Culture

Manu Payet : "Nous sommes obligés de consommer mais nous pouvons choisir d’être des consom’acteurs"

Manu Payet est la voix française de Werner Boote dans "L'illusion Verte", un documentaire dénonçant le greenwashing.
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Dans "L'illusion Verte", Manu Payet interprète la voix française de Werner Boote, réalisateur de ce documentaire qui sort en salles ce 13 février. Le film suit Werner Boote et l'actrice Kathrin Hartmann dans un voyage autour du globe visant à révéler la force du greenwashing : les multinationales tentent de "verdir" leur image, eux tentent d'en dévoiler l'envers du décor. 

Les deux acteurs explorent le concept en discutant avec les employés de grandes compagnies ou des activistes locaux, et se rendent sur les "lieux du crime" : des hectares de forêts incendiés, des plages polluées mais aussi... des colloques d'entreprises. Manu Payet, la voix française de Werner Hoote, a accepté de répondre à nos questions sur le message véhiculé par le film mais aussi sur son engagement personnel. 

Le concept de "greenwashing" vous était-il familier avant de participer à ce film ?

Non, j’ai été séduit par ce film parce qu’il m’a appris beaucoup de choses. J’ai compris que les industriels et les entreprises se creusent la tête tous les jours, car ce n’est pas fini, pour trouver le moyen de nous faire croire que l’on achète durable, que l’on achète green, que l’on achète eco-conscient. Ils jouent sur notre culpabilité. On se fait avoir par les logos et les couleurs sur les paquets parce qu’ils savent que c’est ce que l’on est venu chercher : on cherche à ne pas trop casser notre planète. Alors ils mentent sur les paquets et nous on les achète. 

Y a-t-il un moment du film qui vous a marqué plus que d’autres ?

Tout le film est marquant. J’ai eu beaucoup de peine à voir la scène avec la forêt qui a été brûlée (ndlr : en Indonésie des hectares de forêts sont incendiés pour produire de l’huile de palme). Ce qui m’a particulièrement marqué c’est le bruit que font les pieds lorsqu’ils se posent sur le sol de ces parcelles incendiées. 

N’est-ce pas décourageant de penser, en sortant du film, que nos petits gestes du quotidien représentent peu face à la puissance des multinationales ? 

Si, ça l’est carrément. Mais il faut y penser dans l’autre sens, il faut penser à ce que je peux faire à mon échelle et il faut continuer à réviser nos comportements au quotidien. Nous sommes obligés de consommer mais nous pouvons choisir d’être des  "consom’acteurs" : c’est-à-dire de nous renseigner sur ce que l’on consomme. Il faut tout d’abord se demander si l’on a vraiment besoin de ce que l’on est en train d’acheter, puis d’où cela vient, par qui et comment cela a été produit, ce qu’il y a dedans, etc. On a l’habitude, quand on a les moyens bien sûr, d’aller faire des courses avec un panier sous le bras et de tout mettre dedans. Aujourd’hui, c’est ce geste qu’il faut réfléchir et ralentir. Le rôle du documentaire est de nous aider à nous poser des questions que l’on ne se posait pas avant.

Dans le film, Kathrin est très exigeante sur le choix des produits qu’elle achète et elle inspecte avec soin les étiquettes… Est-ce que ce type de comportement, qui peut coûter cher et qui est chronophage, est viable selon vous ? 

Oui je pense, mais chacun à son échelle, comme il le peut, avec les moyens qu’il a. Ce qui est important c’est le fait qu’il y ait une conscience collective qui se développe, que différentes consciences soient branchées à ce que j’appelle depuis trois jours "léco-cloud". Je pense que si tous les gens qui voient le film notamment, partagent ensuite une conscience commune, ils sauront qu’il faut faire quelque chose. Et cela doit démarrer aujourd’hui. Bien sûr, ma mère ne réagira pas au film de la même manière que moi, mais il faut sortir du cinéma en ayant compris qu’il y a urgence.  

Ce film a-t-il eu un impact sur votre quotidien ? 

Oui, absolument. Grâce à ce film, les gestes qui étaient jusque-ici des efforts sont devenus des réflexes. Les gestes de tri par exemple : vous voyez cette flemme de faire quinze mètres pour aller à la bonne poubelle ? Maintenant je ne le conscientise plus, je ne me souviens même plus d'y être allé parfois. Ou bien dans la loge, je ne demande plus que des produits bios et locaux. Depuis un an il n’y a plus d’huile de palme dans ma loge : avant cela je ne savais même pas qu’il y en avait. C’est le voyage que le film a fait en moi. Je ne suis pas devenu le genre de type très en colère qui commence à hurler. Heureusement qu’ils sont là ces gars, mais tout le monde ne peut pas devenir comme eux. Sinon le problème ne se poserait pas et ce serait un autre film qui sortirait au cinéma. Tout le monde ne peut pas être en colère mais tout le monde est concerné, là-dessus il n’y a plus le choix. 

Voici la bande-annonce du documentaire "L'illusion verte" :