HUMEUR

Le Parlement refuse de lever le voile sur les abattoirs

Le 12 avril 2018, l'association militante L214 diffusait des images accablantes des conditions de vie des animaux dans un élevage porcin du Tarn.
©Gwoeii/Shutterstock

Le 12 janvier 2017, l'Assemblée Nationale votait l'obligation de placer des caméras de surveillance dans les abattoirs pour mettre un terme aux comportements de maltraitances révélées par les vidéos de l'association L214.

A l'époque, le rapporteur de cette initiative, Olivier Falorni, ne cachait pas sa joie de voir enfin progresser le respect de l'animal dans l'intimité des lieux de mort. Restait à séduire les sénateurs pour espérer la mise en œuvre de cette décision. Les élections présidentielles effaceront la perspective jusqu'à ce que la question soit à nouveau posée lors de l'actuel projet de loi sur l'agriculture et les relations commerciales.

Affûtant ses arguments, notre député s'est entouré de soutiens de poids pour faire, à nouveau, voter l'Assemblée. A ses côtés, 40 ONG et autant de personnalités, le texte aurait du passer sans difficulté ! La semaine dernière, il en fut tout autrement. La commission de l'Assemblée Nationale écartait purement et simplement l'idée de rendre obligatoire la vidéo surveillance dans les abattoirs.

L’argumentaire de l'élu ne manquait pourtant pas de logique. Il constatait, tout d'abord, que le gouvernement souhaitait vraiment alourdir les sanctions pour maltraitance (ce qui est une bonne chose) mais il regrettait que ce dernier ne s'en donne pas les moyens : "C'est comme si le gouvernement voulait lutter contre les chauffards en refusant de mettre des radars". Autre paradoxe, l'histoire démontre que c'est en se mettant hors la loi que les donneurs d'alerte ont pu réaliser les images qui ont conduit à la prise de conscience. Or, en toute lucidité, le législateur ne peut se satisfaire d'une telle situation.

C'est à l'Etat, et non aux ONG, de filmer la réalité des comportements en abattoirs.

La vidéo surveillance permettrait non seulement de prévenir les mauvais traitements mais aussi de sanctionner par des moyens légaux les contrevenants. En résumé, c'est à l'Etat, et non aux ONG, de filmer la réalité des comportements en abattoirs. L'affaire pourrait ne pas en rester là. Non seulement Olivier Falorni parle de reniement et d'influence des lobbyings, mais il pointe aussi le rôle du chef de l'Etat qui s'était engagé – pendant sa campagne – à soutenir le principe des caméras.

Dans le même temps, de nouvelles images insupportables étaient diffusées par L214. On y voyait un élevage de porcs du Tarn avec des bêtes croupissant dans leurs excréments, entourées de mouches et de rats morts, condamnées à survivre sur du béton. En faut-il davantage pour émouvoir l'Assemblée Nationale ?