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Social

Habitat participatif : "la possibilité de co-concevoir le logement en amont et réfléchir à sa gouvernance"

Des logements participatifs situés dans le village de Lens, au Pays-Bas.
©Ôfildesvoisins
Des logements participatifs situés dans le village de Lens, au Pays-Bas.
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Des logements participatifs situés dans le village de Lens, au Pays-Bas.
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Des logements participatifs situés dans le village de Lens, au Pays-Bas.
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Des logements participatifs situés dans le village de Lens, au Pays-Bas.
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Des logements participatifs situés dans le village de Lens, au Pays-Bas.
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Se loger coûte de plus en plus cher en France. Des villes comme Paris voient le prix au mètre carrée dépasser les 10.000 euros. Pour avoir accès à un logement décent mais également pour renouer une forme de lien social en milieu urbain, il existe l'habitat participatif. Rencontre avec Siham Laux, co-fondatrice et CEO de Ôfildesvoisins qui accompagne les projets d'habitat participatif. 

Qu'est-ce que l'habitat participatif ? 

Il peut y avoir plusieurs définitions de l'habitat participatif. Pour nous, c'est la possibilité pour les habitants de réfléchir ensemble à leur futur logement, ce qui signifie co-concevoir le logement en amont et réfléchir à sa gouvernance. En général, ces deux étapes sont distinctes, la première étant réalisée avant la construction même du logement tandis que la seconde se fait un peu plus tard, sur le long terme. 

En quoi consiste Ôfildesvoisins ? 

Ôfildesvoisins est une plateforme qui rassemble et accompagne des projets d'habitat participatif. Nous avons d'abord un rôle de création de groupes. La plupart du temps, ce n'est pas le type de projet dans lequel on se lance avec des amis, donc nous allons mettre en relation des personnes en fonction de leurs valeurs, de leurs projets de vie, pour faire en sorte que le groupe soit solide et puisse durer. Ensuite nous accompagnons également, avec l'aide des structures locales, la mise en place des projets. Notre travail c'est aussi de convaincre les promoteurs et les mairies que cela est tout à fait faisables. Nous sommes des "facilitateurs" en quelque sorte.

Pourquoi choisir l'habitat participatif plutôt qu'un autre type de logement ? 

La première motivation des personnes qui choisissent l'habitat participatif c'est de ne pas être isolé. Dans certains cas, ce sont des personnes qui vont être ou sont déjà retraités et qui ne veulent pas vieillir seules. Dans d'autres ce sont de jeunes parents divorcés qui veulent un nouveau logement sans être isolé. Il existe aussi une motivation financière. Bien que le prix au mètre carré ne change pas beaucoup par rapport à un logement classique, le fait de pouvoir mutualiser des espaces comme la chambre d'ami ou la buanderie permet d'acheter un logement moins cher par rapport à l'espace auquel on a accès. Enfin, il y a une dernière raison, qui est assez intéressante, c'est le désir de connaître ses voisins, de ne pas vouloir se retrouver dans un immeuble où l'on ne connait personne. Actuellement, on densifie les constructions dans les villes pour éviter l'étalement urbain, ce qui est plutôt positif mais qui conduit également à connaître de moins en moins ses voisins. Alors même que ce type de lien favorise l'entraide. 

Existe-t-il beaucoup de logements participatifs en France ? 

C'est compliqué de donner un chiffre exact puisque qu'il dépend de ce que l'on définit comme habitat participatif. Mais globalement cela représente moins de 1% des logements. C'est assez peu surtout quand on compare à des pays comme l'Allemagne, qui atteint déjà 50 %, ou les pays du nord de l'Europe qui comptent environ 10 % d'habitats participatifs. En France, on est un peu à la traîne à ce niveau. Mais même si ça ne représente pas une grosse part du marché aujourd'hui, nous avons constaté une tendance positive. De plus en plus de personnes, que nous appelons nos voisins, s'intéressent à ce type de projet. 

Le logement participatif est-il réservé aux propriétaires ? 

Il peut exister plusieurs statuts juridiques. La majorité des projets sont en propriété individuelle même si l'on partage avec ses voisins. C'est culturel et très français d'une certaine manière. Après il existe des projets et des demandes d'habitats participatifs en location. Il y a aussi la coopérative d'habitants, qui est nouvelle sans vraiment l'être, qui permet d'être dans de la propriété collective c'est-à-dire de posséder une part de coopérative. Chez Ôfildesvoisins, on commence à avoir des investisseurs qui veulent acheter en pensant à leur retraite mais qui ont envie de louer de façon un peu plus éthique, de s'investir dans un projet avec des valeurs un peu plus fortes. 

Quelles sont les valeurs de l'habitat participatif ? 

Il existe autant de chartes de valeurs que de groupes d'habitants. Dans chaque cas, on travaille vraiment sur le sujet tous ensemble. L'idée est de définir des valeurs qui ressemblent au groupe. Globalement, on retrouve le partage, ce qui paraît assez logique, mais le fait de partager avec ses voisins va au delà du simple usage commun d'un espace. Le fait de se rencontrer et la volonté d'aller vers l'autre sont des valeurs assez fortes dans ce type de projet. Il y a l'entraide également. En habitat participatif, on connaît ses voisins et donc forcément la solidarité est plus forte. C'est plus facile de demander et d'accepter de l'aide de quelqu'un quand on le connait. Je pense par exemple à des copropriétés où les personnes âgées ou retraitées surveillent ou gardent les enfants et en contrepartie les parents vont faire les courses pour eux s'ils ont du mal à se déplacer. Tout cela se fait très naturellement. On construit le modèle participatif dont on a envie selon si on a envie de manger ensemble tous les vendredi soirs ou pas, de partager le lave-linge ou pas, etc. 

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d'habitat participatif ? 

Il est possible de retrouver nos projets d'habitat participatif sur notre site Ôfildesvoisins ainsi que celui de la Coordin’action des Associations de l’Habitat Participatif qui gère un peu ces projets à l'échelle nationale. L'un d'entre eux, qui a été accompagné par une association locale, m'a vraiment marquée. C'est celui du MasCobado à Montpellier. Il est assez intéressant parce qu'il lie le côté propriété individuelle, location sociale et accès à la propriété via le Prêt Social Location Accession. Ils ont réussi à créer une mixité sociale en plus de la mixité générationnelle. C'est un projet magnifique, qui a d'ailleurs gagné un prix, l'architecture y est superbe. Il dénote clairement au milieu des autres logements plus traditionnels dans leur construction. C'est un endroit où l'on a envie d'habiter. Il ont également mis en place une certaine entraide qui est très intéressante.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab.