Longtemps laissée dans l’ombre des politiques publiques, la mobilité des enfants s’impose aujourd’hui comme un enjeu central, notamment pour préserver leur santé en diminuant leur sédentarité et les émissions de polluants liés aux déplacements en voiture. Comment les plus jeunes se déplacent-ils au quotidien ? Quels modes de transport utilisent-ils le plus souvent ? Et que révèlent leurs pratiques sur notre société ? Autant de questions auxquelles l’ADEME répond pour la première fois à travers une étude inédite, publiée en septembre 2025 et intitulée "Les pratiques de mobilité des enfants de la maternelle au lycée en France".
Contrairement aux adultes, dont les habitudes de déplacement sont bien documentées, celles des enfants et adolescents restaient plus méconnues. Cette étude permet désormais de mieux comprendre les liens entre mobilité, santé, éducation, environnement et inégalités sociales.
Santé, climat et équité : des urgences qui prennent forme
Sur le plan sanitaire, l’inactivité physique des jeunes progresse, avec des conséquences inquiétantes à long terme. Selon les données 2024 de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS), 37 % des enfants de 6 à 10 ans n’atteignent pas les recommandations en matière d’activité physique. Cette proportion grimpe à 73 % chez les 10-15 ans, puis à 72 % chez les 15-18 ans.
Une tendance qui s’inscrit dans un quotidien largement structuré par les écrans : d’après un rapport publié en septembre 2025 par Santé publique France, la "quasi-totalité des enfants de 3 à 11 ans" y est exposée, avec un temps moyen qui passe de 1h22 par jour chez les 3-5 ans à 2h33 chez les 9-11 ans, et qui double pendant les jours sans école.
Mais l’activité physique ne se limite pas à des bénéfices pour la santé. Dans un rapport publié en 2022, le Conseil scientifique de l’Éducation nationale souligne qu’un niveau d’activité plus élevé est associé à de meilleures capacités cognitives, notamment en matière d’attention, de mémoire et de fonctions exécutives.
Entre mobilité active et dépendance à la voiture
Face à cette sédentarité croissante des jeunes, les modes de déplacement peuvent jouer un rôle clé pour augmenter leur activité physique. La marche reste une habitude assez répandue et bénéfique : 45 % des enfants l’adoptent tous les jours ou presque, contribuant ainsi à leur activité physique quotidienne. Mais ce constat positif contraste avec l’usage massif de la voiture : un tiers des enfants sont conduits en voiture par leurs parents, y compris pour des trajets très courts.
L’usage important de la voiture même pour de petits trajets participe à la pollution de l’air, à augmenter les émissions de gaz à effet de serre responsable du changement climatique.
Au final, les enfants payent cher ces habitudes de déplacements qui laissent peu de place à la mobilité active.
Une autonomie plus tardive
La mobilité des enfants est également marquée par des inégalités de genre et sociales : les filles sont perçues comme plus exposées aux agressions, tandis que les garçons sont associés aux dangers de la route.
Ces perceptions influencent directement leur autonomie, qui tend à se développer plus tardivement que pour la génération précédente. Aujourd’hui, l’âge moyen du premier déplacement seul des enfants est de 11,6 ans, alors qu’il était de 10,6 ans pour leurs parents. Ce recul est en partie lié à la perception du risque : plus de trois quarts des parents jugent la marche plus dangereuse qu’à leur époque, et neuf sur dix s’inquiètent de la sécurité routière.
Néanmoins, à mesure qu’ils grandissent, les pratiques de déplacement des enfants évoluent, laissant une place croissante aux transports collectifs. Près d’un collégien sur deux en France hexagonale y est abonné, et cette proportion atteint 61 % chez les 18‑20 ans.
Au-delà de ces freins, l’étude met en lumière un décalage marqué entre la perception des parents et celle des enfants. Alors que les parents pensent en premier lieu que la voiture est le mode préféré de leurs enfants (47 % dans l’Hexagone), les jeunes de 18 à 20 ans sont plus nombreux à déclarer qu’ils auraient aimé utiliser davantage le vélo (22 %) que la voiture (20 %). Un écart qui révèle un potentiel encore sous-estimé pour les modes actifs, en particulier le vélo, et qui souligne l’importance de faire évoluer les représentations parentales. Sensibiliser les parents à leurs propres perceptions, qu’il s’agisse de la surestimation des distances, de la peur du vélo ou de la méconnaissance des alternatives à la voiture, apparaît ainsi comme un levier clé.
Repenser la mobilité dès le plus jeune âge
Ces constats mettent en lumière l’urgence d’agir pour transformer les pratiques de mobilité des enfants. Toujours selon l’étude "Les pratiques de mobilité des enfants de la maternelle au lycée en France", plusieurs leviers peuvent être mobilisés pour changer la donne, avec l’école en premier lieu : c’est là que se forgent les habitudes quotidiennes de déplacement. Généraliser l’apprentissage du vélo, encourager les trajets actifs dès la maternelle ou valoriser l’autonomie progressive des enfants sont autant de pistes évoquées par l’ADEME.
Mais la pédagogie ne suffit pas. Pensés à hauteur d’enfant, les aménagements sont un excellent levier de sécurité et de bien-être : trottoirs larges, traversées piétonnes sécurisées, pistes cyclables continues, zones apaisées autour des écoles. Assurer des parcours ininterrompus et bien aménagés permet de garantir la sécurité des enfants, d’encourager leur autonomie dans les déplacements… et de rassurer les parents.
Ces principes sont au cœur de l’étude de l’ADEME Faire la taille : pour des territoires à hauteur d’enfants, qui montre que des espaces publics conçus pour les plus jeunes permettent de sécuriser les trajets, de limiter la place de la voiture et de rendre les cheminements plus lisibles et continus. Ils contribuent ainsi à créer des espaces publics plus résilients, agréables et accessibles pour tous, améliorant la qualité de vie de l’ensemble des habitants.
Les transports en commun doivent aussi s’adapter : horaires pensés pour les jeunes, signalétique claire, conducteurs formés à l’accueil des mineurs.
Enfin, penser les déplacements des enfants revient souvent à penser ceux des parents : 8 sur 10 se rendent ensuite à leur travail après avoir accompagné leur enfant à l’école.
Des chiffres qui révèlent donc un enjeu plus large : transformer la mobilité des enfants, c’est préparer celle des adultes de demain tout en influençant déjà les pratiques des parents aujourd’hui.

En partenariat avec l’ADEME.