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Entreprises

Label anti-gaspi : "Valoriser les bons élèves auprès des consommateurs"

Jean Moreau, Fondateur de Phenix.
©Phenix

Start-up française à impact, Phenix a participé à l’élaboration du label national anti-gaspillage alimentaire.

Proposant des solutions destinées aux professionnels comme aux particuliers pour réduire le gaspillage alimentaire, Phenix accompagne l’AFNOR dans la création d’un label national anti-gaspillage alimentaire. Jean Moreau, fondateur de la start-up française et co-président du Mouvement Impact France, revient pour ID sur les dessous de cette élaboration.

Vous avez développé deux offres sur le segment de la lutte contre le gaspillage alimentaire, en direction des professionnels et des particuliers, quel est le modèle économique de chacune à votre échelle ?

Actuellement, Phenix propose 5 solutions pour réduire le gaspillage alimentaire. Quatre sont des solutions BtoB, destinées uniquement aux professionnels de l’alimentaire, et la cinquième est l’application Phenix, pour le consommateur.

Nous sommes nés en avril 2014 en tant qu’intermédiaire du don avec une idée simple : connecter ceux qui ont trop avec ceux qui n’ont pas assez. Ceux qui ont trop, ce sont les professionnels de l’alimentaire, c’est-à-dire les producteurs, industriels, grossistes et retailers, qui ont des surplus, donc des invendus. Ceux qui n’ont pas assez, ce sont les associations d’aide alimentaire, qui sont à la recherche de dons en nature pour redistribuer des produits alimentaires aux plus démunis.

Au fil du temps, nous avons conservé cet ADN BtoB en développant trois autres solutions : technologie de détection des périmés en rayon, outil de stickage pour la vente des produits en dates courtes sur surface de vente dans des zones théâtralisées, et enfin un service de don pour l'alimentation animale. Puis, fin 2019, nous avons fait rentrer le consommateur dans la danse avec l’appli Phenix : elle fonctionne par géolocalisation et permet la revente des invendus aux consommateurs, sous forme de paniers surprises, à taux promotionnel allant de -50 à -70%.

D’un point de vue stratégique et opérationnel, il y a une complémentarité entre ces deux services ?

L’ensemble de ces services est complémentaire. Certains de nos clients sont ainsi équipés des 5 services que nous proposons, afin de revaloriser jusqu’à 90% de leurs invendus alimentaires. L'idée est de répartir les flux d'invendus de façon optimale : ce qui peut être donné aux associations, ce qui peut être vendu au consommateur, et ce qui peut être donné pour l'alimentation animale. Pour les invendus, nous appliquons au quotidien le triptyque suivant : sensibilisation, détection, valorisation. Cette approche globale nous a permis de sauver plus de 200 millions de repas de la poubelle depuis nos débuts. En 2023, nous gardons cet esprit pionnier et nous lançons dans une nouvelle aventure avec un sixième service : l’accompagnement vers le label national anti-gaspi.

Phenix a fortement participé à l'élaboration des points de contrôle, en faisant notamment partie des 6 référents choisis pour les groupes de travail sur le label.

Quelle a été votre implication dans la création du label national anti gaspi ?

Le label national anti-gaspillage alimentaire est prévu par la loi AGEC de février 2020 et ses dispositions ont été précisées par le décret n°2020-1651 du 22 décembre 2020. C’est l’AFNOR qui a piloté la construction de la grille d’audit pour le label, avec tous les acteurs de l’écosystème : professionnels de l’alimentaire, lobbys, associations d’aide alimentaire, start-up de l’anti-gaspi, organismes certificateurs, etc. avec l’appui du Ministère de la Transition Énergétique et des experts de l’Ademe.

La grille d’audit finale s’apparente à un cahier des charges, avec des points de contrôle que l’organisme certificateur agréé va venir vérifier lors de l’audit. Par exemple, il va contrôler que le point de vente pratique bien le don aux associations de manière régulière, et va lui attribuer des points pour cela. C’est la somme de tous les points obtenus lors du contrôle qui permet la délivrance ou non du label. 

Phenix a fortement participé à l'élaboration des points de contrôle, en faisant notamment partie des 6 référents choisis pour les groupes de travail sur le label. Nous avions la chance de ne pas partir de rien : dès septembre 2016, nous avons commencé à travailler en interne sur la notion de supermarché ZDA pour "Zéro Déchet Alimentaire". Nous avions construit notre propre grille d’évaluation, et c’est le Leclerc d’Argentan qui avait été le premier à être reconnu "ZDA" par Phenix. Cette nomenclature interne nous servait essentiellement à identifier les magasins "top performeurs" sur l’anti-gaspi, c'est-à-dire les meilleurs ambassadeurs de l’accompagnement Phenix. Le but était de pouvoir montrer aux sièges des grandes enseignes que nous avions, parmi leur parc de magasins, des points de vente partenaires très en avance sur les autres, et qui pouvaient être une source d’inspiration pour la diffusion des bonnes pratiques au sein des groupements de retailers.

Surtout, Phenix a pu s’appuyer sur sa connaissance des registres de casse de plus de 5 000 supermarchés français. Cette connaissance unique en France nous a permis d’aider les experts à fixer au plus juste les seuils de casse retenus pour l’obtention du label, en adoptant une méthode de mesure fiable pour chaque type de point de vente.

Cela va être une réelle avancée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Si l’on remet les choses dans la perspective du temps long, le législateur a d’abord eu une approche incitative, en 1988, lorsqu’il a instauré une incitation fiscale pour le don en nature à travers la loi Coluche. Cette approche a été confortée par la loi Aillagon sur le mécénat en août 2003. La logique était : si vous luttez contre le gaspillage en donnant vos invendus aux associations, vous serez récompensés. Il y avait donc une carotte, mais pas de bâton.

Après des mois de travaux, le label va donc sortir en février prochain. Mais le plus dur reste à faire !

Puis, en février 2016, une rupture a eu lieu avec la loi Garot : on a doublé la logique strictement incitative d’une logique punitive, avec des contrôles et des amendes pour les magasins qui ne joueraient pas le jeu. En parallèle, le coût des déchets, sur un principe de pollueur-payeur, a explosé, ce qui incite les professionnels de l’alimentaire à limiter leurs déchets, donc à valoriser leurs invendus.

Quatre ans plus tard, la loi AGEC a fait revenir la France dans une logique incitative, à travers l’annonce de la création d’un label national anti-gaspi. L’idée, c’est de valoriser les bons élèves auprès des consommateurs. Cela va donner envie aux enseignes de faire mieux sur l’anti-gaspi, c’est certain !

Après des mois de travaux, le label va donc sortir en février prochain. Mais le plus dur reste à faire ! Pour que ce label constitue une réelle avancée, il faut une première condition : qu’il soit connu et compris. Connu des décideurs dans les centrales d’achat, connu des directions RSE, des patrons de magasins, bref des acteurs qui peuvent s’en porter candidat. C’est la condition essentielle : il faut parler et faire parler du label.

La deuxième condition à la réussite du label, c’est de le rendre désirable. Pour que cela advienne, il faut que des enseignes se positionnent très vite en faveur de l’audit de leurs magasins. Il faut que des grandes enseignes se fixent des objectifs clairs et ambitieux sur l’obtention du label, et qu’elles le fassent savoir publiquement, afin que leurs concurrents en prennent la mesure. A cette condition, le niveau de désirabilité du label sera élevé, et tout le monde suivra. En effet, dans le retail, on le sait, les concurrents s’observent beaucoup. Si une enseigne se montre ambitieuse sur l’obtention du label, l’attention de tout l’écosystème sera porté sur l’acquisition du précieux sésame. La lutte anti-gaspi s’en trouvera renforcée, et tout le monde en sortira gagnant !

D’ailleurs vous lancez un service d’accompagnement pour les entreprises qui souhaitent obtenir ce label, en quoi cela va consister ?

C’est exact, Phenix est la première entreprise à proposer un service complet d’accompagnement pour permettre aux distributeurs d’obtenir le label, en mettant en place les bons process. L’objectif est d’accompagner les points de vente vers l’obtention du plus haut degré de labellisation, qui témoigne d’une gestion optimale des invendus. Cette obtention se fait à travers les organismes certificateurs agréés par le gouvernement, tels que Bureau Veritas, Afnor ou SGS, qui vont venir procéder aux audits, sur la base de la grille co-construite par tous les acteurs et validée par l'AFNOR, l'Ademe et le Ministère de la Transition Énergétique.

Nous voulons aider les retailers à établir un diagnostic terrain et administratif détaillé, à analyser finement leurs performances et enfin, sur la base de tout cela, à identifier des moyens simples et efficaces de les améliorer.

Pour être clair, Phenix n’est pas un organisme certificateur. Phenix propose un service pour aider les retailers à préparer l’audit afin de leur donner les meilleures chances d’obtenir le plus haut niveau de labellisation lorsqu'ils seront audités. Les points de vente étant de différentes tailles et réalisant des chiffres d’affaires différents, nous avons fait le choix de proposer deux offres d’accompagnement au label national anti-gaspi : une offre classique, peu onéreuse et moins pléthorique, et une offre premium, enrichie, pour un coût plus élevé. Concrètement, à travers ces deux offres d'accompagnement, nous voulons aider les retailers à établir un diagnostic terrain et administratif détaillé, à analyser finement leurs performances et enfin, sur la base de tout cela, à identifier des moyens simples et efficaces de les améliorer.

Avec cette offre, Phenix puise dans plus de huit années d'accompagnement des retailers sur l'anti-gaspillage pour offrir une offre de conseil adaptée, experte, basée sur les milliers de données collectées auprès de ses 16 000 clients.

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