Aujourd'hui, l’énergie est surtout perçue comme une affaire d’infrastructures, de grands réseaux et d’opérateurs spécialisés. Une réalité héritée du XXe siècle, marqué par la centralisation progressive de la production et de la distribution. Pourtant, avant l’essor des grands systèmes énergétiques, se chauffer ou produire de l’énergie relevait avant tout de ressources locales et d’une certaine autonomie. Une pratique qui semble trouver un nouvel écho : partout en France, des habitants, des collectivités et des acteurs locaux s’organisent pour produire une partie de leur énergie renouvelable.
Une crise qui change le regard sur l’énergie
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte particulier. La crise énergétique récente et les tensions géopolitiques ont rappelé la forte dépendance de la France aux ressources fossiles importées. Selon le SDES, en 2024, la production nationale primaire représentait 61 % de l’approvisionnement énergétique du pays, mais la France importait encore la quasi-totalité de ses énergies fossiles.
Dans ce contexte, les projets d’énergie citoyenne ne répondent pas seulement à un enjeu climatique. Ils traduisent aussi une volonté de reprendre la main sur un sujet longtemps considéré comme lointain ou trop technique. Produire localement, investir collectivement, mieux comprendre sa consommation : autant de manières de rendre l’énergie plus concrète et, parfois, plus démocratique.
Des projets citoyens de plus en plus divers
Ces initiatives ne sont pas apparues du jour au lendemain. En France, les premières dynamiques structurées remontent aux années 2000, avec des projets pionniers dans l’éolien ou le solaire citoyen. Depuis, les formes se sont diversifiées : centrales photovoltaïques sur des toitures publiques ou privées, parcs éoliens citoyens, méthanisation, bois-énergie, hydroélectricité ou autoconsommation collective.
Leur point commun tient moins à la technologie utilisée qu’à la manière de faire. Un projet citoyen associe les habitants, les collectivités et les acteurs locaux à son financement, mais aussi à sa gouvernance. Il ne s’agit donc pas uniquement de produire des kilowattheures renouvelables : il s’agit aussi de décider collectivement où, comment et au bénéfice de qui cette énergie est produite.
Investir, mais aussi décider
À la différence d’un simple financement participatif, l’énergie citoyenne repose sur une implication plus large. Les habitants peuvent prendre des parts dans une société locale, rejoindre un collectif déjà constitué, contribuer à la définition du projet ou participer aux décisions une fois l’installation mise en service. Des structures comme Énergie Partagée accompagnent ces démarches, en lien avec des réseaux régionaux, des collectivités et des partenaires publics.
Cette dimension locale a aussi des effets économiques. Selon l'ADEME, pour 1 euro investi dans un projet citoyen de production d’énergie renouvelable, 2,5 euros profitent au territoire, via la fiscalité, les loyers, les prestations locales, les salaires ou les revenus de l’investissement. Le projet devient alors un outil de développement local, capable de mobiliser des entreprises et de créer des compétences et de la valeur.
Des circuits courts énergétiques à inventer
Reprendre la main sur l’énergie suppose aussi de mieux comprendre ce que l’on consomme. L’autoconsommation collective illustre cette évolution. Le principe est simple : une production locale d’électricité, souvent solaire, est partagée entre plusieurs consommateurs situés à proximité. L’électricité circule toujours par le réseau public, mais elle est répartie entre les participants selon des règles définies par une personne morale organisatrice.
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Ce fonctionnement fait émerger une forme de "circuit court énergétique". Il ne signifie pas vivre hors réseau, ni atteindre l’autonomie complète. Il permet plutôt de relier plus directement une production visible (un toit d’école, une halle, un parking équipé d’ombrières...) à des usages du quotidien. Cette visibilité change le rapport à l’énergie : on ne parle plus seulement de kilowattheures sur une facture, mais d’un équipement situé dans le quartier, d’une production et d’un usage variables selon la météo et les moments de la journée.
Malaunay, laboratoire d’une transition locale
Certaines communes ont fait de cette logique un véritable projet de territoire. À Malaunay, en Seine-Maritime, la transition énergétique s’est construite depuis les années 2000 autour d’équipements solaires sur le patrimoine municipal, d’actions d’autoconsommation, de maîtrise de l’énergie et de participation des habitants. L’exemple montre qu’une politique énergétique locale ne repose pas seulement sur des infrastructures : elle engage aussi des bâtiments publics, des associations, des habitants et des élus dans une trajectoire commune.
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Une approche d’autant plus importante que les usages électriques se multiplient : mobilité, pompes à chaleur, électrification de certains procédés. Dans un avis publié en janvier 2025, l’ADEME rappelle que la flexibilité électrique, autrement dit la capacité à déplacer certaines consommations ou productions dans le temps, est un levier essentiel de la transition énergétique. Elle ne remplace pas la sobriété et l’efficacité, mais invite à "consommer mieux", par exemple lorsque la production renouvelable est abondante.
Vers une énergie plus collective
C’est également ce que montrent les scénarios Transition(s) 2050 de l’ADEME : atteindre la neutralité carbone ne dépend pas uniquement de la technologie. Les trajectoires étudiées reposent aussi sur des choix de société, des coopérations territoriales, une évolution des pratiques et une implication plus forte des citoyens.
Encore minoritaire, l’énergie citoyenne esquisse ainsi une autre manière de produire et de consommer : plus locale, plus collective, plus lisible. Elle ne remplace pas les grands réseaux, indispensables à l’équilibre du système énergétique. Mais elle transforme le rapport des habitants à l’énergie, en faisant d’eux non plus seulement des consommateurs, mais aussi des acteurs de leur territoire.
Comment participer à un projet citoyen ?
Investir dans un projet citoyen d’énergie renouvelable ne consiste pas seulement à soutenir financièrement une installation solaire, éolienne ou de méthanisation. Dans ces projets à gouvernance locale, les citoyens et les collectivités peuvent aussi participer aux décisions : choix du site, montage du projet, modèle économique, retombées pour le territoire.
Plusieurs possibilités existent : lancer une dynamique locale avec d’autres habitants, rejoindre un collectif déjà constitué, prendre des parts dans une société locale ou investir via l’outil national Énergie Partagée Investissement. Dans de nombreuses régions, des réseaux d’animation accompagnent les porteurs de projet et orientent les particuliers vers les initiatives déjà en place près de chez eux.
Selon l’ADEME, ces projets permettent à la fois de soutenir le développement des énergies renouvelables, de mieux comprendre les enjeux liés à la production d’énergie et de renforcer les liens entre habitants autour d’un projet commun.
Pour en savoir plus : https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/mieux-consommer/finance-durable/investir-projets-citoyens

En partenariat avec l'ADEME