l’Union européenne, a elle aussi récemment questionné la croissance comme moteur de performance environnementale dans une note intitulée "Croissance sans croissance économique". "Les sociétés doivent donc repenser ce que l'on entend par croissance et progrès et leur signification pour la durabilité mondiale", précise-t-elle.

Mais aussi la biodiversité, les déplacés climatiques, la santé...

"Selon les projections, les risques liés au climat pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la sécurité des personnes et la croissance économique devraient augmenter en cas de réchauffement planétaire de 1,5°C, et même davantage en cas de réchauffement de 2°C", note le résumé pour décideurs du rapport du Giec sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C.

Les enjeux sont donc très nombreux. Récemment, l'Ipbes [Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques] et le Giec ont expliqué dans un rapport commun que les crises de la biodiversité et du climat se renforçaient mutuellement et qu'elles ne pouvaient être traitées qu'ensemble. Se pose aussi la question des déplacés climatiques à la suite de catastrophes naturelles, dont la majorité est liée au climat (inondations, sécheresses, ouragans). Près de 41 millions de nouveaux déplacements internes ont été enregistrés en 2020. Les trois quarts en raison de catastrophes environnementales, selon l’Observatoire des situations de déplacement interne. La santé sera aussi affectée par le changement climatique. Le changement climatique provoquera des décès et maladies dus aux catastrophes climatiques et au changement de températures. Il accroit aussi le risque de nouvelles épidémies.

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