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DOSSIER

Ecovillages : vivre ensemble en collectif

Réunion d'organisation de projets, à l'écovillage du Bel-Air, en centre Bretagne.
© Adèle Charrier

Dans l'essence des écovillages, le collectif s’apparente à une microsociété du partage, qui tend à s’éloigner de l’individualisme de notre société. La mutualisation des ressources et la gouvernance partagée sont caractéristiques de ces lieux de vie. ID fait le point.  

À l’aune du changement climatique, "pour obtenir une société résiliente, il est nécessaire, dans un premier temps, de construire une pensée collective et moins individualiste", explique Adam Béjaoui dans son essai Les communautés résilientes face aux changements climatiques : leçons et apprentissages des écovillages. Selon ce spécialiste des actions citoyennes, il est difficile d’être résilient seul en ce qui concerne des enjeux aussi importants.

"Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin"

La dimension collective englobe un large champ d’actions. "Elle ne se limite pas à l'organisation, il y a des enjeux d'intimité et d'émotions car ce sont des lieux de vie contrairement aux entreprises", explique Mathieu Labonne, directeur de la coopérative Oasis, qui assiste le développement d'écolieux collectifs nommés Oasis. D'après lui, la réussite d'un projet se résume à deux paramètres : une bonne gestion de projet (financier, juridique) et la prise en compte du facteur humain (gouvernance, gestion des relations humaines). Pour soutenir le collectif sur ces leviers, la coopérative utilise la grille de lecture des quatre quadrants de Ken Wilber.

La plupart des échecs dans les communautés viennent du facteur humain et il n’y a pas de formule magique dans la capacité à fédérer"

En plus d’être un vecteur de lien social, la vie en collectif libère du temps aux citoyens qui y vivent car les membres peuvent déléguer des tâches et s’échanger des missions. Par ailleurs, elle nécessite de la tolérance, de l'écoute et de l’empathie. Le terme argot PFH, "Putain de facteur humain", utilisé par l’astrophysicien Hubert Reeves, décrit "l’incapacité des humains à surpasser des difficultés dans la mise en place collective de solutions à un problème". C’est le cas de la prise de conscience citoyenne liée au changement climatique, mais c’est aussi un problème inhérent dans le vivre-ensemble des écovillages. Une affirmation appuyée par Lionel Montoliu, fondateur de l’ONG 0,6 planètes, à l’initiative de plusieurs sites expérimentaux d’écovillages à grande échelle. "La plupart des échecs dans les communautés viennent du facteur humain et il n’y a pas de formule magique dans la capacité à fédérer". 

Modifier notre rapport aux polarités en ayant des outils pour traverser les désaccords"

Comme dans toutes relations humaines, les conflits existent. L'enjeu, selon Mathieu Labonne est de "modifier notre rapport aux polarités en ayant des outils pour traverser les désaccords". C’est en suivant ces conseils qu’à la ferme légère, un écolieu collectif niché aux confins du Béarn, les habitants se regroupent lors de réunions “Emo” où les habitants échangent à cœur ouvert afin de gérer leurs émotions et les difficultés, en faisant appel à la communication non violente (CNV). "Les faiblesses de l’individu sont un peu les forces du collectif", admet Xavier, un des résidents.

Gouvernance partagée et Mutualisation

La collectivité s’organise autour du principe de gouvernance partagée. Les projets sont décidés collectivement entre tous les membres. “Dépasser les schémas du pouvoir hiérarchique implique une redistribution des pouvoirs et de la responsabilité”, indiquent Cristo Corbeau et Romane Rostoll, auteurs du livre Vivre en écolieux. Ainsi, dans le collectif multigénérationnel de l’écovillage de Pourgues en Ariège, un habitant possède une voix, peu importe son âge et le montant investi dans le projet. "A Pourgues, il n’y a pas de chef, chaque membre vote, y compris les enfants", appuie David Lerebours, membre du collectif.

Favoriser le partage de la charge mentale"

Plus au nord, au cœur du Morbihan, les écovillageois du Bel-Air se réunissent à l'occasion de deux réunions, sans régularité précise. La première permet de discuter de la logistique du lieu (projets, infrastructures, organisation des stages immersifs). Dans la deuxième, ils évoquent le vivre-ensemble en faisant appel à la "l’intelligence émotionnelle". Pour Pierre-Elie, adhérent à l’origine du projet, la gouvernance partagée “favorise le partage de la charge mentale”. La responsabilité et les finances du collectif sont engagées et personne ne porte, seul, le poids d’une lourde décision. 

La mise en commun de plusieurs pièces ou objets est caractéristique des écovillages. Du lave-linge aux véhicules motorisés, à la cuisine, la mutualisation favorise l’accès à certains biens, réduit leurs coûts (entretien, réparation) et diminue le rejet de GES. Si la frontière entre espace privé et mise en commun des ressources diffère selon les lieux, la mutualisation totale n’est pas viable et il est important de convenir ensemble d’un équilibre entre intimité et partage, d'après plusieurs témoignages.