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climat

Alerte de l'ONU : les océans en passe de devenir nos pires ennemis

©Anna Morgan/Shutterstock

Les océans, sources de vie sur Terre, pourraient devenir nos pires ennemis à l'échelle mondiale si rien n'est fait pour donner un grand coup de frein aux émissions de gaz à effet de serre, selon les conclusions d'un rapport spécial de l'ONU qui sera dévoilé le 25 septembre à Monaco, obtenu en exclusivité par l'AFP. Le réchauffement climatique provoqué par les activités humaines va avoir des conséquences dramatiques sur les océans et la cryosphère, qui regroupe banquise, glaciers, calottes polaires et sols gelés en permanence.  

Les réserves de poissons pourraient décliner, les dégâts causés par les cyclones se multiplier et 280 millions de personnes seraient déplacées à cause de la hausse du niveau des mers, selon ce rapport spécial du GIEC, sur les océans et la cryosphère (banquise, glaciers, calottes polaires et sols gelés en permanence) - officiellement dévoilé le 25 septembre à Monaco. Ce document riche de 900 pages est le quatrième rapport spécial de l'ONU publié en moins d'un an. Les précédents, tout aussi alarmants, portaient sur l'objectif de limitation à 1,5 °C du réchauffement climatique, sur la biodiversité et sur la gestion des terres et du système alimentaire mondial.

Des populations déplacées

Selon ce quatrième opus, qui compile les données scientifiques existantes et est vu comme une référence, la hausse du niveau des océans pourrait à terme déplacer 280 millions de personnes dans le monde. Et ce dans l'hypothèse optimiste où le réchauffement climatique serait limité à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Avec l'augmentation prévisible de la fréquence des cyclones, de nombreuses mégapoles proches des côtes mais aussi de petites nations insulaires seraient frappées d'inondation chaque année à partir de 2050, même dans les scénarios optimistes. "Quand vous observez l'instabilité politique déclenchée par des migrations de faible ampleur, je tremble en pensant à un monde où des dizaines de millions de personnes devraient quitter leurs terres avalées par l'océan", s'inquiète Ben Strauss, président-directeur de Climate Central, un institut de recherches basé aux Etats-Unis.

Le permafrost menacé

Le rapport prévoit en outre que 30 % à 99 % du permafrost (couche du sol gelée en théorie toute l'année) fonde d'ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. Le permafrost de l'hémisphère Nord va libérer sous l'effet du dégel une "bombe carbone" faite de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4), accélérant le réchauffement. Des phénomènes, déjà en cours, pourraient aussi mener à une diminution continue des réserves de poissons, dont dépendent de nombreuses populations pour se nourrir. Les dommages causés par les inondations pourraient être multipliés par 100, voire jusqu'à 1000 d'ici 2100.

Fonte des glaciers

La fonte des glaciers provoquée par le réchauffement climatique va donner trop d'eau douce, puis trop peu, à des milliards de personnes qui en dépendent, pointe aussi un "résumé pour décideurs" provisoire qui sera discuté ligne par ligne par les représentants des pays membres du GIEC, réunis à Monaco à partir du 20 septembre. Selon le rapport, les hausses des niveaux de la mer au 22e siècle "pourraient dépasser plusieurs centimètres par an", soit environ cent fois plus qu'aujourd'hui. Si l'augmentation des températures est de 2°C en 2100, ce sera le début d'une "course en avant" dans la montée des mers, avertit Ben Strauss.

Les freins des grandes puissances mondiales

La publication de ce rapport arrivera après la tenue à New York le 23 septembre d'un sommet mondial pour le climat convoqué par le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Il veut obtenir des engagements plus forts des pays pour réduire leurs émissions de CO2 alors qu'au rythme actuel, elles conduiraient à un réchauffement climatique de 2 à 3°C d'ici la fin du siècle. Les experts craignent que la Chine, les États-Unis, l'Union européenne et l'Inde - les quatre principaux émetteurs de gaz à effet de serre -, arrivent avec des promesses qui ne soient pas à la hauteur des enjeux.

Ainsi, outre Atlantique, fait observer Michael Mann, directeur du Earth System Science Center à l'Université de Pennsylvanie, "les techno-optimistes pensent toujours qu'on peut trouver des moyens de résoudre ce problème", alors même que "les Etats-Unis ne sont pas prêts à affronter une augmentation d'un mètre du niveau de la mer d'ici 2100" pour certaines de leurs villes comme New York et Miami. Des quatre grandes régions économiques représentant près de 60 % des émissions issues des combustibles fossiles, aucune ne semble prête à annoncer des objectifs plus ambitieux pour réduire les émissions de leurs économies.

Donald Trump met à bas la politique climatique de son prédécesseur Barack Obama et souhaite que les États-Unis quittent l'Accord de Paris de 2015. Un accord qui vise à maintenir l'augmentation moyenne de température bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, et autant que possible à 1,5°C.

L'Inde est de son côté en train de développer rapidement l'énergie solaire mais continue d'accroître ses capacités charbonnières.

L'Union européenne tend vers un "objectif de neutralité" carbone à atteindre pour 2050 mais plusieurs États membres rechignent à s'engager. La Chine, qui émet presque autant de CO2 que les États-Unis, l'Union européenne et l'Inde combinés, envoie des signaux contradictoires.

"L'attention de Pékin s'éloigne progressivement des enjeux environnementaux et du changement climatique", déclare Li Shuo, analyste de Greenpeace International. Il l'explique par l'inquiétude suscitée par le ralentissement de l'économie chinoise et la guerre commerciale avec les États-Unis. Shanghai, Ningbo, Taizhou et une demi-douzaine de grandes villes côtières chinoises sont très vulnérables à la future élévation du niveau de la mer, qui devrait monter d'un mètre par rapport au niveau global de la fin du XXe siècle en cas de maintien des émissions de CO2.

Les principaux points du rapport à retenir

Océans : les océans ont absorbé environ un quart des émissions de gaz à effet de serre produits par les humains depuis les années 1980. Comme résultat, ils sont plus chauds, plus acides et moins salés.

Oxygène : la concentration d'oxygène dans les milieux marins a baissé de 2 % en 60 ans, et devrait perdre 3 ou 4 degrés supplémentaires si les émissions de CO2 restent au même niveau.

Chaleur marine : la fréquence, l'intensité et l'étendue des vagues de chaleur marines comme celles qui ont ravagé la Grande barrière de corail australienne ont augmenté. Les coraux, dont un demi-milliard de personnes dépendent pour leur nourriture et leur protection, ne devraient pas survivre à un réchauffement de surface de 2°C comparé aux niveaux préindustriels.

El Niño : un doublement des fréquences de phénomènes El Niño extrêmes - qui déclenchent des feux de forêt, provoquent des maladies et ont des effets sur les cyclones - est attendu si les émissions ne sont pas réduites.

Niveau des océans : le niveau des océans va croître durant les siècles à venir, quelles que soient les mesures prises. Comparé avec la fin du 20e siècle, le niveau des océans devrait augmenter de 43 centimètres environ (29-59 cm) d'ici 2100 si le réchauffement global est maintenu à 2°C. Il augmentera de 84 cm (61-110 cm) si les tendances actuelles se poursuivent, qui pourraient aboutir à un réchauffement global de 3°C ou 4°C. Au 22e siècle, le rythme d'élévation du niveau des mers pourraient s'accroître, de 3,6 millimètres par an aujourd'hui, à "plusieurs centimètres". Les dommages causés par les inondations pourraient augmenter de 100 à 1000 fois d'ici 2100.

Alimentation : les réserves alimentaires dans des eaux tropicales peu profondes pourraient décroître de 40 %, en raison du réchauffement et de l'acidification.

Adaptation aux inondations : la hausse du niveau des mers pourrait déplacer 280 millions de personnes, dans un scénario optimiste d'une hausse de 2°C de la température mondiale par rapport à l'ère pré-industrielle. Avec l'augmentation prévisible de la fréquence des cyclones, de nombreuses mégapoles côtières, mais aussi de petites nations insulaires, seraient frappées d'inondation chaque année à partir de 2050. L'élévation des mers forcera les régions côtières à prendre des mesures d'adaptation, les pays riches étant plus aptes à assurer une protection à leurs mégalopoles que les pays en développement, où les catégories les plus pauvres devraient se replier vers des terres plus en altitude, devenant des réfugiés du climat.

Zones humides : globalement, 20 % à 90 % des zones humides devraient être perdues d'ici 2100, en raison de l'élévation prévue du niveau des mers.

Calotte glacière : les calottes glaciaires en Antarctique et au Groenland ont perdu en moyenne 430 milliards de tonnes chaque année depuis 2006, devenant la principale source de la hausse du niveau des océans.

Glaciers : les quantités d'eau découlant de la fonte des glaciers vont atteindre un pic, puis vont décliner autour de 2100. À travers le monde, plus de deux milliards de personnes dépendent des glaciers pour leur eau potable. Les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale, dans le Caucase, l'Asie du Nord et la Scandinavie, devraient perdre plus de 80 % de leur volume d'ici 2100.

Permafrost : un tiers, voire jusqu'à 99 % du permafrost, cette couche de sol gelée en permanence, pourrait fondre d'ici 2100 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel, relâchant encore plus de gaz à effet de serre. Dans un scénario optimiste, la zone impactée pourrait être limitée.

Métaux lourds : le niveau de mercure et de substances toxiques dans l'eau potable devraient augmenter avec la fonte des glaciers et du permafrost, qui contiendraient près de 800 000 tonnes de mercure.

Neige : les montagnes devraient perdre une part importante de leur couverture neigeuse, avec des impacts importants sur l'agriculture, le tourisme et l'approvisionnement en énergie.

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Avec AFP.