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Entreprises

Les dernières tongs fabriquées en France se trouvent en Isère !

© Couleur Tong

Cela fait quarante ans qu’Eric Maydew fabrique des chaussures entre Drôme et Isère. Aujourd'hui son atelier est situé à Vinay, un petit village entre Valence et Grenoble. Zoom sur Couleur Tong, l'une des dernières marques à confectionner des tongs en France.

Depuis aussi longtemps que l’on s'en souvient, l’Homme a toujours eu des tongs aux pieds. Il y a cinq mille ans, il était le soulier de luxe des pharaons dans l’Égypte ancienne. Aujourd’hui encore, il s’en vendrait près de quatre millions chaque année en France. Dès l'apparition des beaux jours, les Français seraient 79% à en porter. 

Pour répondre à une demande croissante, les fabricants de tongs se sont au fur et à mesure délocalisés vers les pays asiatiques pour produire à moindre coût les chaussures phares de l’été. Parmi eux, un irréductible gaulois a souhaité conserver sa production 100% française. Rencontre avec Eric Maydew, fondateur de la marque Couleur Tong

Une offre à contre courant du symbole du tout-plastique 

Symbole de l’été et du farniente par excellence, la tong chausse les populations des quatre coins du monde. Caoutchouc, cuir ou tissu, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets, de quelques euros à près d’une centaine pour les modèles les plus sophistiqués. 

Le début de notre siècle marque l’avènement d’un concurrent industriel qui vient redistribuer toutes les cartes de la production : la Chine, où les chausseurs du monde entier viennent installer leurs usines et utiliser des matières polluantes pour diminuer les coûts de fabrication. Les tongs made in China certifiées 100% plastique inondent depuis les marchés de tous les continents, particulièrement dans les pays du Sud, où s'écoulent chaque année des centaines de millions de paires. En 2019, 60 000 tongs usées ont échoué sur un petit atoll des Seychelles, en raison de la convergence des courants marins. Il semble alors bien loin le temps de l’assemblage minutieux de lanières en fibres végétales ou en cuir animal. D'un objet artisanal, la tong est devenue un objet industriel à l'empreinte carbone et environnementale conséquente, du moins pour la grande majorité des modèles proposés. 

Couleur Tong fait de la résistance 

Il y en pourtant qui font de la résistance, à l’instar d’Éric Maydew. “Avant de lancer Couleur Tong, j’avais une première marque qui s’appelait BiShoes cédé en 2005 à un groupe international de sportswear”. Après le rachat, le groupe n’a pas souhaité poursuivre la fabrication en France. Ayant intégré la nouvelle structure en tant que salarié suite à la cession, Eric a dû suivre le mouvement et s’est retrouvé à produire en Asie, loin de sa fabrication locale qui garantissait pourtant réduction des transports, réactivité et flexibilité. “Lassé de ce système qui ne me satisfaisait pas, j’ai décidé après quelques années de créer une nouvelle marque avec comme impératif de réaliser 100% des opérations en France. Mon ancien chef d’atelier ainsi que l’ex-DAF du groupe acquéreur m’ont rejoint dans cette nouvelle aventure", se souvient Eric Maydew.

Et le pari a été gagnant : l’équipe de quatre passionnés (dont deux à la retraite) produisent à la main plus de 7 000 paires par an, à forte cadence puisque leur achat est saisonnier. En se concentrant sur ce mono-produit, ils ont pensé tout un process de fabrication et d’outillage qui leur permet de proposer deux gammes de tongs à un tarif compétitif : entre 39 et 49 euros pour une paire totalement en cuir ou bien en laine fournie par une coopérative de bergers du Gévaudan, tout proche.  “Suite à la demande de certains clients, nous avons tenté d’utiliser du cuir d’ananas, mais les fibres ne sont pas assez résistantes. La surface supérieure de ce type de cuir végétal reste un synthétique qui ne passait malheureusement pas notre contrôle qualité”, explique Eric Maydew.

Fabricant de tongs, métier d’avenir ? 

Au-delà de lutter contre la prolifération de plastique, et notamment dans les océans (la quantité déversée dans l’océan va tripler d’ici à 2040, pour atteindre 29 millions de tonnes par an selon le Pew Charitable Trusts), l’entreprise iséroise s’est donnée une véritable mission sociétale : celle de relancer l’industrie de la chaussure dans le paysage romanais. “Une des solutions pour avoir un véritable impact climatique, c’est tout simplement de produire plus localement tout en transmettant notre savoir-faire. Malheureusement, comme pour la plupart de mes collègues chausseurs qui sont restés en France, nous avons beaucoup de mal à recruter”, poursuit Eric Maydew. “Notre activité, c’est presque celle d’un métier d’art qui s’éteint peu à peu." 

Aujourd’hui, Eric Maydew et son équipe cherchent à se développer, notamment à l’international pour lisser leur activité à l’année. Pour ce faire et augmenter leur volume de production, ils sont en train d’investir une ancienne ganterie pour la transformer en un nouvel atelier qui sera opérationnel en septembre. Reste encore à résoudre le problème de la main d'œuvre : Éric Maydew travaille avec l'association Romans Cuir pour redonner envie aux jeunes de se lancer dans ce type de carrières, encore trop peu encouragées en France. Avec la Fédération Française de la Chaussure, ils réfléchissent aussi à créer de nouvelles formations pour attirer et former les chausseurs de demain. Une démarche qui fait écho avec les aspirations de plus en plus généralisées des jeunes actifs en perte de repères : on ne compte plus les démissions et reconversions professionnelles des cadres en quête de sens. Alors, prêts à fabriquer des tongs ? 

En partenariat avec Couleur Tong.