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Economie circulaire : la plateforme "Vente du diable" parie sur les produits reconditionnés

©Shutterstock/Andrey_Popov

La boutique en ligne "Vente du diable" place les produits high-tech reconditionnés au cœur de son offre. Interview. 

L'entreprise vente-du-diable.com propose à ses clients d'opter pour de la seconde main plutôt que de racheter du neuf : elle remet en état ou en condition en France des smartphones, des tablettes, des objets connectés, des produits audio et TV... ID s'est entretenu avec Ludovic Saint-Aroman, directeur de la communication, sur cet engagement durable. 

Depuis combien de temps proposez-vous du reconditionnement et quels sont les produits concernés ?

Nous en proposons depuis 2001 : la société s'appelait alors Pckado et avait été créée par deux associés toulousains. C'était essentiellement de l'informatique. En 2007 on a lancé "Vente du diable", au moment où les premiers sites de ventes privées voyaient le jour. Il s'agissait exclusivement d'un site de ventes privées : on a élargi la gamme ensuite avec l'arrivée des smartphones. Depuis 2007, l'entreprise a évolué, nous avons ouvert les ventes au grand public et récemment nous avons également lancé des boutiques 7j/7 dans lesquelles nous proposons une grande variété de produits high-tech. Les grands marchés sur lesquels nous travaillons sont le smartphone, la tablette, l'informatique, les objets connectés et tout ce qui est audio, télévision et son. Nous avons une partie électroménager aussi. Enfin, nous proposons également un peu d'invendus, les produits reconditionnés représentent la majorité de notre offre.

En 2001, le reconditionnement n'en était qu'à ses débuts : aujourd'hui, sentez-vous ce marché prendre de plus en plus d'ampleur ?

Très clairement, sur le grand public, cela ne fait que deux ou trois ans que le terme de "reconditionnement" est connu et qu'il se développe. Initialement, on a parlé pendant très longtemps de produits d'occasion. D'autres entreprises proposent aussi actuellement du reconditionnement, mais de différentes manières. Ce qui émerge beaucoup ces dernières années en ligne, ce sont les market places, dont Amazon, Cdiscount et Back Market. Ce qui nous différencie concrètement c'est que la place de marché met en relation un acheteur et un marchand qui a un produit qui peut répondre à sa demande. Nous sommes pour notre part propriétaires d'usines de traitement des produits. Et également de nos stocks : nous les faisons venir dans nos usines en France, nous les auditons, nous les réparons, nous les nettoyons et nous les vendons à nos clients. 

D'où viennent ces produits ?

Ils sont achetés à travers le monde, on a des gros volumes de la part de marchés comme les États-Unis. On est ensuite capables de les adapter au marché français, par exemple en transformant un clavier Qwerty en clavier Azerty. On maîtrise la chaîne de bout en bout. 

A l'heure où environ 30 millions de smartphones dorment dans nos tiroirs en France, est-ce qu'un particulier peut vous remettre le sien ? Pourquoi les gardons-nous alors que nous ne les utilisons plus ?

Aujourd'hui, ce n'est pas possible, il pourra le ramener chez son opérateur, mais nous travaillons là-dessus. Il y a plusieurs problématiques à ce niveau : l'utilisateur a tendance à garder son téléphone parce qu'il ne sait pas où le donner, ou parce que les prix de rachat ne sont pas suffisamment attractifs. Et puis parce qu'il a des données qu'il ne sait pas forcément supprimer. Il fait dormir peut-être 60, 100, 200 euros dans son tiroir qui pourraient lui permettre d'acheter une partie de son nouvel équipement. A ce niveau, ce que l'on veut, c'est fonctionner en circuit court. C'est-à-dire qu'un utilisateur en France va venir nous voir, nous vendre son produit et racheter un produit que nous avons reconditionné en France. Nous allons récupérer son produit, le reconditionner en France et le revendre en France. Cela évite aussi que les consommateurs se retrouvent avec des produits reconditionnés non conformes ou avec des risques de sécurité. Et nous sommes convaincus de cette démarche d'économie circulaire qui limite les émissions de CO2 et que nous pratiquons maintenant depuis 17 ans. 

Vous allez proposer une nouvelle offre en ce sens, pour pouvoir collecter directement les produits des consommateurs ?

Oui, nous proposerons un "buy back" avant la fin de l'année et nous voulons bien le maîtriser, dans une démarche qui soit structurante pour le marché et qui apporte une vraie solution. Nous commençons actuellement à prendre la parole sur une partie pédagogique pour expliquer aux gens pourquoi le marché du reconditionné est intéressant pour eux.

Quels sont vos arguments ? 

Le fait d'acheter et de commercialiser des produits reconditionnés a un véritable impact écologique : une société du groupe a réalisé une étude validée par Carbone 4 (ndlr : cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie carbone) indiquant que lorsque l'on prend un i-Phone en reconditionné plutôt que neuf, il y a une économie d'équivalence de CO2 de l'ordre de 90 %. Et vous évitez d'épuiser à nouveau certaines ressources. 

Les consommateurs sont-ils selon vous davantage sensibles à l'économie circulaire ces dernières années ?

Oui, pendant des années, les gens venaient chez nous pour chercher un prix. Aujourd'hui, ils sont sensibles à la démarche de l'achat du reconditionné, ils comprennent ce que c'est. Nous le sentons dans les commentaires et dans les questions. Il y a encore beaucoup de choses à leur expliquer, ce que nous essayons de faire en prenant la parole sur le blog de Vente du diable. Il y a encore des craintes au niveau des garanties, de l'esthétique du produit, nous avons d'ailleurs un système de notation à ce niveau. Mais là où hier il fallait informer 90 % de nos clients, aujourd'hui la tendance s'inverse. Pour une grande partie d'entre eux, ces questions ne se posent plus.