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DOSSIER CLIMAT

Eco-lieux : "une réponse aux enjeux écologiques" qui "crée du lien social"

Parmi les techniques écologiques de construction, on retrouve les maisons en paille.
©philipp (CC BY 2.0)

Grand émetteur de gaz de serre, le secteur du bâtiment fait face à des défis en matière d'efficacité énergétique et de sources d'énergie. Pour y remédier, des citoyens s'investissent dans des projets collectifs d'éco-lieux, sobres en énergie et construits avec des matériaux écologiques. Une manière aussi de recréer du lien social.

Depuis 2019, des maisons d'un genre nouveau sortent de terre, dans le petit village Pontgouin, en Eure-et-Loir. A un peu plus d'une centaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, au milieu des champs de la Beauce, un éco-hameau prend forme, petit à petit. Onze des 28 bâtiments, conçus pour être les plus écologiques possibles, sont déjà en place. Autour des espaces communs et des maisons individuelles, on retrouve des jardins collectifs cultivés en permaculture.

A l'origine du projet, initié en 2013 par des membres d'un centre spirituel voisin, Mathieu Labonne, passionné depuis longtemps par les éco-lieux. "J'ai visité de nombreux éco-villages, partout dans le monde, à la fin de mes études", raconte l'ancien ingénieur en climatologie au CNRS, passé par la direction du mouvement Colibris. Désormais président de la coopérative Oasis – elle vient en aide aux collectifs citoyens qui souhaitent créer de nouveaux lieux de vie écologiques et solidaires – il perçoit les lieux de vie comme une manière idéale de participer à l'action citoyenne locale et collective en faveur de la transition écologique.

Réduire l'empreinte carbone des bâtiments

Ce mode de vie, écologique, autonome et collectif, séduit de plus en plus dans l'Hexagone, même si cet engouement citoyen, encore minime, reste difficile à quantifier. En France, on recenserait plus de 1 000 éco-lieux, très variés par leurs tailles, leurs activités et leurs modes de gouvernance. La plupart des projets se partagent entre des lieux de vie, avec la construction de bâtiments écologiques ou la rénovation de propriétés existantes (des manoirs, des longères, etc.), et des tiers-lieux, tournés vers l'accueil du public et les activités économiques. Tous les éco-lieux ont en commun la promotion de la construction écologique et la sobriété énergétique, la souveraineté alimentaire, la présence d'espaces communs, l'ouverture sur l'extérieur et la gouvernance partagée.

Souvent méconnu par le grand public, le secteur du bâtiment est l'un des leviers majeurs pour réduire l'empreinte carbone des Français. Il représente 18,4 % des émissions de gaz à effet de serre, dont 58 % proviennent des logements ; le reste des commerces et des bureaux, selon un rapport du Haut conseil pour le climat. Pour les décarboner d'ici 2050, l'instance publique recommande d'agir sur l’efficacité énergétique du bâtiment [avec la rénovation énergétique, par exemple], sur les modes de chauffage et d'eau chaude, ainsi que sur le comportement individuel. L'un des enjeux est aussi d'adapter les bâtiments à des conditions météorologiques plus extrêmes [fortes chaleurs, inondations, tempêtes...]. Autre défi pour l'habitat : stopper l'artificialisation des sols, qui permettent de stocker du carbone et favorisent la biodiversité.

Face à ce constat, les éco-lieux représentent une alternative, certes limitée, mais riche en apprentissage. Selon une étude publiée en 2016 par le cabinet spécialisé dans le climat Carbone 4 et le mouvement Colibris, l'empreinte carbone moyenne d'un habitant d'Oasis se chiffre à 4,9 tonnes de CO2 par an, contre 10,1 tonnes de CO2 pour un Français moyen. Le choix de matériaux peu émissifs (bois, terre, paille, etc.) et locaux, les réductions de consommation d'énergie, via l'isolation et la conception architecturale bioclimatique, la mise en place d'énergie renouvelable, permettent de réduire le bilan carbone des bâtiments. Au Plessis, des espaces communs, pour un espace co-working ou pour des chambres d'amis communes à tous les habitants, permettent de diminuer la facture d'énergie. « En mutualisant, on réduit notre consommation", confirme Mathieu Labonne.

Favoriser le lien social et la solidarité

"Si ces projets sont vus comme une réponse aux enjeux écologiques, ils permettent aussi de recréer du lien social et une solidarité", insiste le fondateur et habitant de l'éco-hameau. "Quand nous sommes arrivés, l'intégration avec le village n'a pas été simple, avec les peurs qui existent sur les communautés", précise-t-il. Mais le lien s'est tissé progressivement avec les villageois. "Nous avons créé une épicerie associative et un projet de maraîchage biologique notamment. L'éco-hameau participe pleinement au développement économique du territoire ; les enfants repeuplent l'école. Et lors des dernières élections municipales, le maire a même demandé que deux habitants de l'éco-hameau soient sur sa liste."

Ces projets collectifs d'éco-lieux ne sont pas exempts de tout effort. "La dimension humaine est également risquée. Il faut être prêt à s'accorder sur les décisions." Le danger est donc bel et bien d'idéaliser la vie en collectivité, qui comporte "forcément des tensions". "Plus on est nombreux, plus c'est complexe." L'autre difficulté est d'ordre financière. L'accès à l'emprunt pour ces projets alternatifs peut s'avérer long et complexe. De plus en plus, les porteurs de projets font appel à l'épargne citoyenne et la coopérative Oasis peut leur fournir un accompagnement financier et juridique.

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