Partout en France, des collectivités et des habitants expérimentent des formes de partage et de mutualisation des lieux du quotidien. Au-delà d’une meilleure utilisation des espaces existants, ces initiatives interrogent notre rapport au voisinage, à la proximité et au "faire ensemble".
Longtemps, les espaces du quotidien ont été conçus pour répondre à une fonction précise. Une école accueille les élèves, une salle municipale héberge une activité spécifique, un équipement public ferme ses portes une fois son usage terminé. Cette spécialisation progressive des lieux a accompagné l’organisation des villes et des services publics au cours du XXe siècle.
Aujourd’hui, certaines collectivités, associations et groupes d’habitants explorent d’autres façons d’utiliser ces espaces. Cours d’école ouvertes en dehors du temps scolaire, bâtiments vacants réinvestis temporairement, ateliers partagés ou équipements mutualisés : autant d’initiatives qui témoignent d’une évolution des usages et des modes de vie.
Au-delà de l’aménagement des territoires, ces expériences traduisent aussi une attention croissante portée à la coopération locale, à la proximité et au partage des ressources. Une évolution qui fait écho aux réflexions menées par l’ADEME sur les modes de vie sobres et les trajectoires de transition à l’horizon 2050.
Des lieux du quotidien réinventés collectivement
Parmi les exemples les plus visibles figurent les cours d’école ouvertes aux habitants en dehors du temps scolaire. À Paris, le programme des "cours oasis" transforme progressivement certaines écoles en espaces plus végétalisés et mieux adaptés aux épisodes de chaleur. Plusieurs d’entre elles sont accessibles au public en dehors des heures de classe, offrant aux riverains de nouveaux lieux de rencontre et de fraîcheur en ville.
D’autres collectivités misent sur la polyvalence de leurs équipements. À Rennes, la ville a par exemple engagé une démarche de "chronotopie" dans ses 89 écoles publiques : il s’agit d’observer les différents temps d’occupation des bâtiments afin d’en ouvrir certains espaces à d’autres usages en dehors des heures de classe. Des associations jeunesse peuvent ainsi investir des locaux déjà existants, plutôt que de construire de nouveaux équipements. Lauréate des Trophées de la sobriété foncière et immobilière de l’ADEME, cette démarche doit permettre à la collectivité d’éviter environ 800 000 euros de travaux.
À une autre échelle, cette logique de polyvalence se retrouve aussi dans des communes rurales. Une même salle municipale peut accueillir successivement des activités sportives, des permanences administratives, des ateliers associatifs ou des événements culturels. À l’heure où certains services publics se raréfient, cette mutualisation permet de maintenir une vie locale dynamique tout en optimisant les équipements existants. Dans certains cas, plusieurs usages sont regroupés au sein de tiers-lieux ou d’espaces France Services, afin de concentrer différents services dans un même bâtiment
Les bâtiments vacants constituent également un terrain d’expérimentation. À Paris, le projet des Grands Voisins a transformé pendant plusieurs années l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul en un lieu temporaire accueillant associations, artistes, structures de l’économie sociale et solidaire et activités culturelles. À Bordeaux, l’écosystème Darwin a réinvesti une ancienne caserne pour en faire un espace hybride mêlant entreprises, restauration, culture et initiatives associatives.
Dans plusieurs autres villes, des dispositifs accompagnés par des opérateurs comme Plateau Urbain permettent également d’ouvrir temporairement des immeubles ou des friches à des usages variés, avant leur reconversion définitive.
Ces occupations transitoires permettent d’éviter la vacance des bâtiments tout en testant de nouveaux usages, en associant parfois habitants, associations et acteurs locaux à la vie de ces lieux en transformation.
Le partage devient progressivement un usage du quotidien
Le partage concerne aussi les objets et les équipements. Les Repair Cafés, présents dans de nombreuses villes françaises, proposent aux habitants de réparer ensemble des appareils électroménagers, des vélos ou des objets du quotidien plutôt que de les remplacer. Au-delà de la réduction des déchets, ces ateliers favorisent la transmission de savoir-faire et les échanges entre générations.
Les ressourceries et recycleries connaissent elles aussi un développement important. Elles collectent, réparent et revendent des objets afin de prolonger leur durée de vie. Dans certains territoires, elles deviennent également des lieux de rencontre, d’apprentissage ou d’insertion professionnelle.
D’autres initiatives reposent sur la mutualisation d’outils et d’équipements. Les outillothèques, parfois comparées à des bibliothèques d’objets, permettent par exemple d’emprunter une perceuse ou du matériel de bricolage pour un usage ponctuel. Une manière de limiter les achats individuels pour des objets rarement utilisés.
Les jardins partagés illustrent également cette évolution. En cultivant collectivement un espace commun, les habitants créent des occasions d’échange et développent de nouvelles formes de coopération à l’échelle du quartier.

Bien plus qu’un sujet d’aménagement : une autre façon de vivre ensemble
Ces initiatives dépassent largement la seule question de l’urbanisme ou de l’optimisation des équipements. Elles interrogent aussi la manière dont les habitants vivent leur quartier, leur commune ou leur territoire.
Partager un espace, réparer ensemble un objet ou cultiver un jardin collectif crée des occasions de rencontre qui n’existent pas toujours dans la vie quotidienne. Dans un contexte où l’isolement social progresse, ces lieux peuvent devenir des espaces de convivialité et d’entraide.
Les travaux de l’ADEME sur les modes de vie sobres rappellent que la transition écologique ne repose pas uniquement sur des solutions techniques. Elle implique également une évolution des représentations sociales, des pratiques quotidiennes et des formes de coopération.
Réinvestir ensemble des espaces du quotidien peut ainsi contribuer à rendre les transformations plus concrètes. Car la transition ne se joue pas seulement dans les infrastructures ou les technologies : elle s’incarne aussi dans les lieux où l’on se rencontre, échange et agit collectivement.
Vers une nouvelle norme autour du partage des espaces ?
Certaines pratiques collectives gagnent aujourd’hui en visibilité. Mutualiser des équipements, partager des lieux ou ouvrir davantage certains espaces publics apparaît progressivement comme une réponse à plusieurs enjeux environnementaux, sociaux et économiques. Il ne s’agit pas nécessairement de pratiques inédites : l’entraide, la réparation et la mise en commun ont longtemps fait partie de la vie des familles et des villages, avant de se réinventer dans des contextes et des modes de vie différents.
Les scénarios Transition(s) 2050 de l’ADEME mettent en avant l’importance des coopérations territoriales et des usages plus sobres des ressources. Dans cette perspective, le partage des espaces constitue l’une des manières possibles de mieux utiliser l’existant et de recréer localement des formes de coopération.
Retrouvez le dossier complet : Le quotidien en commun : comment les initiatives collectives transforment nos territoires
Ces initiatives restent diverses et inégalement développées selon les territoires. Elles montrent néanmoins qu’il est possible de redonner plusieurs usages à un même lieu, de mutualiser certaines ressources et de créer de nouvelles occasions de faire ensemble. Une manière, parmi d’autres, de réinventer le quotidien à l’échelle locale.
Comment participer à des espaces partagés près de chez soi ?
Le partage des lieux du quotidien ne dépend pas uniquement des collectivités. Chacun peut y participer à son échelle, en rejoignant ou en contribuant à des initiatives locales.
Concrètement, cela peut passer par :
- Repérer les lieux ouverts près de chez soi :
Maisons de quartier, tiers-lieu, médiathèques, espaces associatifs ou équipements municipaux proposent souvent des activités ouvertes aux habitants.
- Participer ponctuellement sans engagement :
Venir à un atelier, une réunion de quartier ou une activité collective pour découvrir les lieux et les dynamiques locales.
- Donner un peu de temps au collectif :
Aider à l’accueil, participer à l’organisation d’événements ou animer ponctuellement des activités.
- S’impliquer dans la vie d’un lieu existant :
Rejoindre une association locale ou contribuer au fonctionnement d’un espace partagé déjà en place.
Proposer de nouveaux usages pour des espaces existants :
Dans certaines communes, les habitants peuvent contribuer à transformer ou réactiver des lieux peu utilisés, en lien avec la collectivité.

En partenariat avec l'ADEME