En France, la voiture continue d'occuper une place centrale dans les déplacements du quotidien. Selon l'Insee, 60 % des trajets domicile-travail de moins de cinq kilomètres sont encore effectués par cet intermédiaire. Mais derrière cette moyenne nationale, les réalités varient fortement selon les territoires. Dans son dossier "Déployer des solutions de mobilité alternative en zone rurale", l'ADEME rappelle ainsi que les habitants des zones rurales et périurbaines sont souvent "contraints d'utiliser leur voiture au quotidien".
Face à ce constat, de nouvelles initiatives émergent dans plusieurs territoires. Leur point commun : tenter de répondre à des besoins de mobilité très concrets tout en s'appuyant davantage sur des logiques de partage et de coopération.
Le covoiturage du quotidien change d'échelle
Longtemps associé aux départs en vacances ou aux trajets occasionnels, le covoiturage s'invite progressivement dans les déplacements du quotidien. Dans ses travaux consacrés à la question, l'ADEME présente ces modes partagés comme des leviers permettant d'optimiser les déplacements sur les territoires tout en limitant le nombre de véhicules en circulation.
Dans l'est lyonnais, la Métropole de Lyon et la Communauté d'Agglomération Porte de l'Isère ont déployé les lignes Lane avec l'opérateur Ecov. Le dispositif fonctionne sur un modèle proche de celui d'un transport collectif : les passagers se rendent à un arrêt dédié, indiquent leur destination via une application ou un SMS, puis sont pris en charge par un conducteur effectuant le même trajet. Afin de garantir la continuité du service, un taxi ou un VTC, c’est-à-dire une voiture de transport avec chauffeur, conduite par un professionnel, peut prendre le relais lorsqu'aucun conducteur n'est disponible.
La solution semble progressivement trouver son public. Selon Ecov, plus de 30 000 covoiturages ont été réalisés sur ces lignes en 2023, avec un temps d'attente moyen inférieur à quatre minutes. D'après une enquête menée par l'opérateur en 2022, 70 % des usagers interrogés étaient auparavant des automobilistes roulant seuls.
Au-delà des infrastructures et des outils numériques, le développement du covoiturage du quotidien repose aussi sur un travail de sensibilisation et d'animation mené au plus près des territoires. En Bretagne, l'association Ehop, partenaire de l'ADEME, accompagne ainsi les collectivités dans le déploiement de ces pratiques. Elle met notamment à leur disposition des ressources dédiées, mène des actions de sensibilisation et anime un réseau d'acteurs engagés dans le développement du covoiturage.
Partager les déplacements ne se limite pas à une voiture
Les réponses aux besoins de mobilité ne se limitent toutefois pas au partage de trajets. Dans son guide "Mobilités actives : créez un environnement favorable", l'ADEME rappelle que 40 % des déplacements quotidiens font moins de trois kilomètres. L'agence met en avant la marche et le vélo comme des solutions adaptées à ces courtes distances.
Un exemple particulièrement abouti se trouve aujourd’hui dans l’Agglomération Seine-Eure, en Normandie. Après une première expérimentation lancée à Louviers en 2017, le territoire a progressivement déployé le S’Cool Bus®, un service de ramassage scolaire assuré par un vélobus à assistance électrique. Le véhicule actuel, conçu par l’entreprise française Humbird et construit en bois des Landes, peut transporter huit enfants et un conducteur. Ce dernier récupère les élèves devant leur domicile et les accompagne jusqu’à l’école, tandis que les enfants participent au déplacement en pédalant. Après une interruption liée à l’homologation des premiers véhicules, le service a été relancé en 2023 et intégré au réseau de mobilité SEMO, exploité par Transdev
Repenser l'accès aux services du quotidien
Certaines collectivités cherchent également à réduire le besoin même de se déplacer en rapprochant certains services des habitants. Un enjeu particulièrement important pour les personnes âgées, celles qui ne disposent pas du permis ou d’un véhicule, ou plus largement les publics pour lesquels la mobilité constitue un frein à l’accès aux services. Dans cette perspective, penser des territoires plus inclusifs suppose aussi de permettre à chacun d’accéder aux ressources du quotidien sans dépendre systématiquement de la voiture.
Dans plusieurs départements, des bus France Services itinérants permettent ainsi d'effectuer des démarches administratives au plus près des lieux de vie, notamment dans les territoires ruraux. La même logique se retrouve dans le développement de commerces ambulants ou de marchés itinérants, qui apportent ponctuellement services et produits dans des communes éloignées des centres urbains. Il ne s’agit alors plus seulement de faciliter les déplacements, mais aussi de rapprocher les services de ceux qui rencontrent le plus de difficultés à se déplacer.
D'autres initiatives reposent sur un principe différent : regrouper plusieurs services au sein d'un même lieu. À Guéret, dans la Creuse, la Quincaillerie Numérique rassemble par exemple des espaces de coworking, un fablab, des formations au numérique et différentes activités ouvertes aux habitants. En concentrant plusieurs fonctions dans un même espace, ce type de lieu contribue lui aussi à faciliter l'accès à certains services du quotidien.
Une autre manière d'organiser les territoires
Au fil de ces initiatives apparaît une même préoccupation : répondre à des besoins récurrents en tenant compte des réalités propres à chaque territoire.
Cette réflexion dépasse d'ailleurs le seul champ des mobilités. Dans son rapport "Transition(s) 2050 : choisir maintenant, agir pour le climat", l'ADEME explore plusieurs trajectoires compatibles avec la neutralité carbone. Le scénario "Coopérations territoriales" repose notamment sur le développement de services de proximité, de formes d'économie du partage et d'une coopération renforcée entre habitants, associations, entreprises et collectivités.
L'ADEME y décrit une société où les territoires jouent un rôle accru dans la réponse aux besoins du quotidien. Cette trajectoire s'accompagne notamment d'une "mobilité maîtrisée", avec une réduction de 17 % des kilomètres parcourus par personne par rapport à aujourd'hui et une part des déplacements à pied ou à vélo qui approche la moitié des trajets réalisés, contre un quart aujourd’hui. Le scénario accorde également une place importante au développement des marchés locaux, à la coopération entre territoires, à une gouvernance davantage partagée et à la reconquête démographique des villes moyennes.
Retrouvez le dossier complet : Le quotidien en commun : comment les initiatives collectives transforment nos territoires
Plus largement, l'ADEME souligne que ces évolutions reposent sur des "conditions collectives" : des infrastructures adaptées, l'engagement des différents acteurs de la société et l'émergence de nouveaux modes d'organisation à l'échelle locale.
Autant de pistes qui invitent à regarder la mobilité non seulement comme une question de transport, mais aussi comme un sujet d'organisation territoriale et de services du quotidien.

En partenariat avec l’ADEME