Selon les calculs du Global Footprint Network, l'humanité exploite aujourd'hui les ressources naturelles à un rythme 73 % supérieur aux capacités de régénération des écosystèmes. Autrement dit, notre mode de vie nécessiterait l'équivalent de 1,73 planète Terre pour être durable. Ainsi à compter de ce jeudi 30 juillet, l'humanité vit symboliquement "à crédit". En seulement sept mois, les plus de huit milliards d'habitants de la planète ont utilisé l'ensemble des ressources biologiques que la Terre peut produire ou renouveler en une année.
Le Jour du dépassement ou en anglais "Earth Overshoot Day" repose sur un calcul relativement simple : il compare l'empreinte écologique mondiale – c'est-à-dire les ressources nécessaires pour produire notre alimentation, notre bois, nos fibres, absorber les émissions de carbone ou encore soutenir nos activités économiques – à la biocapacité de la Terre, autrement dit sa capacité à renouveler ces ressources.
Lorsque cette capacité annuelle est dépassée, l'humanité entre symboliquement en déficit écologique. Le reste de l'année correspond alors à une forme de dette environnementale, alimentée notamment par la surexploitation des forêts, des ressources halieutiques, des terres agricoles ou encore des nappes d'eau.
Le Global Footprint Network souligne que ce dépassement n'a jamais été aussi important. Si la date du 30 juillet paraît légèrement plus tardive que certaines estimations précédentes, cette évolution résulte principalement d'un ajustement méthodologique concernant la capacité des océans à absorber le carbone, et non d'une diminution significative de notre consommation.
Tous les pays ne dépassent pas les limites au même moment
L'indicateur varie fortement selon les niveaux de consommation des différents pays. Si l'ensemble de la population mondiale adoptait le mode de vie moyen des Français, les ressources annuelles de la planète auraient été épuisées dès le 24 avril. Avec le niveau de consommation des Américains, cette date tomberait au 14 mars, tandis qu'elle serait avancée au 4 février si tous les habitants vivaient comme au Qatar.
Ces écarts illustrent les fortes inégalités de consommation des ressources à l'échelle mondiale. Les pays les plus riches mobilisent en moyenne plusieurs fois plus de ressources que les pays à faible revenu, ce qui explique leur contribution plus importante au dépassement écologique.
L'eau, nouvelle alerte du WWF
Cette année, l'ONG WWF France a aussi publié une étude sur notre consommation d'eau "invisible", c'est-à-dire que nous n'utilisons pas pour boire, cuisiner ou nous laver.
En France, les ressources en eau renouvelable diminuent progressivement sous l'effet du changement climatique. Entre les périodes 1990-2001 et 2002-2018, leur volume aurait baissé de 14 %, soit environ 33 milliards de mètres cubes. À l'horizon 2050, cette diminution pourrait encore atteindre entre 12 et 25 %.
"Un Français consomme en moyenne 500 litres d'eau par jour", rappelle le WWF. "Sur cette consommation d'eau, on peut agir assez facilement. Notamment au niveau de la viande", assure Jean Rousselot, responsable de programme au sein de l'ONG à franceinfo.
Pour illustrer concrètement l'empreinte en eau de notre alimentation, l'ONG prend l'exemple d'un barbecue estival typique. Au menu : une brochette de bœuf, une de poulet, une saucisse de Toulouse, accompagnées de ketchup, de mayonnaise, de chips, d'une salade composée et d'une baguette de pain. Un repas convivial, très courant en été, mais particulièrement gourmand en eau. Selon l'ONG, sa préparation nécessite environ 101 litres d'eau par personne, dont 97 litres sont liés à la production de viande.
Le WWF rappelle que plusieurs leviers existent pour réduire cette empreinte, notamment en limitant le gaspillage alimentaire, en consommant moins de viande mais de meilleure qualité, ou encore en faisant évoluer les pratiques agricoles afin de mieux retenir l'eau dans les sols.
Une alerte qui résonne avec la sécheresse en France
Le Jour du dépassement intervient alors que la France traverse une nouvelle période de fortes chaleurs et de sécheresse. Une grande majorité des départements sont désormais soumis à des restrictions d'eau, certaines zones étant placées au niveau de crise.
Dans plusieurs dizaines de communes, des coupures d'eau potable ont déjà été mises en œuvre afin de préserver les usages prioritaires. Les tensions concernent également le secteur agricole, fortement dépendant de l'irrigation, alors que les épisodes de sécheresse devraient devenir plus fréquents et plus longs sous l'effet du réchauffement climatique.
Cette situation illustre concrètement ce que traduit le Jour du dépassement : lorsque les ressources naturelles se raréfient, les arbitrages entre les différents usages deviennent plus difficiles et les conflits d'usage se multiplient.
Quels leviers pour inverser la tendance ?
Le Global Footprint Network identifie plusieurs axes d'action susceptibles de repousser progressivement cette date : réduire les émissions liées aux énergies fossiles, limiter le gaspillage alimentaire, développer des régimes alimentaires moins intensifs en ressources, accélérer la rénovation énergétique des bâtiments, renforcer les transports collectifs ou encore protéger les écosystèmes capables d'absorber naturellement le carbone.
Aucune de ces mesures ne permettrait, prise isolément, de faire disparaître le dépassement écologique. Leur combinaison pourrait toutefois ralentir l'épuisement des ressources et réduire la pression exercée sur les écosystèmes. Mais pour le moment selon le Global Footprint Network, aucune des stratégies nationales analysées ne répond de manière significative aux risques de dépassement.